Des potions naturelles pour un accouchement facile, des femmes en parlent

    • Author, Isidore Kouwonou
    • Role, BBC News Afrique
  • Temps de lecture: 9 min

Devant la maternité de l'hôpital Mamadou Diop, à Liberté 6 Extension à Dakar, trois femmes enceintes, proches du terme, font des allers-retours. L'une d'elles montre des signes de fatigue : ses pas traînent. Les deux autres avancent à un rythme un peu plus soutenu.

Selon les explications qu'elles nous ont données, c'est la sage-femme — avec qui nous n'avons pas réussi à nous entretenir — qui leur aurait demandé de faire cette marche, une sorte de « transition sportive », en attendant le moment idéal pour accoucher. Celle qui semble le plus fatiguée paraît déjà en pleine douleur de l'enfantement.

Avec un petit sourire mêlé de peine, Khady Ndiaye nous confie qu'elle a déjà vécu la même situation il y a deux ans, lors de la naissance de sa première fille. Elle est aujourd'hui à la veille de son deuxième accouchement. « Mais on ne s'y habitue jamais à cause de la douleur », dit-elle.

Nous n'avons malheureusement pas pu échanger avec la sage-femme de l'hôpital. Mais selon le docteur Jean‑Claude Togbé, médecin généraliste dans une clinique à Lomé, au Togo, que BBC Afrique a pu joindre, mettre le corps en mouvement permet d'ouvrir le bassin de la femme et de placer le bébé dans une position favorable pour un accouchement plus rapide et plus facile.

« C'est pourquoi nous demandons à la femme enceinte de faire du sport, surtout dans les dernières semaines qui précèdent l'accouchement », souligne-t-il.

Mais attention, il y a aussi des sports non recommandés pendant ces périodes. « Le yoga par exemple, est idéale pour la femme enceinte », ajoute le médecin.

A côté du sport conseillé aux femmes enceintes par des spécialistes pour faciliter l'accouchement, d'autres méthodes se sont développées et utilisées par certaines pour se soulager et éviter de passer un long moment en travail.

La prise de certaines décoctions ou tisanes pour permettre la dilatation du col de l'utérus et assurer la régularité des contractions est très répandue aujourd'hui dans nos pays en Afrique.

De la tisane pour un accouchement facile ?

On observe parfois, chez certaines femmes enceintes, des phénomènes comme la prise de poids, des douleurs ligamentaires, ou encore des jambes lourdes ou gonflées. Selon Afefa Bolou, sage-femme à Lomé, ces signes indiquent souvent que la grossesse approche de son terme.

Mais bien avant cette période, certaines femmes ont recours à des recettes de grand-mère ou à ce que dame nature offre de plus généreux pour accélérer ou déclencher le travail. C'est ce qu'explique Tassi Mama, ancienne accoucheuse traditionnelle et herboriste à Comé, au Bénin. « Il ne s'agit pas de plantes compliquées qui pourraient mettre la femme en danger », précise-t-elle.

Selon elle, une infusion de feuilles de papayer mûres mais sèches aide à placer le bébé dans une bonne position et facilite sa sortie lors de l'accouchement. « Il faut commencer dès le septième mois. Il suffit pour la femme enceinte de se purger avec l'infusion matin et soir », détaille-t-elle.

Elle recommande également de boire l'eau gluante issue du gombo bouilli durant le dernier mois de grossesse. « Cela facilite la descente du bébé et rend l'accouchement plus aisé. »

Marceline Attiogbé, l'une de ses patientes, confirme avoir suivi ces conseils. « J'ai testé l'infusion de feuilles de papayer et tout s'est bien passé. Je me purgeais matin et soir. Au neuvième mois, j'ai arrêté et j'ai complété par un peu de sport », raconte-t-elle. Elle explique avoir adopté cette méthode après que l'hôpital lui a annoncé que son bébé était trop gros, ce qui pourrait rendre son accouchement difficile.

La tisane de feuilles de framboisier est également considérée comme une aide pour faciliter le travail. C'est une autre recette de grand-mère que Tassi Mama recommande, tout en rappelant que ces tisanes ne sont pas des solutions miracles : « Il faut toujours demander conseil avant de les prendre pour éviter toute complication. »

Selon la nutritionniste Angèle Kouto, les feuilles de framboisier contiennent une molécule appelée frangine, qui exerce un effet stimulant sur l'utérus, le tonifie, le relaxe et rend les contractions plus efficaces.

Cependant, malgré leur popularité, ces remèdes traditionnels divisent. Si certains les jugent utiles, de nombreux spécialistes — notamment des médecins — se montrent prudents, voire opposés à leur usage. Selon eux, laisser les femmes consommer librement ces décoctions pourrait comporter des risques.

« Il y a des risques… »

Afefa Bolou, sage-femme d'État à Lomé depuis plus de dix ans, affirme qu'aucun médecin ne conseillerait à une femme enceinte de boire des tisanes pour faciliter l'accouchement. Selon elle, il existe un risque d'abus, et les données scientifiques sur la composition chimique de ces plantes restent insuffisantes.

