Les rebelles du M23 annoncent leur retrait d'une ville clé de la RDC suite aux pressions américaines

Crédit photo, AFP via Getty Images
- Author, Emery Makumeno
- Role, BBC Africa
- Reporting from, Kinshasa
- Author, Farouk Chothia
- Author, Wycliffe Muia
Dans un communiqué de presse publié mardi, Corneille Nangaa, le leader de l'AFC /M23, a déclaré que ce retrait unilatéral faisait suite à une demande des médiateurs américains.
Le coordinateur de l'Alliance Fleuve Congo (AFC), dont la branche militaire est le Mouvement du 23 mars (M23), a déclaré que cette mesure visant à instaurer la confiance avait été prise afin de donner au processus de paix de Doha les meilleures chances de réussite.
Le chef de la diplomatie américaine, Marco Rubio, avait promis samedi de répondre à une "claire violation" de l'accord de paix par le M23. Il s'était alors engagé à « prendre des mesures pour garantir que les promesses faites au président Trump soient tenues ».
L'ambassadeur américain à l'ONU avait accusé le Rwanda de mener la région vers la "guerre".
Réagissant à l'annonce faite par l'AFC/M23, qui est entrée mercredi dans la ville d'Uvira, les habitants ont déclaré à la BBC que tout ce qu'ils souhaitaient, c'était que la paix règne et que les combats cessent.
Les rebelles de l'AFC/M23 ont conclu un accord-cadre avec le gouvernement congolais le 15 novembre, mais la mise en œuvre des huit protocoles, dont un cessez-le-feu, est au point mort.
Un accord supplémentaire, l'accord de Washington, signé sous la médiation des États-Unis le 4 décembre, n'a pas empêché l'AFC/M23 de revendiquer le contrôle total d'Uvira mercredi, à la suite d'attaques rapides lancées depuis Kamanyola, à 75 km au nord d'Uvira.
La prise d'Uvira
Les forces rebelles étaient entrées dans la dernière ville tenue par le gouvernement dans l'est de la République démocratique du Congo, une région riche en minerais. Cette offensive a contraint des milliers de personnes à fuir vers le Burundi, selon les habitants.
Des informations vérifiées à portée de main
Cliquez ici et abonnez-vous !
Fin de Promotion WhatsApp
Des tirs d'artillerie lourde et des coups de feu ont retenti à Uvira, et les habitants, terrifiés, décrivent la situation comme chaotique.
L'AFC/M23 avait alors appelé l'armée congolaise et les autres forces opposées encore présentes dans et autour de la ville d'Uvira à se rendre.
L'escalade des combats survient malgré l'accord de paix négocié la semaine dernière par le président américain Donald Trump entre le président de la République démocratique du Congo, Félix Tshisekedi, et le président rwandais, Paul Kagame, pour mettre fin au long conflit.
Le groupe rebelle M23 a affirmé avoir « libéré » la ville, tandis que Radio Okapi, organe de presse soutenu par l'ONU, a rapporté que des habitants affirmaient que des combattants rebelles étaient présents dans les principales artères.
Le gouverneur du Sud-Kivu, Jean-Jacques Purusi, a toutefois déclaré aux médias locaux que l'armée et les milices alliées contrôlaient toujours la ville, située à seulement 27 km de Bujumbura, la capitale du Burundi, de l'autre côté du lac Tanganyika.
Le Burundi a fermé sa frontière avec la République démocratique du Congo, a indiqué une source militaire burundaise citée par l'AFP.
Un habitant a déclaré à la BBC que des combattants armés du M23 avaient fait irruption à Uvira mercredi, en une seule colonne, depuis le nord-est, sans rencontrer de résistance.
Certains habitants ont applaudi leur arrivée, a-t-il ajouté.
La ville était bouclée : commerces et écoles étaient fermés et la plupart des gens restaient chez eux.
« Trois bombes viennent d'exploser dans les collines. C'est chacun pour soi », a déclaré un habitant à l'AFP, tandis qu'un autre ajoutait : « À Uvira, on est tous sous nos lits, c'est la réalité. »
Un responsable local des droits de l'homme a déclaré à l'agence AP qu'il existait un « risque de massacre » si les soldats restants opposaient une forte résistance.
