Architecture : comment le banco du Sahel pourrait inspirer l'habitat du futur

    • Author, Mamadou Faye
    • Role, BBC News Afrique
  • Temps de lecture: 14 min

Alors que les villes du monde entier s'élèvent en béton et en verre, cherchant désespérément des solutions face à la crise climatique, une réponse inattendue se dresse depuis plusieurs siècles sous le soleil ardent du Sahel. À Tombouctou, à Djenné, à Gao au Mali ou encore à Kano au Nigéria, des maisons façonnées en banco - un mélange de terre, d'eau, de pierres et de fibres naturelles - défient le temps, la chaleur et les idées reçues.

Dans le Sahel, le banco - cette terre crue qui a façonné des générations de maisons et de villages - pourrait bien tracer la voie de l'architecture de demain. Des experts locaux soulignent que ce patrimoine ancestral, résistant au temps et aux chaleurs extrêmes, offre des solutions durables face aux défis du modernisme et aux impacts croissants des changements climatiques.

Sous le soleil du Sahel

À l'aube, lorsque la lumière dorée caresse les façades ocres de Tombouctou, ville historique du nord‑ouest du Mali, les murs semblent apprivoiser le soleil plutôt que le subir. Dehors, la chaleur s'installe déjà, implacable. À l'intérieur des maisons, pourtant, règne une fraîcheur inattendue. Les murs épais absorbent la chaleur et régulent naturellement l'air, créant un contraste saisissant avec l'extérieur brûlant.

La lumière s'infiltre par de petites ouvertures, douce et tamisée. Le silence enveloppe les pièces. Ici, ni climatisation bruyante ni architecture hermétique : le banco, matériau ancestral de terre crue, équilibre l'espace et tempère le climat.

Les parois irrégulières portent encore l'empreinte des mains qui les ont façonnées. Vivante, la matière respire au rythme des saisons : elle se fissure parfois sous la sécheresse, puis renaît grâce à l'entretien collectif. Au loin, la silhouette majestueuse de la grande mosquée de Djingareyber émerge dans la brume chaude, comme surgie directement du sol sahélien.

Édifiée vers 1325 en banco et en pierres d'Alhor par l'architecte arabe Abou Ishaq Es‑Saheli pour l'empereur Kankan Moussa, la mosquée domine toujours la ville, défiant les siècles et les intempéries. Son architecture a façonné l'identité urbaine de Tombouctou, notamment dans les ruelles anciennes de la médina.

Ce style dépasse largement les limites de la cité mythique : on le retrouve à Djenné, autre haut lieu historique de la vallée du Niger, mais aussi à Kano, grande métropole du nord du Nigeria, ainsi que dans d'innombrables villages disséminés aux confins du Sahel, où la terre continue de bâtir, protéger et raconter l'histoire des hommes.

Le leg d'Abou Ishaq Es-Saheli

Selon la tradition, tout commence au retour du pèlerinage à La Mecque de Mansa Moussa, le célèbre empereur du Mali. Fasciné par les savoirs découverts au cours de son voyage, le souverain confie à l'architecte andalou Abou Ishaq Es‑Saheli la construction de la mosquée de Djingareyber, achevée en 1328. Avant d'atteindre Tombouctou, l'architecte aurait fait escale à Gao, où il aurait participé à l'édification de la première mosquée de la cité.

Plus de six siècles plus tard, cet héritage architectural demeure bien vivant. "Vous avez ici des maisons vieilles de plus d'un siècle et demi, authentiquement construites avec des matériaux locaux, notamment le banco, cette argile qui fait toute la particularité de notre architecture. Certaines habitations comportent même des étages entièrement réalisés en terre crue, ce qui surprend souvent les visiteurs", explique le maire de la ville, le journaliste Yéhia Tandina, président de la délégation spéciale communale.

Pour l'édile, l'apport d'Es‑Saheli dépasse largement la seule construction de monuments religieux. "Il venait d'ailleurs, mais son passage a permis un véritable transfert de savoir-faire. Les habitants de Tombouctou ont appris, adapté et transmis ces techniques au fil des générations", souligne-t-il.

