Ebola : une bataille sur plusieurs fronts en Guinée

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- Author, Ibrahima Diane
- Role, BBC Afrique, Guinée
Un an après l’apparition du virus Ebola en Guinée, la lutte revêt non seulement des aspects médicaux mais hygiéniques, la dimension sociale et religieuse n'est pas à négliger non plus. Il faut en effet prendre en compte la résistance de certaines communautés.
Les annonces de l’hôtesse de l’aéroport et les messages de sensibilisation contre Ebola sur les nombreux tableaux publicitaires qui longent les principales voies de Conakry, la capitale guinéenne, rappellent au visiteur qui débarquent sur le sol qu'il s'agit bien d'un pays affecté par l’épidémie mortelle.
Le principal message prône l’hygiène et surtout le lavage régulier des mains. On se dit donc que l’épidémie d’Ebola est prise très au sérieux.
Cependant, il y a visiblement peu de changements dans l’attitude des gens et les rapports dans les communautés, contrairement à d’autres pays touchés par la maladie.
La chaleur humaine et l'hospitalité vis-à-vis de l’étranger, les poignées de mains restent de mise.
Toujours de la résistance
Un homme d’affaire rencontré dans un hôtel où il s’était retrouvé avec des collaborateurs pour boire un verre à la fin de la journée explique que la situation n’est pas comme elle est rapportée à l’étranger.

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Dans les lieux de rencontre des jeunes, communément appelés "Grin", on se passe volontiers le verre pour boire le thé, ou encore appelé Ataya en discutant de tout et de rien. Alors Ebola ? "Oui, on nous en parle régulièrement et avec le battage médiatique, il est difficile de ne pas en prendre conscience", me disent Ibrahima Camara, un étudiant et Ousmane Kaba, enseignant à l’université. Et pourtant, Ousmane a des doutes concernant l’existence de l’épidémie.
Il parle d’une affaire orchestrée par les Occidentaux pour "nous vendre leurs médicaments". Poursuivant dans ses réserves, il explique que "les médecins occidentaux qui ont contracté le virus, ont été guéris une fois de retour dans leur pays. On nous dit pourtant que c’est une maladie qui n’a pas de traitement".
Rejetés et culpabilisés
La situation est pourtant sérieuse dans le principal centre de traitement d’Ebola de la capitale Conakry, géré par Médecins Sans Frontières (MSF).

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Il se trouve dans l’enceinte du centre hospitalier universitaire de Donka, le plus grand hôpital de la Guinée, et il est formé de tentes en bâches plastiques avec des logos de MSF et d’organisations des Nations Unies.
Des cris proviennent de cette structure spécialisée de prise en charge des personnes infectées par Ebola ou suspectées de l’être.
La situation est tendue. Une famille vient d’être informée qu’un proche qui se trouvait dans le centre est décédé. La douloureuse nouvelle suscite la colère et des menaces sont proférées. On accuse les médecins du centre d’être des tueurs. La famille finit par se calmer avec l’intervention d’un conseiller psychosocial qui a la particularité d’avoir survécu à la maladie et il utilise désormais son expérience pour soulager les patients et leurs familles.
"C’est un travail très, très difficile parce que gérer les décès ce n’est pas du tout facile. On est confronté à beaucoup d’attaques", me dit Djanko, le survivant d’Ebola devenu conseiller psychosocial. La maladie a emporté son oncle et deux de ses cousins.
Il explique que les personnes qui ont guéri du virus font l’objet de beaucoup de préjugés et de stigmatisations : "nous sommes délogés, beaucoup d’entre nous ont perdu leur emploi. Il y a un rejet social".
Questions sans réponses
Alors pourquoi malgré la mort de centaines de Guinéens et le sort d'habitants comme Djanko ou Ibrahim Savane, qui a perdu six membres de sa famille dont son oncle, qui fut mon professeur d’économie au lycée, il y a encore des gens comme Ousmane Kaba qui doutent toujours de l’existence de la maladie ou estiment qu’il s’agit d’un complot des Occidentaux ou des politiciens soucieux de protéger leurs intérêts.
Une partie de la réponse peut s’expliquer par le fait qu’ils pensent que c’est un commerce, un "business", surtout que les hôtels ne désemplissent pas de personnel des ONG et d’organisations des Nations Unies.

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Mais peut-être qu’une autre explication réside dans le fait qu’un pays dont la population est dans sa grande majorité musulmane à plus de 90 %, chrétienne en plus des croyances traditionnelles, tout le monde semble résigner à l’idée que la mort est une décision divine qu’aucune prise en charge médicale ne peut empêcher.
Pourtant comme on l’a vu avec Djanko et Ibrahim, ainsi qu’avec des centaines d’autres survivants d’Ebola, le lavage des mains doit être conjugué avec une acceptation de l’aide du personnel médical qui a réussi à sauver leur vie et leurs conseils en matière de contacts physiques pour mettre fin à l’épidémie.
"Zéro Ebola, 60 jours"
Même si tout le monde semble se réjouir que le nombre de cas enregistrés soit en baisse ou se stabilise depuis quelques semaines, la vigilance reste de rigueur.
De ce fait, le gouvernement a lancé au début du mois de janvier une ambitieuse opération avec pour slogan zéro Ebola en 60 jours.
Qui vivra, verra ! Aime-t-on dire en Guinée.












