Mariée à 40 ans : "Il n'y a pas d'âge pour trouver le grand amour"

Crédit photo, Courtoisie Aminata Faty
- Author, Mamadou Faye
- Role, BBC News Afrique
- Reporting from, Dakar, Sénégal
Née en France où elle a grandi, Aminata Faty, s'est mariée à l'âge de 40 ans, à un moment où le regard des autres commençait à devenir une pression sociale envers elle. Mais, ayant grandi dans "un foyer avec une double culture très présente", Aminata a "toujours été animée par une forte envie d'indépendance, de construction personnelle et professionnelle". Son courage lui avait permis de ne pas céder à la pression sociale.
Après un parcours non-linéaire, "souvent chaotique, fait de douleurs et de drames", elle rencontra un homme, à un moment où elle n'était plus dans l'attente, "mais dans l'acceptation de sa vie telle qu'elle était". C'est le parcours de cette femme aujourd'hui épanouie que la BBC vous présente.
"La rencontre (avec mon mari) s'est faite naturellement, sans pression, sans scénario idéalisé. Il est dans le milieu du sport et j'avais besoin d'un coach. Nos premiers échanges étaient donc purement professionnels et c'est dans ce cadre que nous avons appris à nous connaître avant de devenir amis, puis nous marier", raconte Aminata Faty.
La jeune femme avait tout quitté en France pour venir s'installer et entreprendre au Sénégal, où de 2012 à 2019, elle avait occupé des postes de direction, et s'était lancée dans le social.
"J'étais maman solo, mais ça ne m'avait pas empêché de voyager, prendre des risques, faire des choix parfois incompris, mais toujours alignés avec ce que je ressentais profondément", confesse-t-elle.
Rêve d'indépendance et de liberté

Crédit photo, Courtoisie Aminata Faty
Aminata Faty avait ses rêves, malgré les moments difficiles qu'elle traversait. Elle aspirait à une vie libre et indépendante.
"Je rêvais avant tout de liberté et d'indépendance : la liberté de choisir ma vie, mon rythme, mes engagements. Je voulais construire quelque chose qui ait du sens et qui inspire, me sentir utile, évoluer, sans me limiter à une seule case", dit-elle.
Selon elle, "le mariage faisait partie des possibles, mais pas au prix de me perdre".
"Je rêvais d'une vie choisie, pas d'une vie validée par les autres. Le regard des autres n'a jamais été un frein pour moi", poursuit-elle.
Apprendre pour soigner ses blessures

Crédit photo, Courtoisie Aminata Faty
Des informations vérifiées à portée de main
Cliquez ici et abonnez-vous !
Fin de Promotion WhatsApp
Assez souvent au Sénégal, quand le mariage ne vient pas tôt, il y a plusieurs interrogations, venant des proches et de l'entourage. Le regard des autres et de la société. Mais, Aminata Faty ne craignait pas ce regard. Après une première déception née de la rencontre d'une personne qu'il avait cru être la bonne, elle s'était retrouvée maman solo.
"Le mariage n'est pas venu tôt parce que je ne trouvais pas la bonne personne. J'ai cru à un moment le trouver, mais la relation me tirait vers le bas au lieu de m'élever. C'était difficile car je me suis retrouvée maman solo, mais j'ai avancé dans les autres pans de ma vie. Je n'ai jamais résumé à ma vie au statut de femme mariée", raconte-t-elle.
Mais cela ne l'avait pas affectée pour autant, puisqu'elle s'était désormais fixé un objectif clair : apprendre pour soigner ses blessures.
"J'ai privilégié mes études, jusqu'à l'obtention d'un master de recherche en travail et d'autres qualifications tout au long de ma carrière, je me suis beaucoup investie dans mon travail et dans ma construction personnelle, car j'avais beaucoup de blessures à soigner", souligne Aminata Faty.
Le poids du regard des autres

