Qui est Aminata Sarr, la jeune femme qui veut sauver les agriculteurs avec l'agrivoltaïque au Sénégal ?

Aminata Sarr est debout à côté d'une affiche sur laquelle il y a beaucoup d'écritures.

Crédit photo, Aminata Sarr

Légende image, Selon elle, même pour les activités domestiques, dans la plupart des zones qu'elle a sillonnées, les populations n'ont pas accès à l'électricité.
    • Author, Isidore Kouwonou
    • Role, BBC News Afrique
    • Reporting from, Dakar

L'agriculture africaine reste dépendante des pluies. Elle souffre du changement climatique qui alterne souvent sécheresses et inondations, son véritable défi. Ce qui entraine une baisse des rendements et provoque l'insécurité alimentaire, menaçant des millions de vies.

Les agriculteurs qui semblent parfois dépassés par les événements, sont continuellement harcelés par le stress hydrique et l'absence de l'électricité.

Mais au Sénégal, une jeune femme, lauréate du Prix international L'Oréal-UNESCO pour les femmes et la science, qui récompense chaque année 30 jeunes chercheuses africaines, a introduit dans son pays et auprès des agriculteurs une innovation qui est sur le point de changer la donne.

Aminata Sarr a introduit dans l'agriculture le système agrivoltaïque qui vise à produire davantage avec moins d'eau et d'énergie, un problème crucial auquel sont confrontés les producteurs agricoles sur le continent.

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Aminata Sarr porte une robe verte avec une chemise manche longue et un hijab blanc, elle sourit avec dans ses mains un téléphone portable fixé sur une machine blanche.

Crédit photo, Aminata Sarr

Légende image, Aminata Sarr a introduit dans l'agriculture le système agrivoltaïque qui vise à produire davantage avec moins d'eau et d'énergie, un problème crucial auquel sont confrontés les producteurs agricoles sur le continent.

« Notre objectif, c'est de développer un modèle ou une méthode qui permet de trouver la configuration pour optimiser à la fois la production agricole et énergétique », indique la jeune femme de 30 ans.

Elle propose des mécanismes visant à optimiser l'énergie, les rendements agricoles et l'utilisation de l'eau dans le système agrivoltaïque.

Les travaux, selon Aminata Sarr, ont été inspirés par des conversations avec des agriculteurs des zones rurales de son pays qui lui ont fait part de leurs préoccupations en matière d'eau et d'énergie.

Qu'est-ce que le système agrivoltaïque proposé aux agriculteurs ?

Aminata Sarr en hijab bleu devant deux écrans d'ordinateurs allumés, elle sourit à la caméra.

Crédit photo, Aminata Sarr

Ce système inclut la production agricole et énergétique à la fois. Il nécessite les panneaux solaires et de l'espace pour faire l'agriculture et permet de savoir la quantité d'énergie solaire dont a besoin la plante.

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Mais si on augmente par exemple l'espacement entre les panneaux, explique Aminata Sarr, on peut jouer sur la production d'énergie en la réduisant. Cela permet d'optimiser à la fois la production agricole et énergétique.

Dans le même temps, l'innovation portée par la jeune femme l'a amenée à développer un système d'irrigation automatisé pour répondre à la contrainte liée aux ressources en eau.

« On voit que dans nos pays, avec l'impact du changement climatique, les ressources en eau diminuent de plus en plus, et parfois les agriculteurs dans les milieux ruraux, par manque de connaissance sur la quantité d'eau à appliquer, mettent des quantités supérieures au besoin en eau des cultures », relève-t-elle.

En ajoutant ce système d'irrigation automatisé, cela permet de participer davantage à la conservation des ressources en eau « sachant déjà que le système agrivoltaïque participe à la conservation parce que le système permet de réduire l'évapotranspiration des cultures ».

Il constitue un atout pour les populations rurales, en facilitant l'accès à l'électricité et en permettant la production agricole et énergétique sans conflit d'usage des terres, tout en assurant une gestion plus durable des ressources en eau.

Comment Sarr est arrivée à ce stade ?

Tout est parti des enquêtes effectuées auprès des agriculteurs de la zone de Niayes, une périphérie de Dakar, la capitale sénégalaise. Ces derniers ont énuméré de nombreuses contraintes qui les empêchent de jouir de leurs activités principales, l'agriculture.

« Les contraintes qu'ils avaient étaient principalement l'accès à l'énergie, la réduction de la ressource en eau, alors qu'on ne peut pas faire de l'agriculture irriguée sans avoir accès à l'énergie », souligne Aminata Sarr qui ajoute que ces contraintes peuvent impacter considérablement la production.

Selon elle, même pour les activités domestiques, dans la plupart des zones qu'elle a sillonnées, les populations n'ont pas accès à l'électricité. « C'est tout ceci qui m'a poussé à travailler sur comment optimiser l'eau pour les producteurs et comment faire pour que les zones rurales puissent avoir accès à l'électricité ».

