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Tensions entre les États-Unis et l'Iran : pourquoi Téhéran pourrait préférer la confrontation à la « capitulation »
- Author, Amir Azimi
- Role, BBC News Persian
- Temps de lecture: 9 min
Le renforcement continu de la présence militaire américaine dans la région semble désormais moins relever d'une démonstration de force que d'une préparation.
L'arrivée du groupe aéronaval USS Abraham Lincoln près des eaux iraniennes constitue déjà un geste significatif.
Un autre porte-avions, l'USS Gerald R Ford, a été aperçu pour la dernière fois près du détroit de Gibraltar et se dirigeait vers l'est pour soutenir d'éventuelles opérations. D'autres moyens ont également été déployés dans la région, renforçant l'impression que Washington met en place plusieurs options militaires.
De tels déploiements peuvent servir de levier diplomatique. Mais pris dans leur ensemble, ils peuvent également suggérer que les négociations indirectes entre Téhéran et Washington sont dans l'impasse, une impasse qui pourrait déboucher sur une action militaire si aucune des deux parties ne change de position.
Cela soulève une question fondamentale : pourquoi les dirigeants iraniens, du moins publiquement, restent-ils provocateurs face à l'armée la plus puissante du monde et à son allié régional le plus fort au Moyen-Orient ?
La réponse réside dans les conditions posées par Washington pour les négociations.
Les conditions américaines considérées comme une capitulation
Du point de vue de Téhéran, ces exigences ne relèvent pas de la négociation, mais de la capitulation.
Elles comprennent la fin de l'enrichissement d'uranium, la réduction de la portée des missiles balistiques afin qu'ils ne menacent plus Israël, l'arrêt du soutien aux groupes armés dans la région et, comme l'a déclaré le secrétaire d'État américain Marco Rubio, la modification du traitement réservé par la République islamique à ses propres citoyens.
Pour les dirigeants iraniens, il ne s'agit pas de politiques secondaires. Elles constituent le cœur de ce qu'ils considèrent comme leur architecture de sécurité.
En l'absence d'alliés internationaux puissants, Téhéran a passé des décennies à construire ce qu'il appelle « l'axe de la résistance ».
Il s'agit d'un réseau de groupes armés alliés destiné à éloigner les conflits des frontières iraniennes et à déplacer la pression vers Israël.
Le programme de missiles balistiques de Téhéran a servi de substitut à une force aérienne vieillissante et à un accès limité aux technologies militaires de pointe.
Le programme nucléaire, bien que officiellement décrit comme pacifique, est largement considéré comme ayant une valeur dissuasive.
Même sans militarisation, la maîtrise du cycle d'enrichissement crée ce que les stratèges appellent une « capacité seuil ». Elle implique une infrastructure qui ne nécessiterait qu'une décision politique pour être utilisée à des fins militaires. Cette capacité latente fonctionne elle-même comme un levier.
Supprimer ces éléments reviendrait, selon Téhéran, à démanteler les fondements de sa dissuasion.
Risques pour le guide suprême
Du point de vue du guide suprême iranien, Ali Khamenei, accepter de telles conditions pourrait sembler plus dangereux que de risquer une guerre limitée avec les États-Unis sous Donald Trump. Une confrontation militaire, aussi coûteuse soit-elle, peut être considérée comme surmontable. Un recul stratégique total ne le serait peut-être pas.
Pourtant, les risques inhérents à ce calcul sont profonds, et pas seulement pour l'Iran.
Toute campagne américaine pourrait cibler les hauts dirigeants dès sa phase initiale. Si Khamenei était tué, cela mettrait non seulement fin à plus de trois décennies de règne, mais pourrait également déstabiliser la succession à un moment où le pays est vulnérable.
Des frappes contre le Corps des gardiens de la révolution islamique et d'autres institutions de sécurité pourraient également affaiblir l'appareil qui a récemment réaffirmé son contrôle après l'une des répressions les plus meurtrières et violentes de l'histoire de la République islamique.
Les manifestants qui ont envahi les rues ces dernières semaines – et qui ne se sont retirés que sous la force écrasante – restent profondément mécontents. Un coup soudain porté à l'appareil coercitif de l'État pourrait modifier l'équilibre interne de manière imprévisible.
Téhéran pourrait supposer que les objectifs de Washington se limiteraient à affaiblir les capacités nucléaires et balistiques iraniennes. Mais les guerres se déroulent rarement conformément aux hypothèses initiales. Une erreur d'appréciation concernant les cibles, la durée ou les retombées politiques pourrait rapidement aggraver le conflit.
Les pressions économiques ajoutent un autre niveau de risque. L'économie iranienne, déjà mise à rude épreuve par les sanctions, l'inflation et la baisse du pouvoir d'achat, aurait du mal à absorber de nouveaux chocs. La perturbation des exportations de pétrole ou les dommages causés aux infrastructures aggraveraient la colère du public, qui a été réprimée plutôt que résolue.
Dans ce contexte, la défiance sert plusieurs objectifs. Elle signale une détermination à l'extérieur et projette une image de force à l'intérieur. Mais elle réduit également la marge de manœuvre pour un compromis.
Risques pour Washington
Les risques pour Washington ne sont pas moins réels.
Sur le papier, l'armée américaine a la capacité d'atteindre les objectifs fixés par le commandant en chef si les tensions s'intensifient. Mais les guerres ne se livrent pas sur le papier. Elles sont façonnées par des erreurs de calcul, des escalades et des conséquences imprévues.
La récente guerre de 12 jours avec Israël a mis en évidence les vulnérabilités de la structure de commandement et de l'infrastructure militaire iraniennes. Elle a également permis de tirer des enseignements en matière d'adaptation, de capacité à absorber les frappes, à se réajuster et à réagir sous pression.
Une confrontation plus large pourrait produire des résultats que ni l'une ni l'autre des parties ne souhaite. Un affaiblissement de l'autorité centrale à Téhéran ne se traduirait pas automatiquement par une stabilisation ou un alignement sur les intérêts occidentaux.
Les vides de pouvoir peuvent donner naissance à de nouveaux centres d'influence fragmentés ou radicalisés, compliquant l'équilibre régional d'une manière indésirable pour Washington et ses alliés.
L'ayatollah Khamenei n'a désormais plus beaucoup d'options favorables. Accepter les conditions de Washington risque de vider de sa substance la stratégie de dissuasion du régime. Les rejeter augmente le risque d'affrontement à un moment où le pays est fragilisé en interne.
Entre ce qu'il pourrait considérer comme la « pire » option, à savoir une capitulation stratégique, et la « meilleure des pires », à savoir une guerre limitée mais maîtrisable, Téhéran semble, du moins publiquement, pencher pour cette dernière.