Crédit photo, Courtoisie Aminata Faty
Malgré son courage et sa détermination, Aminata Faty avait connu des moments de doute et de solitude face à la pression sociale.
"Et surtout, j'ai refusé certains compromis imposés par la pression sociale. Je ne voulais pas entrer dans un mariage par peur du regard des autres. Je n'ai pas repoussé le mariage, j'ai simplement refusé de me précipiter", explique-t-elle.
"Ça n'a pas toujours été simple. Il y a eu des moments de doute, beaucoup de solitude. Mais j'ai appris à me recentrer, à m'entourer de personnes bienveillantes et à me rappeler que le regard des autres parle souvent plus de leurs peurs que de nos choix", dit-elle.
"Avec le temps, j'ai transformé la pression en une force intérieure. On survit au regard de la société quand on est profondément alignée avec soi-même", poursuit-elle.
"L'idée récurrente qu'une femme célibataire après 35 ou 40 ans serait 'incomplète', 'trop exigeante' ou 'passée à côté de sa vie'. Ce genre de commentaire que l'on lit régulièrement sur les réseaux sociaux marque, parce qu'il nie tout le reste : les réussites, la maturité, le chemin parcouru", regrette-t-elle.
"On a longtemps réduit mon existence à une absence d'homme, en oubliant tout ce que j'avais construit. Pourtant je suis fière de mes réussites professionnelles et elles comptent autant que mes réussites personnelles. Je suis entrepreneure depuis 2019, j'entreprends dans l'immobilier et l'agriculture. J'ai créé un talk-show féminin, une association pour les femmes victimes de mutilations sexuelles, j'ai écrit", signale-t-elle.
"(...) Je suis une femme qui essaie d'impacter positivement, comme beaucoup d'autres femmes. Alors au-delà du mariage, nous comptons par nos réalisations personnelles et professionnelles".
Le mariage qui change tout

Crédit photo, Courtoisie Aminata Faty
"Tout change, rien n'est figé". Ce principe fondamental, exprimé par Héraclite, et qui affirme que la réalité est un processus dynamique, en perpétuelle transformation, est une philosophie qui décrit bien la vie d'Aminata Faty.
Quand elle avait annoncé son mariage pour novembre 2022, avec son coach Cheikh Tidiane Diattara, il y a eu beaucoup de surprise et de soulagement autour d'elle.
"Il y a eu beaucoup de surprise, parfois même de soulagement. Comme si, enfin, je rentrais dans une norme attendue. Mais aussi beaucoup de joie sincère, surtout chez ceux qui avaient respecté mon chemin sans me juger", raconte-elle.
Après son mariage, le regard des autres avait bien évidemment évolué à son égard.
"Le regard a clairement changé. D'un coup, certaines personnes me regardaient avec plus de respect ou de légitimité, ce qui interroge profondément. Cela montre à quel point, dans nos sociétés, le statut marital reste un marqueur social fort pour les femmes. Ce n'est pas moi qui ai changé, c'est le regard qu'on posait sur moi", remarque-t-elle.
Conseils aux femmes dans le célibat
Aminata a tenu à prodiguer des conseils aux femmes qui vivent la même situation qu'elle a traversée.
"Je leur dirais de ne pas se trahir pour répondre à un calendrier social. Le mariage est une étape de vie, pas une ligne d'arrivée. Il vaut mieux être seule et alignée que mal accompagnée et éteinte. Le bon timing, c'est celui qui respecte votre paix intérieure. Ce n'est pas négociable", dit-elle.
Toutefois, elle a rappelé la principale leçon qu'elle a le plus retenu de cette période avant son mariage.
"Cette période m'a appris la patience, la solidité intérieure et l'importance de se connaître profondément. Elle m'a aussi appris que la solitude peut être un espace de croissance, pas forcément un échec", révèle-t-elle.
Aminata a souligné qu'il est important pour elle de partager son expérience sur les réseaux sociaux parce qu'elle sait que "beaucoup de femmes se sentent seules, jugées ou en retard".
"Partager mon expérience, ce n'est pas donner des leçons, c'est ouvrir une conversation, montrer qu'il existe plusieurs chemins possibles et qu'aucun n'est honteux. Je partage pour libérer la parole, pas pour imposer un modèle", conclut-elle.
Aminata Faty vit aujourd'hui le parfait amour avec son mari Cheikh Tidiane Diattara, qui a bien accepté de nous faire un témoignage sur son expérience de mariage avec sa femme.
"Au début, c'était difficile, c'était un peu compliqué parce que nous n'étions pas sur les mêmes ondes. Mais au fil du temps, je me suis adapté à son mode de vie. Tu sais, ce sont nous qui devons nous rabaisser pour nous adapter. Je me suis aligné à son mode de vie et à ses principes. Donc, ça va", révèle Cheikh Tidiane Diattara.
"Depuis lors, ma femme m'a très bien aidé par rapport à l'entrepreneuriat et à beaucoup de choses. Donc, j'ai eu la chance d'avoir une femme comme elle. C'est une femme battante. Elle m'a tellement aidé, sur beaucoup de choses, sur tout", dit-il.
Toutefois, Cheikh Tidiane Diattara a reconnu qu'au début, avant de se marier, il avait "un peu peur parce (qu'il n'était) pas prêt pour (se) marier".
"Il y avait beaucoup de choses à changer entre temps pour commencer une vie de couple. Donc, ce n'était évident de changer les choses du jour au lendemain, mais j'ai eu de bons conseils de mes amis et de ma famille. Ils m'ont donné beaucoup de conseils sur la manière de gérer une femme. Eux aussi ils m'ont aidé, donc ça va", confie-t-il.
Aminata Faty est aujourd'hui âgée de 41 ans, et son mari Cheikh Tidiane Diattara en a 42. Ils ont eu leur première fille Faly en octobre 2023 et attendent leur second enfant.
Le sociologue sur le mariage tardif des femmes

