"Le métier d’agriculteur n’est pas un métier valorisant dans nos sociétés", Claudia Senghor agro-entrepreneure

Claudia dans sa ferme d'exploitation agricole

Crédit photo, Avec l'autorisation de Claudia Senghor

Légende image, Claudia Senghor, fondatrice d'Agrobabe
    • Author, Oumou Kalsoum Ba et Alassane Dia
    • Role, Journaliste BBC

Dans la conscience collective, certains métiers sont traditionnellement masculin, de ce fait ils sont "interdits" aux femmes. Seulement, la jeune Claudia Senghor, sénégalaise de nationalité a su briser ce tabou. Elle s’est frayée un chemin dans l’agriculture et intervient quasiment sur toute la chaine de valeur.

Pendant longtemps, certains métiers ont été qualifiés de "masculins". La gente féminine est alors exclue..

Seulement, ces dernières années, on constate un renversement de la situation.

Des secteurs comme le BTP, l’industrie Pétro-gazière, la mécanique ou l’aviation accueillent de plus en plus de femmes.

Au Sénégal par exemple, il était rare ou même inexistant de voir une femme "moderne et citadine" se lancer dans l’agriculture.

Aujourd’hui, de jeunes cadres supérieures, avec un riche parcours académique et professionnel se reconvertissent en "agrobusiness Woman".

Claudia Senghor en est la parfaite illustration.

"Le métier d’agriculteur n’est pas un métier valorisant dans nos sociétés. On a tendance à mettre en avant ceux qui travaillent dans les entreprises, les cadres, les banquiers, les financiers entre autres…"

"Ceux qui travaillent dans le secteur agricole sont souvent laissés en rade. On ne met pas en exergue leur activité."

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Riche parcours académique et professionnel

Claudia dans son champs montre avec fierté son livre sur la planification agricole.

Crédit photo, Avec l'autorisation de Claudia Senghor

Légende image, Claudia est agroéconomiste de formation et consultante en agriculture.

Agroéconomiste de formation, consultante en agriculture et créatrice de contenus agrobusiness sur les réseaux sociaux, Claudia étale son savoir-faire à travers sa bannière dénommée Agrobabe.

"J’ai travaillé pendant 3 ans dans un cabinet de consultance agricole à Montréal après l’obtention de mon diplôme en agroéconomie. C’est ce qui m’a permis d’acquérir une grande expérience dans la planification agricole. Ma passion pour l’agriculture vient de là-bas."

Agrobabe 100 % "Girly"

Claudia Senghor

Crédit photo, Avec l'autorisation de Claudia

Légende image, Pour Claudia, on peut être belle, élégante, raffinée, tendance et travailler dans le secteur agricole.

Le nom que Claudia a choisi pour sa bannière "Agrobabe" est loin d’être fortuit. Pour elle, on peut être belle, élégante, raffinée, tendance et travailler dans le secteur agricole. L’un n’empêche pas l’autre.

La preuve, quand elle est sur le terrain, Claudia est en mode relaxe avec une touche "swag et fashion" : chaussures de sport et casquette de marque, lunettes de soleil tendance le tout assorti avec une tenue décontractée mais "In".

Claudia en mode "swag" dans les champs.
Légende image, "Justement je souhaite montrer aux filles que l’on peut garder toute sa féminité et travailler dans l’agriculture."

C’est sa façon à elle de rassurer les jeunes femmes de sa génération qui hésitent encore à se lancer dans l’agriculture.

"C’est pas pour rien que j’ai choisi le nom Agrobabe. C’est pour mettre en évidence l’aspect girly de mon business. Que représente le concept girly ? Babe c’est la fille qui est à l’air du temps. Toujours apprêtée, bien maquillée avec de beaux habits. Justement je souhaite montrer aux filles que l’on peut garder toute sa féminité et travailler dans l’agriculture ou dans d’autres domaines souvent occupés par les hommes. Les filles on peut se faire de l’argent et contribuer à l’essor économique de nos pays."

Agrobabe a plus de 100 000 abonnés

Aperçu des plateformes numériques d'Agrobabe

Crédit photo, Avec l'autorisation de Claudia

Légende image, Claudia a plus de 100 000 abonnés.
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Claudia a constaté qu’en Afrique, l’accès aux informations relatives au secteur agricole était rare. Un état de fait qui constitue une barrière pour les jeunes qui souhaitent se lancer dans l’agriculture selon elle.

Consciente de la puissance des réseaux, en plus de toute l’expérience engrangée lors de son passage en entreprise, elle s’est lancée dans la création de contenus. Sa cible, les jeunes.

"En Afrique, les jeunes ne disposent pas d’informations agricoles. Ils ne sont pas motivés. On ne les encourage pas à investir dans le secteur agricole qui regorge de potentialités. Alors pour moi, la meilleure façon de les atteindre était d’aller les chercher là où ils sont, sur les réseaux sociaux. J’ai commencé en 2021 à parler de l’agriculture, de son potentiel sur Instagram, TikTok et Facebook. Et depuis, je mène mon bout de chemin."

Claudia a plus de 100 000 abonnés.

"J’accompagne des jeunes, je les forme. Je les sensibilise surtout sur l’importance de la planification avant qu’ils ne se lancent dans l’agriculture."

Claudia mise sur le potentiel agricole de l’Afrique

Claudia en compagnie d'un autre agriculteur.
Légende image, L’agriculture est le premier secteur pourvoyeur d’emplois en Afrique selon Claudia.

"L’agriculture est le premier secteur pourvoyeur d’emplois en Afrique. Elle booste nos économies. De plus, le secteur agricole permet de vivre. Je m’explique : sans l’agriculture on ne vit pas", nous dit Claudia avec assurance.

L’organisation des Nations Unis pour l’alimentation et l’agriculture conforte Claudia.

La FAO a révélé que le Continent africain dispose d’une réserve importante de terre, soit 65 % des terres arables non cultivées dans le monde. Un grand atout pour le secteur agricole africain.

Selon la Banque africaine de développement, l’agriculture constitue un enjeu social. 50 % des africains vivent en zone rurale et l’agriculture représente 60 % des emplois souvent mal ou pas rémunérés.

Paradoxalement, le secteur représente 20 % du PIB du continent et affiche des rendements 3 fois inférieurs au reste du monde.

L’agriculture présente un enjeu important de sécurité alimentaire. .

Source de motivation pour la jeunesse

Claudia avec d'autres jeunes agriculteurs.
Légende image, L’agriculture, un outil de lutte contre le chômage des jeunes selon une étude des Nations unies

"L’agriculture est outil de lutte contre le chômage des jeunes", c’est l’intitulé d’une étude réalisée par les Nations Unies. On peut lire en première ligne l’agriculture africaine ne va pas créer de la richesse et de la valeur ajoutée sans l’implication des jeunes.

Une vérité absolue que partage Claudia Senghor.

"Aux jeunes qui souhaitent se lancer dans l’agriculture, il faut d’abord avoir une idée claire de se que l’on veut faire car, c’est un secteur très vaste. La vente de semences, la location de tracteurs sont des activités connexes de l’agriculture. Donc il est important en amont de choisir son domaine. Par exemple si on décide de produire, il fait avoir un terrain. L’intrant le plus important est l’eau. Apres il faut planifier son projet, maitriser le marché. Le marché est aussi incontournable. Elle peut vous propulser ou vous faire couler. Misez sur la planification de votre projet, informez-vous, formez-vous et lancez-vous."

"Foncez !"