Organiser la CAN tous les quatre ans, est-ce une "erreur" ou une "bonne idée" ?

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- Author, Rob Stevens
- Role, BBC Sport Africa
Après une Coupe d'Afrique des Nations (CAN) 2025 qui a battu tous les records de buts, mais dont la finale a été marquée par la controverse, les supporters peuvent se réjouir de deux nouvelles éditions coup sur coup, en 2027 et 2028 – même si les dates de ces tournois, et le pays hôte de 2028, restent à confirmer.
Après cela, la CAN se déroulera tous les quatre ans au lieu de tous les deux ans.
Le président de la Confédération africaine de football (CAF), Patrice Motsepe, a fait cette annonce fracassante à la veille de la phase finale qui vient de s'achever au Maroc, en annonçant également la création d'une nouvelle Ligue des Nations africaine, qui sera lancée en 2029 et disputée chaque année.
Cette décision a été prise après consultation avec la FIFA et l'annonce a suscité la controverse, le sélectionneur du Mali, Tom Saintfiet, la qualifiant de "totalement erronée".
Motsepe a cependant réaffirmé sa position, déclarant que la CAF est "convaincue" que cette décision est dans "l'intérêt supérieur du football africain". Il estime également que la Ligue des Nations offrira une compétition plus relevée que la CAN.
BBC Sport Africa se penche sur les principaux sujets de discussion liés à ces changements.
Une décision de la CAF ou une décision de la FIFA ?

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En février 2020, Gianni Infantino, président de la FIFA, proposa publiquement d'organiser la CAN tous les quatre ans, une idée que Motsepe rejeta après son élection à la présidence de la CAF treize mois plus tard.
"C'est un sujet qui divise les opinions – je suis convaincu que la CAN doit avoir lieu tous les deux ans", avait alors déclaré Motsepe.
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Un ancien entraîneur respecté, fort d'une longue expérience sur le continent, affirma qu'Infantino "veut tuer le football africain".
Avec l'élargissement de la Coupe du Monde de la FIFA à 48 équipes et la qualification garantie de neuf équipes africaines, le Suisse a clairement influencé Motsepe sur la question de la CAN ces cinq dernières années.
Motsepe justifie désormais ce choix par la nécessité de faire des compromis pour une meilleure synchronisation et harmonisation du calendrier international.
Cependant, le Sud-Africain a réagi vivement aux accusations de certains médias selon lesquelles c'est la FIFA, et non la CAF, qui dirige le football africain.
"Il faut dépasser ce complexe d'infériorité", a-t-il indiqué. "Ce qui me désole, c'est que les Européens et les gens de la FIFA nous respectent davantage que certains de nos propres compatriotes (en Afrique)".
"Il faut parfois faire des concessions. Il nous arrive de devoir prendre des décisions impopulaires."
L'héritage du football en mutation

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La CAN est un tournoi biennal depuis sa création en 1957, à l'exception d'une interruption de trois ans entre 1959 et 1962 et d'une année séparant les éditions 2012 et 2013.
Elle est devenue un événement captivant, mondialement reconnu pour ses scénarios palpitants et son imprévisibilité.
Cependant, le nombre croissant de joueurs africains évoluant en Europe pose des problèmes de calendrier, les clubs perdant régulièrement des joueurs en cours de saison.
L'engagement d'organiser la CAN en juin et juillet a été abandonné, d'abord en raison de contraintes climatiques, puis avec l'introduction, l'an dernier, de la Coupe du Monde des Clubs de la FIFA, élargie à 32 équipes.
"Nous cherchons trop à satisfaire les grands clubs européens", a déclaré le Belge Saintfiet, qui a entraîné sept nations africaines, à la BBC World Service. Les avis semblent partagés : l'Égyptien Hossam Hassan estime que cette mesure "servirait les intérêts des ligues européennes", tandis que le sélectionneur ivoirien Emerse Fáe pense qu'elle pourrait être "une bonne chose" si le football africain continue de se développer.
La Ligue des Nations pourrait potentiellement offrir cette opportunité aux petites nations.
"Je ne suis pas certain que des défaites 5-0 ou 6-0 contribuent réellement à élever le niveau du football africain", a affirmé Fáe.
"S'ils affrontent d'autres équipes de leur niveau dans le but d'accéder à la division supérieure, je pense que tout le monde y gagnera."
Montrez-moi l'argent