De cet héritage est née une tradition artisanale solidement enracinée. Certaines familles sont devenues les gardiennes de cet art de bâtir en terre, perpétuant des techniques ancestrales mêlant maîtrise technique et symbolique sociale. "Des lignées de maçons, comme les familles Hamanouhou et Tounkalahou, détiennent ce savoir. Elles jouent un rôle essentiel dans la préservation de l'identité architecturale de la ville et contribuent à forger l'image historique de Tombouctou, reconnue pour son architecture unique", se félicite le premier magistrat.

Les bâtisseurs du Sahel

Parmi les gardiens de ce savoir ancestral figure Maouloune Baigna Badou, maître maçon reconnu bien au‑delà de Tombouctou. Héritier d'une longue lignée d'artisans spécialisés dans l'architecture en terre - banco et Alhor - il a grandi au rythme des chantiers familiaux, où l'apprentissage se transmet de génération en génération. Après avoir quitté l'école en 1965, il se forme auprès de son père, lui‑même issu d'une dynastie de bâtisseurs.

Très tôt, l'artisan dépasse l'héritage familial pour mener ses propres recherches sur les secrets de la construction en terre. "Cette passion m'a conduit à réaliser des projets d'envergure, aussi bien localement qu'à l'international, notamment aux États‑Unis en 2003", confie‑t‑il. Car, insiste‑t‑il, la réussite d'un édifice en banco ne dépend pas uniquement de la qualité du sol.

Derrière la simplicité apparente de la terre crue se cache une véritable science. "Il faut un équilibre précis entre argile et sable, enrichi d'adjuvants locaux comme la paille, les balles de riz ou le néré. Le mélange doit ensuite être pétri puis laissé à fermenter pour obtenir un matériau solide et durable", explique le maître maçon.

La robustesse des constructions repose sur une série de règles rigoureuses : fondations profondes, épaisseur adaptée des briques selon la hauteur du bâtiment, protection des murs et des toitures grâce à l'Alhor, un calcaire local qui renforce à la fois la résistance et l'esthétique des édifices. Bien préparé, le banco agit comme un régulateur naturel.

"Appliqué avant la saison des pluies, il protège les murs, absorbe puis rejette l'humidité, tout en maintenant une température intérieure agréable, qu'il fasse chaud ou frais", précise‑t‑il. Selon l'artisan, une maison en banco correctement réalisée et entretenue peut traverser les siècles. La longévité de la mosquée de Djingareyber, debout depuis plus de 700 ans, en est la preuve la plus éclatante. Autre avantage majeur : la facilité de restauration. Terre, eau et adjuvants naturels suffisent à redonner vie aux structures endommagées.

Contrairement aux idées reçues, cette architecture permet également la construction d'édifices à plusieurs niveaux. Mais l'équilibre reste fragile. "Il faut respecter des règles précises : murs plus épais au rez-de-chaussée, chaînages horizontaux en bois pour solidariser la structure, bonne gestion du poids du toit et utilisation stratégique des rôniers pour renforcer l'ensemble", détaille-t-il.

Les faiblesses apparaissent surtout lorsque ces principes sont négligés : mauvais dosage des matériaux, fermentation insuffisante, défauts dans la pose des briques, absence d'enduits protecteurs ou manque d'entretien annuel. Autant d'erreurs qui fragilisent les bâtiments face aux vents, aux pluies et à l'humidité sahélienne.

Aujourd'hui, Maouloune Baigna Badou s'engage, aux côtés de la corporation des maçons de Tombouctou, à transmettre ce savoir aux jeunes générations. "Il faut préserver ces gestes précis qui font la fierté de notre ville", affirme-t-il.

Pour l'architecte Mariam Keita, spécialiste de la construction durable en terre crue, l'enjeu dépasse la seule technique. "Travailler la terre nous oblige à repenser notre rapport à l'architecture : privilégier les ressources locales, le réemploi, la réparabilité et la transmission des savoir-faire. À Tombouctou, ces chantiers deviennent aussi des espaces de formation, de fierté collective et de reconstruction du lien social", témoigne-t-elle.

