Pourquoi la RDC rejette-t-elle le rapport de Human Rights Watch ?

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- Author, Mamadou Faye
- Role, BBC News Afrique
Kinshasa a rejeté le rapport de Human Right Watch publié le 20 janvier dernier sur la situation à Uvira, dans le Sud-Kivu. A travers un communiqué rendu public jeudi 22 janvier, il réaffirme la responsabilité du RDF/M23 et son engagement pour la protection de toutes les populations civiles sur l'ensemble de son territoire.
La mise au point du gouvernement congolais ne s'est pas fait attendre après la publication le 20 janvier passé du rapport de Human Right Watch intitulé "DR Congo : Civilians in South Kivu at Serious Risk".
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La position de Kinshasa
Le gouvernement congolais rejette le communiqué publié le 20 janvier 2026 par Human Rights Watch sur la situation sécuritaire à Uvira, estimant que l'organisation propose une lecture "partielle ou tronquée" des faits. Tout en réaffirmant son attachement à la protection des civils et au respect des droits humains, Kinshasa juge indispensable de replacer les événements dans leur "contexte factuel, sécuritaire et juridique global".
Selon les autorités, Human Rights Watch met surtout l'accent sur les risques apparus après le retrait du RDF/M23, sans les inscrire dans la continuité d'une "occupation armée illégale" marquée par des exactions graves contre les civils et une stratégie délibérée de déstabilisation menée avant, pendant et au moment du retrait.
Le gouvernement rappelle que le retrait du RDF/M23, intervenu le 17 janvier 2026, s'est fait après une période caractérisée par des "pillages systémiques", des vols, des menaces, des intimidations et des actes de stigmatisation communautaire ayant profondément affecté la sécurité et la cohésion sociale à Uvira. Il affirme également que ce départ s'est accompagné d'un "désordre prémédité", assimilé à un "chaos sciemment organisé" visant à prolonger l'insécurité après le retrait des forces occupantes.
Pour Kinshasa, la responsabilité première de la mise en danger des civils incombe donc au RDF/M23, en raison notamment de l'occupation armée illégale de la ville, de "l'instrumentalisation délibérée de la peur", des transferts forcés et déplacements contraints de certains membres de la communauté banyamulenge, ainsi que du désordre volontairement laissé lors du retrait.
Les autorités congolaises estiment que les mouvements de populations observés à Uvira doivent être analysés à la lumière du climat de peur entretenu avant le retrait, des menaces ciblées contre certaines familles et des pressions exercées sur les civils. Des faits qui, selon le gouvernement, ont été dénoncés par des leaders banyamulenge eux-mêmes.
Tout en réaffirmant son obligation de protéger toutes les populations congolaises, y compris les Banyamulenge, le gouvernement considère que la situation à Uvira engage directement la responsabilité internationale du Rwanda, en raison de l'intervention de ses forces armées et de son soutien à un groupe armé opérant sur le territoire congolais. Il rappelle que la présence et le retrait des forces rwandaises constituent une "violation grave et continue du droit international".
Enfin, Kinshasa se dit disposé à coopérer avec les mécanismes internationaux, à condition que les analyses reposent sur une lecture rigoureuse du droit international et n'aboutissent ni à une "dilution des responsabilités" ni à une "inversion des faits".
Ce que dit Human Rights Watch
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Dans un rapport publié le 20 janvier, Human Rights Watch dresse un constat alarmant de la situation des civils à Uvira après le retrait du M23.
Selon l'organisation, "le retrait soudain du groupe armé M23, soutenu par le Rwanda", le 17 janvier 2026, a exposé les populations à de graves risques d'abus, notamment de la part des milices Wazalendo.
Human Rights Watch rappelle que depuis la prise de la ville le 10 décembre par le M23 et les forces rwandaises, les habitants ont été menacés, harcelés et agressés. Craignant des représailles après le départ du M23, de nombreuses familles de la communauté banyamulenge ont quitté Uvira avec le groupe armé, tandis qu'un nombre indéterminé est resté sur place.
L'organisation souligne que l'armée congolaise s'est déployée à Uvira le 18 janvier, mais alerte sur le rôle des Wazalendo, des milices soutenues par les FARDC et au lourd passif en matière d'abus contre les civils. Pour la chercheuse senior Clémentine de Montjoye, "la simple présence des forces congolaises ne suffira pas à protéger les civils" tant que ces milices continueront d'être soutenues ou tolérées. Elle appelle les autorités à agir rapidement pour protéger tous les civils, y compris les Banyamulenge.
Le rapport documente également de nombreux abus commis après le retrait du M23, évoquant "des pillages généralisés" de maisons, de commerces, d'églises et de bâtiments publics.
Human Rights Watch affirme avoir vérifié des photos et vidéos, dont certaines géolocalisées, montrant des pillages ciblant notamment le palais de justice, une église méthodiste utilisée par les Banyamulenge, des bâtiments administratifs et le port de Kalundu.
Selon des sources locales citées par l'organisation, des dizaines de personnes ont été blessées, et des enquêtes sont en cours sur des informations faisant état de meurtres de civils depuis le départ du M23. Human Rights Watch rappelle également que durant le mois de contrôle de la ville par le M23, des meurtres, disparitions forcées et recrutements forcés ont été signalés.
L'organisation élargit son constat en soulignant que, tout au long de l'année 2025, des soldats congolais et des combattants Wazalendo ont aussi été impliqués dans des exécutions sommaires et des violences sexuelles dans le Sud-Kivu, visant notamment des membres de la communauté banyamulenge.
Human Rights Watch rapporte par ailleurs que des leaders banyamulenge d'Uvira affirment avoir reçu, le 17 janvier, des consignes du M23 les pressant de partir avec eux, sous la menace de représailles des Wazalendo.
Le ministre congolais de la Défense a, de son côté, assuré le 20 janvier que les Banyamulenge ne devaient subir aucun déplacement forcé et restaient libres de retourner à Uvira.
L'organisation note également l'annonce par le gouvernement du lancement d'un processus de rétablissement progressif de l'autorité de l'État, comprenant des mesures sécuritaires, judiciaires et humanitaires.
En conclusion, Human Rights Watch appelle le président Félix Tshisekedi et les autorités congolaises à "appeler publiquement à la protection des Banyamulenges et des autres civils", à exhorter les dirigeants Wazalendo à quitter la ville et à empêcher de nouveaux abus.
L'organisation invite aussi les autorités et les bailleurs de fonds à garantir une aide financière rapide et suffisante aux populations affectées par les pillages et la destruction des biens.
Que sait-on du retrait du M23 ?

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Le M23 s'est emparé en décembre 2025 de la ville d'Uvira, dans le Sud-Kivu, près de la frontière avec le Burundi, dans l'est de la RDC.
Le 17 janvier 2026, le groupe armé annonce son retrait unilatéral de la ville, un peu moins d'une semaine après sa prise. Par cette décision, il affirme répondre à la médiation américaine, et vouloir soutenir les processus de paix en cours, avec les accords de Doha et de Washington.
Toutefois, le M23 a dit placer la ville d'Uvira sous la responsabilité de la communauté internationale (MONUSCO) et a demandé le déploiement d'une force neutre pour assurer la protection des populations civiles.