En combinant les deux systèmes, les agriculteurs auront l'eau et l'énergie. Aminata Sarr a opté pour le système agrivoltaïque, parce que les centrales photovoltaïques sont de plus en plus utilisées et ont moins d'impact sur l'environnement, en comparaison aux énergies à base de combustibles fossiles. « Ce sont des alternatives, surtout en milieu rural ».

Mais l'installation des centrales PV nécessitant de grands espaces, cela engendre parfois des conflits pour l'accès à la terre. En combinant la production agricole et énergétique sur une seule surface, donc l'agrivoltaïque, « cela pourra résoudre les conflits liés à la terre et augmenter l'efficiente d'utilisation des terres ».

Un projet qui requiert le soutien de l'Etat sénégalais

Jusqu'à présent, Aminata Sarr en est encore à l'étape de développement du modèle de son système agrivoltaïque ainsi que de celui de l'irrigation automatisée. Elle explique qu'elle souhaite désormais tester ses prototypes sur le terrain, auprès des producteurs agricoles, afin de démontrer leur impact et les bénéfices qu'ils peuvent en tirer.

Pour y parvenir, des moyens sont nécessaires, souligne‑t‑elle. "Lorsqu'on veut installer des centrales, par exemple, le gouvernement peut accompagner les producteurs dans la mise en place de ce système."

Elle ajoute que les producteurs peuvent également s'organiser en groupements pour adopter l'agrivoltaïsme, puisque cette technologie leur permettra de mieux conserver leurs productions agricoles.

Selon elle, l'État doit aussi débloquer des fonds pour soutenir les chercheurs, car les pays africains sont confrontés à des défis qui exigent un important investissement en recherche. Elle rappelle que c'est la science, dit‑elle, qui permettra de relever les défis liés à l'énergie, à l'eau et à l'agriculture, mais aussi dans le domaine médical.

"Pour moi, le gouvernement doit davantage subventionner la recherche, car c'est elle qui aidera nos pays à se développer."

Qui est Aminata Sarr ?

La jeune femme de 30 ans qui est lauréate du Prix international L'Oréal-UNESCO pour les femmes et la science pour ce mois de décembre, a naturellement fini par tomber amoureuse des sciences.

Crédit photo, Aminata Sarr

Légende image, La jeune femme de 30 ans qui est lauréate du Prix international L'Oréal-UNESCO pour les femmes et la science pour ce mois de décembre, a naturellement fini par tomber amoureuse des sciences.

Aminata Sarr a grandi dans un environnement où son entourage l'a toujours encouragée à s'orienter vers les sciences, à l'image de son père, de sa mère, et de ses sœurs déjà engagées dans ce domaine.

Âgée de 30 ans et lauréate du Prix international L'Oréal‑UNESCO Pour les femmes et la science pour ce mois de décembre, elle est naturellement tombée amoureuse des sciences. Cette passion lui vient surtout de sa mère, qui n'avait pas eu l'occasion de poursuivre de longues études, mais qui l'a toujours incitée à aimer tout ce qui touchait à cette discipline.

« Elle nous a accompagnées, poussées à aller de l'avant dans le domaine scientifique. Elle était passionnée de sciences, c'est ce qu'elle aurait voulu faire. Sa motivation s'est ajoutée à notre passion. »

Aminata Sarr a également eu la chance de rencontrer, à l'université, le professeur Lamine Diop.

« C'est lui qui m'a davantage orientée et m'a appris ce qu'est la recherche, car il travaillait aussi dans le domaine de l'irrigation. Je l'ai rencontré en deuxième année, et il m'a encadrée pour la licence puis le master. Et même pour la thèse, nous continuons de travailler ensemble. » raconte‑t‑elle.

Pour la lauréate du Prix L'Oréal‑UNESCO, la science n'a pas de genre : seule la volonté compte.

« C'est ce que je voulais faire, et je me suis battue pour y parvenir. »

C'est également le message qu'elle adresse à toutes les femmes qui souhaitent s'aventurer dans les sciences : se battre, persévérer, ne pas renoncer.

Elle lance aussi un appel aux parents pour qu'ils encouragent leurs enfants — en particulier les filles — à s'intéresser aux sciences. Selon elle, son prix est une "occasion de montrer aux femmes de ma communauté qu'elles ont leur place dans la science".

Aminata Sarr souhaite poursuivre dans la recherche afin de mettre ses compétences au service des autres. Doctorante à l'Institut international d'ingénierie de l'eau et de l'environnement, au département des énergies renouvelables et de l'efficacité énergétique, elle est également titulaire d'une licence en production végétale et agronomique et d'un master en gestion des ressources en eau et des sols, spécialisé en agriculture irriguée.

Sa thèse, en préparation, porte sur les énergies renouvelables, notamment les systèmes agrivoltaïques, ce qui la spécialise dans les domaines de l'eau, de l'énergie et de l'alimentation.