Elle ajoute : « Sauf si la patiente est à terme, que ses pieds gonflent et que le taux de HE est élevé. Dans ce cas, la femme enceinte peut prendre de l'eau glacée. Même des médecins spécialistes le recommandent. »

Pour la sage-femme, consommer des tisanes sans avis médical peut s'avérer dangereux. « Chez certaines femmes, on remarque lors de l'accouchement que le liquide amniotique est teinté. C'est en leur posant des questions qu'on apprend qu'elles ont pris de la tisane », explique-t-elle.

Selon elle, cela peut aller jusqu'à provoquer un bébé mort-né. Il arrive aussi que des patientes se présentent en consultation en expliquant qu'elles n'entendent plus le BDC (Bruits du Cœur) fœtal, c'est-à-dire les battements cardiaques du bébé, normalement évalués pendant la grossesse et le travail.

« Et lorsqu'on réalise une échographie, on constate que la grossesse s'est arrêtée. La patiente ne connaît pas elle-même la quantité de tisane qu'il faut prendre pour éviter ce genre de situation », confie Afefa Bolou, qui déconseille fermement l'usage de ces remèdes pendant la grossesse.

Elle précise toutefois : « Parfois, nous demandons aux femmes enceintes de se purger avec l'infusion de feuilles de papayer. Cela aide le bébé à mieux descendre avant la naissance. Mais cela a aussi ses inconvénients, car il ne faut pas en prendre trop longtemps. »

Pour elle, les patientes qui consomment cette infusion sur une longue période risquent de « rompre la poche avant même d'entrer en travail ». Les feuilles de papayer contiennent en effet des substances proches de l'ocytocine ou du syntocinon, capables de provoquer une rupture prématurée des membranes.

Or, une rupture trop précoce de la poche des eaux entraîne l'évacuation du liquide amniotique, indispensable à la respiration du fœtus dans l'utérus. Cela peut provoquer la mort du bébé ou, s'il naît vivant, l'obliger à être immédiatement placé sous oxygène.

L'impatience de certaines patientes

Selon la sage-femme, ce sont parfois les parents qui accompagnent les femmes enceintes qui créent des problèmes au personnel soignant.

« Le temps de faire quelques réglages, on se rend compte que la mère ou la belle-mère de la patiente lui a fait boire une tisane ou avaler un comprimé pour provoquer la dilatation », regrette-t-elle.

La femme enceinte se met alors à crier, poursuit-elle, mais personne ne dit à la sage-femme ce qui s'est réellement passé. « C'est seulement quand il y a rupture de poche qu'on découvre ce qui s'est passé derrière notre dos. Certains parents nous accusent de laisser leurs filles souffrir des douleurs de l'enfantement, et justifient ainsi le fait de leur donner ces breuvages. »

Elle précise que ces situations se produisent notamment lorsqu'on souhaite laisser la femme accoucher naturellement. Car certains parents — voire les patientes elles-mêmes — réclament le "petit sérum" pré‑accouchement, que les sages-femmes refusent désormais d'administrer systématiquement.

Il n'existe aucun soin, explique-t-elle, permettant de diminuer ou d'arrêter totalement la douleur des contractions. « Nos patientes et leurs accompagnateurs doivent nous laisser faire notre travail, sinon ce sont des vies qu'ils mettent en danger. »

Mme Bolou poursuit : « À ce moment crucial, il n'y a rien d'autre à faire. Nous sommes là pour surveiller, marcher avec la femme, faire des va-et-vient, lui apprendre des techniques de respiration, la rassurer pour que la dilatation se fasse correctement et que le bébé puisse sortir tranquillement. »

Aujourd'hui, dans les centres de santé, dit-elle, l'accouchement se fait de plus en plus naturellement, sans sérum systématique. « Vous allez abîmer vos utérus pour rien si vous buvez n'importe quoi », prévient-elle.

Protéger le bébé et se fier à un spécialiste

Pour le docteur Jean‑Claude Togbé, médecin généraliste, la période de grossesse est un moment délicat dans la vie d'une femme. Il rappelle qu'il faut éviter de prendre n'importe quel produit ou médicament au risque de mettre deux vies en danger.

« En tant que médecin, je ne dirai pas à ma patiente enceinte d'aller prendre des tisanes pour faciliter l'accouchement. Lorsque la femme va régulièrement en consultation et qu'elle est bien suivie par la sage‑femme, il n'y aura rien à craindre lorsque le moment sera venu », souligne‑t‑il.

« Sauf dans les cas particuliers où l'on observe certaines complications. Là, des dispositions spécifiques peuvent être prises », ajoute‑t‑il.

Selon lui, les recherches médicales — surtout en Afrique — n'ont pas encore confirmé l'efficacité de ces potions naturelles ou des recettes de grand‑mère auxquelles beaucoup de femmes ont recours aujourd'hui. Il recommande donc une grande prudence dans leur utilisation.

Tassi Mama, de son côté, reconnaît qu'il faut encadrer les femmes enceintes qui utilisent ces tisanes, afin qu'elles ne dépassent pas les quantités recommandées. Elle reste toutefois convaincue que les plantes, notamment celles qu'elle a citées plus tôt, sont efficaces pour accompagner les femmes durant leur grossesse.

« On a toujours utilisé cela autrefois pour accoucher les femmes. C'est vrai que la médecine a évolué, mais les plantes aussi ont leur valeur », affirme‑t‑elle.

NB : Toujours demander l'avis d'un médecin ou spécialiste avant de prendre un produit ou un médicament.