Pourquoi les Néo-Zélandais fuient-ils leur pays ?

    • Author, Atahualpa Amerise
    • Role, BBC News Mundo
  • Temps de lecture: 6 min

La Nouvelle-Zélande est frappée par une nouvelle vague d'exode. Plus de 70 000 citoyens ont quitté le pays en seulement un an, soit environ 1,4 % de ses 5,1 millions d'habitants. Le nombre de personnes qui partent est important, et cette vague est plus importante qu'elle ne l'a été depuis des décennies, ce qui commence à annoncer des changements sociaux et économiques majeurs.

Cette tendance n'est plus aussi éphémère qu'auparavant. Jusqu'à récemment, la plupart des citoyens qui partaient étaient des jeunes qui avaient terminé leurs études secondaires ou universitaires, partaient en Australie pour quelques années, puis revenaient. Aujourd'hui, beaucoup de ceux qui partent sont des travailleurs expérimentés, notamment des personnes âgées de 20 à 39 ans, qui partent sans aucune intention de revenir. Parmi ceux qui partent chaque année, seul un quart environ revient dans le pays.

Ces citoyens émigrent en raison de la forte concurrence de l'Australie, d'un marché de l'emploi morose et d'une économie atone. L'Australie emploie de nombreux citoyens néo-zélandais, leur offrant des salaires plus élevés et des opportunités de développement qui n'existent pas en Nouvelle-Zélande. Des secteurs tels que la santé, la police, la construction et l'exploitation minière ont été particulièrement attractifs, et de nombreux infirmiers et agents de sécurité ont émigré à la recherche de meilleures opportunités de carrière et de salaires plus élevés.

L'économie et le marché du travail défavorable

L'économie néo-zélandaise devrait connaître une croissance moyenne d'environ 1 % en 2025, avec une augmentation lente des salaires.

Le taux de chômage, qui ne dépasse pas 5,3 %, est le plus élevé depuis près d'une décennie, tandis qu'un grand nombre de travailleurs du secteur public perdent leur emploi.

Beaucoup de gens ont le sentiment que leur pouvoir d'achat diminue, ce qui pousse de nombreuses familles à rechercher d'autres sources de revenus et des opportunités pour améliorer leur vie.

De plus, selon les experts, la baisse de l'emploi dans les grandes villes et les secteurs primaires incite les jeunes et les travailleurs qualifiés à émigrer.

Pour la première fois, la migration actuelle concerne des personnes déjà intégrées au marché du travail, et pas seulement des diplômés universitaires ou d'autres établissements d'enseignement.

Ces personnes recherchent des opportunités de développement à long terme, souvent plus facilement accessibles dans l'Australie voisine.

La morosité économique a été exacerbée par une baisse du pouvoir d'achat des consommateurs, les salaires moyens restant relativement bas par rapport au coût du logement, de l'alimentation et d'autres services de base.

Cette pression a fait de l'Australie un pôle d'attraction majeur, car les salaires, les primes et les opportunités d'emploi semblent offrir de meilleurs avantages.

Cela conduit à une nouvelle tendance migratoire, où non seulement les jeunes s'installent temporairement, mais aussi les travailleurs expérimentés et leurs familles envisagent de s'y installer.

Selon les experts, cette situation est sans précédent et n'a jamais été observée à une telle échelle dans l'histoire de la Nouvelle-Zélande.

L'Australie, un refuge important

Environ 60 % des citoyens néo-zélandais qui quittent leur pays s'installent en Australie, pays voisin qui offre de nombreux emplois et des salaires plus élevés. Les secteurs de la santé, de la police, de la construction et des mines sont les plus attractifs, les organisations australiennes proposant une aide au logement et des primes à la signature. Par exemple, plus de 10 000 infirmières qui vivaient en Nouvelle-Zélande sont parties en Australie l'année dernière pour trouver un meilleur emploi.

Le marché du travail australien est solide et offre de nombreuses opportunités dans toutes les professions. Les travailleurs bénéficient de primes pour le travail le week-end, d'une rémunération des heures supplémentaires et de meilleures conditions de travail, ce qui est moins certain en Nouvelle-Zélande.

De plus, les communautés d'immigrants ont formé un réseau social solide, ce qui permet aux citoyens néo-zélandais de se sentir à l'aise pour déménager et rejoindre leur famille ou leurs amis.

Pour les citoyens néo-zélandais nés à l'étranger, déménager en Australie leur permet de renouer avec leurs familles et leurs communautés. Et ils ont largement contribué à soulever des questions sur l'avenir de la nation.

La contribution de cette « diaspora » est suffisamment importante pour ébranler le pays, car les plus de 800 000 citoyens néo-zélandais et leurs enfants vivant à l'étranger représentent l'un des chiffres les plus élevés par rapport à la population. Cette situation met en évidence l'impact à long terme de l'émigration continue sur la nation.

Impact sur la nation et solutions proposées

La migration continue entraîne une perte de talents et de compétences, une baisse de la productivité et un ralentissement de la croissance économique.

Les secteurs nationaux clés perdent des travailleurs expérimentés, une situation qui pose des défis à long terme pour la croissance économique et la compétitivité internationale.

Le gouvernement néo-zélandais s'est engagé à réformer la fiscalité et la réglementation afin d'attirer et de retenir les talents, tout en cherchant à attirer des travailleurs qualifiés étrangers, dont beaucoup proviennent de pays africains.

Toutefois, les experts estiment que ces mesures ne sont pas suffisantes, car l'économie néo-zélandaise continue d'accuser un retard par rapport aux opportunités offertes par l'Australie.

De plus, le gouvernement n'a pas mis en place de stratégie solide pour dialoguer avec les citoyens vivant à l'étranger ou cherchant refuge à l'étranger (« la diaspora ») ni pour tirer parti de l'expérience et des réseaux de ses citoyens vivant hors du pays.

C'est une perte, car la diaspora peut être une source d'expertise, de réseaux commerciaux et d'investissements internationaux.

Si la situation actuelle des citoyens qui fuient leur pays n'est pas maîtrisée, la Nouvelle-Zélande pourrait perdre davantage de main-d'œuvre qualifiée, connaître une baisse de productivité et voir sa croissance économique ralentir, ce qui entraînerait des défis sociaux et économiques importants pour les générations futures.