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Depuis l'arrivée de Motsepe à la tête de la CAF, les recettes générées par la CAN ont considérablement augmenté.
Un bénéfice de 114 millions de dollars (+ de 63 milliards FCFA) était prévu pour la CAN 2025, contre 75 millions de dollars (+ de 42 milliards FCFA) pour la Côte d'Ivoire et moins de 5 millions de dollars (environ 2 806 310 000 FCFA) pour l'édition 2021 au Cameroun.
L'organisation régulière de la compétition a favorisé le développement des infrastructures footballistiques, même si leur entretien peut s'avérer complexe.
"Nous savons qu'il est essentiel d'organiser la CAN tous les deux ans pour le développement du continent", a déclaré Kalidou Koulibaly, capitaine du Sénégal.
"Pour notre continent, un calendrier bisannuel était idéal. Mais si la décision est maintenue, nous verrons bien ce que l'avenir nous réserve."
On peut se demander "Pourquoi changer ?", surtout après avoir mis en place un système qui fonctionne si bien. Cependant, Motsepe affirme que les recettes de la CAN sont "nettement inférieures" à celles que la CAF a "mises en place" pour la Ligue des Nations africaine.
Reste à savoir si les bilans correspondent aux prévisions ; toutefois, le fait que la Ligue des Nations se joue à l'échelle régionale pourrait raviver des rivalités oubliées.
Motsepe a cité l'exemple du derby ghanéen-nigérian, qui se déroule chaque année et qui n'a connu que cinq rencontres compétitives en vingt ans.
La vitrine et la fin du CHAN

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La CAN a souvent servi de vitrine aux joueurs pour décrocher des transferts lucratifs susceptibles de changer leur vie.
"Nous sommes la génération la plus chanceuse, car les plus jeunes devront attendre tous les quatre ans pour disputer une CAN", a souligné Bertrand Traoré, capitaine du Burkina Faso, qui a participé à sa sixième CAN au Maroc, à BBC Sport Africa.
"Certains joueurs accueilleront mieux cette décision, mais d'autres ont besoin de cette compétition pour se révéler au monde entier."
Les changements de la CAF sonnent également le glas du Championnat d'Afrique des Nations (CHAN), le tournoi des joueurs évoluant dans leur pays d'origine.
Les deux derniers CHAN ont été décevants : certaines nations n'ont même pas participé aux qualifications, le nombre de finalistes était impair, le Maroc s'est retiré de l'édition 2022 en raison de tensions diplomatiques et la phase finale de 2024 a été reportée car le pays hôte n'était pas prêt. Motsepe a qualifié le CHAN de "gouffre financier", mais il a néanmoins contribué au lancement des carrières internationales de l'attaquant marocain Ayoub El Kaabi et du milieu de terrain sénégalais Lamine Camara, tous deux finalistes de la CAN 2025.
L'entraîneur vainqueur, Pape Thiaw, a quant à lui acquis une précieuse expérience en menant les Lions de la Teranga au titre en 2022.
Par ailleurs, concernant la Coupe d'Afrique des Nations féminine, aucune mention n'a été faite d'un éventuel passage à un cycle de quatre ans.
L'ancienne milieu de terrain sud-africaine Amanda Dlamini estime que le football féminin en Afrique est "différent" et cherche encore à s'imposer comme un "produit".
"J'espère que le cycle restera de deux ans, car s'il passe à quatre ans, on va tomber dans l'oubli", a-t-elle indiqué à BBC Sport Africa.
Un problème de communication
Motsepe a reconnu que la CAF aurait pu mieux expliquer sa décision et la manière dont elle l'a annoncée.
L'annonce a d'ailleurs été un véritable coup de tonnerre lors de la conférence de presse de près de deux heures qui s'est tenue à Rabat le mois dernier.
"Nous n'avons pas aussi bien préparé le terrain pour cette CAN tous les quatre ans", a admis Motsepe samedi.
"Nous devons nous assurer que nos concitoyens, à qui nous devons rendre des comptes, comprennent que nos décisions sont bénéfiques pour eux".
"Nous savons que d'ici deux ou trois ans, les gens comprendront de quoi nous parlons". La Ligue des Nations pourrait bien être un succès, mais la CAN conservera sans doute tout son prestige en tant que plus grande compétition du continent.















