Ebola : la Guinée sur la ligne de front

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Il y a une forte mobilisation internationale en réponse à l'épidémie d'Ebola qui sévit en Afrique de l'Ouest mais c'est le personnel local qui porte le plus lourd fardeau de la lutte dans les pays affectés.

Ils doivent non seulement souvent faire face aux dangers que comporte leur travail mais "les travailleurs de la santé et les survivants sont stigmatisés, les gens sont encore réticents à demander des soins et les centres de traitement d'Ebola sont souvent considérés avec suspicion et appréhension", a déclaré Henry Gray, coordinateur d'urgence MSF.

C’est particulièrement le cas à N’zérékoré, la capitale de la Guinée forestière, la région la plus affectée où s’est déclarée l’épidémie.

Métiers à risque

Une des équipes de la Croix Rouge locale s’occupe du transport des malades, des enterrements dits dignes et sécurisés et de la désinfection (EDS) des victimes supposées ou confirmées d’Ebola.

Les équipes de transport et d'enterrements sont bien souvent les plus exposées à la maladie

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Ses membres sont donc en première ligne de la bataille menée depuis près d’un an contre le virus Ebola avec tout le risque de contamination que cela comporte mais aussi les menaces et les violences de certains de leurs compatriotes.

Issiaka Tounkara est le chef de cette équipe d’EDS depuis le mois d’août dernier, arrivant sur le terrain dès qu’un cas suspect d’Ebola, mort ou vivant, est signalé.

Rejetés par les communautés

Mais souvent ils ne sont pas considérés les bienvenus par certaines communautés qui les accusent de répandre le virus, notamment quand ils désinfectent avec des produits spéciaux les habitations ou les vêtements des personnes suspectées d’avoir contracté la maladie.

Les implications de cet engagement humanitaire sont énormes pour Issiaka et ses collègues.

Outre les risques d’être infectés à tout moment, ils sont également confrontés à la stigmatisation et souvent au rejet de leurs familles et de la communauté.

Outre les risques d'infection et le stress d'un métier à risque, les équipes de transport et le personnel de santé sont bien souvent confrontés à la stigmatisation

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Issiaka qui est marié et père d’une fillette de huit mois a été délogé par son précédent bailleur dès que celui-ci a su la nature de son travail.

L’équipe a aussi perdu deux de ses membres à cause d’Ebola en décembre. L’un était un enseignant de 45 ans, et l’autre était l’assistant personnel d’Issiaka. Il avait 18 ans.

Une lutte "solitaire"

A cause de cette tragédie, les autres membres de ce groupe ont été mis en observation dans des chambres, chez eux pendant près d’un mois.

Au cours de cette période, ils devaient respecter certaines mesures pour éviter de contaminer leurs proches. Ils devaient ainsi utiliser différents ustensiles pour les repas par exemple.

"Vous les trouvez très fatigués. C’est la première chose que vous voyez en eux. Quand vous les vovez, vous savez qu’ils ne sont pas eux-mêmes, ils sont dans un autre monde", explique le psychologue de la Croix Rouge, Dr Pierrot Guilavogui qui est venu aider Issiaka et ses collègues à supporter la perte leurs deux camarades.

Rien ne semble entamer pourtant la volonté d’Issiaka et de ses amis de poursuivre leur lutte qui peut être solitaire.

Des dizaines d’agents de santé ont perdu la vie en tentant de sauver celles des autres.