Le génie du banco

À première vue, le banco apparaît comme un simple matériau local, accessible et peu coûteux. Pourtant, derrière cette apparente simplicité se cache une intelligence architecturale patiemment élaborée au fil des siècles. Dans les maisons de Tombouctou, et plus largement à travers le Sahel, la terre crue agit comme un véritable régulateur climatique naturel.

Son principal secret réside dans son inertie thermique. Capable d'absorber la chaleur durant la journée puis de la restituer progressivement lorsque les températures chutent, le banco maintient une stabilité thermique remarquable à l'intérieur des habitations.

"Une maison en banco permet d'avoir une température moyenne, ni chaude ni froide, même en pleine chaleur. On peut y rester confortablement sans ventilateur ni climatisation", explique le maire de la ville, Yéhia Tandina. "En période de fraîcheur, c'est le même principe : l'intérieur reste tiède. C'est là tout l'atout de ces habitations. "

Le maître‑maçon Maouloune Baigna Badou confirme cette performance empiriquement reconnue, aujourd'hui étudiée par les spécialistes de l'architecture durable. "Les maisons en banco offrent un confort thermique exceptionnel. Elles restent fraîches quand il fait chaud et conservent la chaleur lorsqu'il fait frais. Le matériau absorbe, évapore et régule naturellement les variations de température, créant une forme de climatisation passive."

Sur le terrain, l'architecte Mariam Keita observe quotidiennement cette efficacité. "Les murs épais en terre crue absorbent la chaleur du jour et restituent la fraîcheur nocturne, réduisant fortement l'écart entre l'intérieur et l'extérieur. Dans un climat extrême, cette inertie thermique transforme radicalement la qualité de vie", explique‑t‑elle.

Mais la performance du banco ne repose pas uniquement sur le matériau. Elle tient aussi à une conception architecturale pensée en dialogue constant avec l'environnement. "Les cours intérieures, les ouvertures limitées, les ruelles étroites qui génèrent de l'ombre, ou encore l'orientation des bâtiments selon les vents dominants sont le fruit d'expériences accumulées sur plusieurs générations", souligne l'architecte. Chaque élément - épaisseur des murs, hauteur maîtrisée, protection contre les ruissellements - participe à un équilibre global entre habitat et climat.

Contrairement à une idée largement répandue, le béton n'est pas toujours plus performant. "Sur le terrain, les mesures racontent une autre histoire. Les murs massifs en terre crue offrent une régulation thermique et hygrométrique remarquable, assurant un confort surprenant sans climatisation mécanique", affirme Mariam Keita.

Autre qualité souvent méconnue : la résilience structurelle du banco. Selon Yéhia Tandina, les événements récents ont mis en lumière cette résistance inattendue. "Pendant la crise, des roquettes ont été tirées sur des maisons en banco sans parvenir à les traverser, alors que certaines constructions en béton ont été plus facilement perforées", raconte‑t‑il. Avec des murs pouvant atteindre 80 centimètres d'épaisseur, l'énergie des impacts se dissipe avant de provoquer des dégâts majeurs.

Cette solidité a toutefois un prix : l'entretien. Après chaque saison des pluies, les façades doivent être réparées, les fissures rebouchées et les enduits renouvelés. Une contrainte assumée par les habitants. "Ces maisons demandent une vigilance annuelle, contrairement au béton", reconnaît le maire.

Pour Mariam Keita, cette maintenance régulière constitue justement la clé de leur durabilité. "Ces architectures sont réparables et évolutives. On restaure un mur, on refait un enduit, on renforce une partie fragilisée. Cette culture de l'entretien s'oppose à une vision du bâtiment comme un objet figé, consommé puis abandonné. "

Elle rappelle néanmoins qu'aucun matériau ne peut compenser une mauvaise conception : orientation, ventilation, ombrage et cohérence architecturale restent déterminants, qu'il s'agisse de terre ou de béton.

À des milliers de kilomètres de là, dans des métropoles comme Dakar, Abidjan ou Lagos, dominées par le béton et le verre, la chaleur rebondit sur les façades lisses et s'accumule dans l'asphalte. Ventilateurs et climatiseurs tournent sans répit, tandis que l'ombre se raréfie. Là où le confort dépend de la technologie, l'architecture sahélienne rappelle une autre évidence : parfois, la solution vient simplement du sol sur lequel on construit.