Crédit photo, Courtoisie Dr Sara Ndiaye
Cette expérience sociale, vécue par Aminata Faty n'est pas sans intérêt pour le sociologue. Interrogé sur les raisons de la fréquence du mariage tardif des femmes, Dr Sara Ndiaye, Sociologue à l'Université Gaston Berger de Saint-Louis, a dégagé deux pistes de réflexion.
"Il y a deux pistes de compréhension du phénomène : celle qui l'aborde sous l'angle de la contrainte pour laquelle, les femmes tiennent de plus en plus à leur autonomie ; et celle qui l'appréhende sous l'angle de la métamorphose de la structure conjugale consécutive à l'affirmation progressive des femmes sénégalaises hors des cadres de solidarité matrimoniale", explique l'enseignant-chercheur.
"D'ailleurs, l'analyse de contenu thématique des sujets traités dans les séries sénégalaises montre que le prix à payer pour une union matrimoniale n'est plus attractif", remarque-t-il.
"Trois sujets de discorde conjugale découragent : premièrement, la quête de la stabilité conjugale pousse les femmes à revendiquer ou à entretenir des velléités pour une mono-résidence conjugale. Ce qui est assez problématique pour la plupart des hommes à qui le modèle conjugal est polygamique", explique-t-il.
"Deuxièmement, la violence conjugale qui sévit lorsque le mariage est imposé à l'un des partenaires ou lorsque l'un d'eux adopte une vie parallèle démotive les filles dans le choix de conjoint imposé (d'une manière ou d'une autre)", poursuit Dr Sara Ndiaye.
"Troisièmement, la demande de divorce non accordée à la suite de plusieurs signes annonciateurs marqués par des frustrations, des déceptions et une influence extérieure toxique, pousse plusieurs femmes à développer une sororité contre certaines demandes en mariage", argumente-t-il.
"En outre, l'image d'une divorcée jeune épanouie qui se reconstruit encourage certaines femmes à s'inscrire dans un parcours de rupture conjugale qu'elles justifient en ces termes : 'le mariage n'est pas une obligation absolue'".