Pourquoi la terre crue fascine à nouveau ?

À mesure que le béton densifie les métropoles et que l'urgence climatique impose de repenser les modes de construction, les architectures millénaires du Sahel révèlent une modernité inattendue. Écologique par essence, capable de réguler naturellement la température sans technologie complexe et remarquablement adaptée aux climats extrêmes, la terre crue incarne une forme d'intelligence constructive que le XXIᵉ siècle redécouvre avec fascination.

Pour l'architecte Mariam Keita, ce regain d'intérêt est palpable. "Je le constate dans mes échanges avec les étudiants, les ONG, les institutions internationales, mais aussi avec les communautés locales", explique‑t‑elle. La raison est d'abord environnementale : la production de ciment et d'acier figure parmi les industries les plus émettrices de CO₂, tandis que la terre crue, souvent disponible sur place, nécessite très peu d'énergie pour être transformée et utilisée.

Mais l'enjeu dépasse la seule question écologique. "De plus en plus d'acteurs cherchent aujourd'hui à réconcilier modernité et identité", poursuit‑elle. Partout, la recherche s'intensifie : projets contemporains primés à l'international, émergence de formations spécialisées, structuration progressive de normes techniques. Autant de signaux qui redonnent à la terre crue une nouvelle légitimité et démontrent sa capacité à porter des projets ambitieux, du patrimoine historique à l'architecture contemporaine.

À Tombouctou, cette reconnaissance s'est concrétisée à travers la réhabilitation des mausolées en terre, bien au‑delà d'une simple restauration. "Il s'agissait de réaffirmer la valeur d'un langage architectural longtemps dénigré", souligne Mariam Keita. La restauration des murs de clôture des cimetières, éléments discrets mais essentiels du paysage urbain, s'inscrit dans la même logique : protéger les structures tout en transmettant un savoir‑faire ancestral.

Longtemps perçue comme le symbole d'un passé à dépasser, l'architecture sahélienne pourrait désormais inspirer les villes de demain. "Les villes sahéliennes ne sont pas seulement patrimoniales ; elles portent des enseignements pour l'avenir urbain mondial", affirme l'architecte. Selon elle, les ruelles ombragées, l'enchaînement des cours intérieures, la densité compacte des quartiers en terre et en Alhor témoignent d'une organisation spatiale pensée pour répondre concrètement à la chaleur, au vent et à la poussière.

Alors que de nombreuses métropoles cherchent aujourd'hui à réduire les îlots de chaleur, favoriser la ventilation naturelle et recréer des espaces de proximité, ces principes existent depuis des siècles dans l'urbanisme sahélien. "L'architecture en terre et les formes urbaines compactes créent des microclimats bien plus supportables que certains quartiers modernes dominés par le béton et le bitume", observe‑t‑elle.

Il ne s'agit pas, insiste Mariam Keita, de reproduire mécaniquement un modèle sahélien ailleurs, mais d'en extraire les principes fondamentaux : densité maîtrisée, ombrage, ventilation naturelle, utilisation de matériaux locaux et valorisation des espaces collectifs. "Les villes sahéliennes peuvent nourrir une réflexion globale vers des urbanismes plus sobres, plus intelligents face au climat et davantage ancrés dans leurs territoires", rappelle‑t‑elle.

Et si les réponses aux défis urbains de demain se trouvaient déjà dans les villes de terre du Sahel ?

Le Sahel, laboratoire du futur architectural ?

Pour l'architecte malienne Mariam Keita, engagée notamment dans la restauration des mausolées de Tombouctou, un basculement silencieux est en cours : celui d'une décolonisation progressive des imaginaires architecturaux.

"Pendant longtemps, les modèles de référence venaient d'ailleurs - des tours de verre des grandes capitales, des manuels conçus au Nord, de formes et de matériaux souvent déconnectés de nos réalités climatiques et sociales", explique-t-elle.

Aujourd'hui, le regard change. Architectes, chercheurs et institutions internationales s'intéressent de plus en plus aux savoir-faire sahéliens, consultent les maçons locaux et documentent les chantiers de réhabilitation en terre crue. "Cela montre que la hiérarchie des références est en train d'évoluer. Nos architectures ne sont plus simplement considérées comme des modèles à moderniser, mais comme des sources d'inspiration et de connaissances", observe l'architecte.

Pour Mariam Keita, parler de décolonisation des imaginaires revient à reconnaître qu'il n'existe pas une seule modernité architecturale, mais plusieurs trajectoires possibles. L'innovation, dit-elle, peut naître de la rencontre entre traditions locales - comme la construction en terre - et les défis contemporains : changement climatique, urbanisation accélérée et besoin croissant de logements accessibles et durables.

"Revaloriser la construction en terre, c'est admettre que nos territoires portent déjà une partie des solutions nécessaires pour affronter la crise climatique et repenser nos manières d'habiter", poursuit-elle. Une manière aussi de déplacer le centre de gravité des références architecturales mondiales.

Car, dit-elle, les imaginaires doivent désormais se décentrer pour laisser émerger d'autres modernités - celles qui s'inventent depuis les sols sahéliens, à partir de savoirs-faires anciens capables d'éclairer l'avenir.

Restaurer un héritage en péril

Reconnue pour sa valeur universelle, ancienne capitale intellectuelle, spirituelle et religieuse aux XVe et XVIe siècles, Tombouctou abrite des trésors architecturaux uniques : les mosquées de Djingareiber, Sankoré et Sidi Yahia, ainsi que de nombreux mausolées construits en banco, dans le même style que les maisons et édifices religieux de la ville. Surnommée "la ville aux 333 saints", Tombouctou a été inscrite au patrimoine mondial de l'UNESCO en 1988.

"Le patrimoine architectural de Tombouctou est à la fois mondial et national. Il comprend trois mosquées médiévales et seize mausolées classés", rappelle Elboukary Ben Essayoutty, chef de la Mission culturelle de Tombouctou. Mais le patrimoine ne se limite pas à ces monuments : "le tissu ancien s'étend sur près de 50 hectares, formant un paysage architectural entièrement en terre, qui constitue l'attrait touristique principal de la ville", ajoute-t-il.

L'économie locale en dépend largement. "Le tourisme est la principale industrie de Tombouctou et il stimule l'artisanat, qui occupe 75 % de la population", souligne M. Essayoutty. Préserver et valoriser ces architectures devient donc un enjeu culturel et économique majeur.

Pour autant, gérer ce patrimoine impose un équilibre délicat. D'un côté, la protection repose sur le droit malien et sur les conventions internationales ratifiées par le pays, notamment la Convention de 1972 sur le patrimoine mondial. De l'autre, les communautés locales voient avant tout ces sites comme des lieux de culte vivants, profondément intégrés à leur pratique religieuse.

Face à cette double lecture, les acteurs du patrimoine cherchent à concilier préservation culturelle et respect des usages locaux. L'objectif est de sensibiliser les populations à la valeur patrimoniale des monuments, expliquer les raisons de leur classement et mettre en lumière les bénéfices qu'ils apportent en termes de rayonnement et de prestige pour la ville. La stratégie nationale de conservation repose sur l'association des communautés, sous la coordination des services décentralisés du ministère de l'Artisanat, de la Culture et de l'Industrie hôtelière, explique Elboukary Ben Essayoutty.

Toutefois, une partie du patrimoine a été gravement endommagée en 2012 lors de l'invasion de groupes armés. Les mausolées et infrastructures historiques ont été saccagés, et Tombouctou a de nouveau été inscrite sur la liste du patrimoine mondial en péril, comme ce fut le cas entre 1990 et 2005.

La Médina, cœur historique de la ville, a été profondément affectée par la crise, mais elle fait aussi face à la pression des constructions en béton. Réguler ces nouvelles constructions est devenu un combat quotidien pour le chef de la délégation spéciale, Yéhia Tandina. "J'ai fait de cette lutte ma priorité pour que Tombouctou quitte la liste du patrimoine en péril", affirme-t-il. Pour protéger la Médina, des mesures strictes ont été mises en place : limitation de la circulation des poids lourds et obligation, même pour les constructions en béton à l'intérieur de la vieille ville, de recouvrir les bâtiments de calcaire (l'Alhor) - un matériau authentique, unique à Tombouctou.