« C'est le chaos, personne ne contrôle la situation. Uvira est condamnée », a déclaré un officier burundais à l'AFP.
Des sources militaires et sécuritaires ont indiqué que les combattants rebelles avaient progressé depuis le nord, près de la frontière burundaise.
Le Burundi déploie plusieurs milliers de soldats dans l'est de la République démocratique du Congo en soutien au gouvernement. Son président, Évariste Ndayishimiye, s'est rendu à Washington la semaine dernière pour assister à la signature de l'accord de paix que Trump a qualifié de « miracle ».
Le ministre burundais des Affaires étrangères, Édouard Bizimana, a qualifié l'avancée du M23 de « gifle… un affront » aux efforts de Washington pour parvenir à un accord de paix.
« Signer un accord et ne pas l'appliquer est une humiliation pour tous, et avant tout pour le président Trump », a-t-il déclaré à l'AFP, ajoutant avoir vu arriver « plusieurs camions remplis de soldats » en renfort du Rwanda.
Mardi, les États-Unis, l'Union européenne et huit pays européens ont accusé le Rwanda de soutenir l'offensive rebelle et ont exigé un cessez-le-feu immédiat.
Dans une déclaration commune, ils ont exprimé leur « profonde inquiétude » face à ces violences, qui, selon eux, « risquent de déstabiliser toute la région ».
Ils ont exhorté les Forces de défense rwandaises (FDR) à « cesser immédiatement leurs opérations offensives » dans l'est de la République démocratique du Congo et ont demandé le retrait de leurs troupes de la région.
Un porte-parole du département d'État américain a déclaré que le Rwanda « continue d'apporter son soutien au M23 et doit empêcher toute nouvelle escalade ».
Le Rwanda a cependant nié toute implication dans les combats, accusant le gouvernement de la RDC et le Burundi de violer le cessez-le-feu.
Dans un communiqué diffusé sur X, le ministère rwandais des Affaires étrangères a affirmé que la violation du cessez-le-feu « ne peut être imputée au Rwanda » et a déclaré que les armées congolaise et burundaise avaient bombardé « systématiquement » des villages proches de la frontière rwandaise.

Crédit photo, AFP via Getty Images
Des experts de l'ONU affirment que l'armée rwandaise contrôle de facto les opérations du M23.
Environ 200 000 personnes ont fui leurs foyers dans l'est de la République démocratique du Congo depuis la reprise des combats au début du mois, selon l'ONU.
On a dénombré au moins 74 morts, principalement des civils, et 83 blessés hospitalisés.
Une source administrative burundaise a indiqué à l'AFP avoir enregistré plus de 8 000 arrivées quotidiennes ces deux derniers jours, et 30 000 en une semaine.
Cette nouvelle offensive intervient près d'un an après la prise de contrôle de Goma et Bukavu, les deux autres principales villes de l'est de la RDC, par les rebelles du M23.
Le M23 n'est pas signataire de l'accord de paix négocié par les États-Unis et mène des pourparlers séparés avec le gouvernement de la RDC dans le cadre d'une médiation menée par le Qatar.
Dans une allocution télévisée lundi, Tshisekedi a accusé le Rwanda de « violations délibérées » de l'accord de paix.
« Il s'agit d'une guerre par procuration visant à contester notre souveraineté sur une zone hautement stratégique, riche en minéraux critiques et en potentiel économique, essentielle à l'avenir de notre nation », a déclaré Tshisekedi.
De son côté, le Rwanda a accusé les armées de la RDC et du Burundi d'avoir bombardé des villages proches de sa frontière, forçant plus de 1 000 civils à fuir sur son territoire.
L'est de la RDC est ravagé par un conflit depuis plus de 30 ans, suite au génocide rwandais de 1994. Plusieurs accords de paix conclus dans les années 1990 ont échoué.
De nombreux groupes armés ont rivalisé avec les autorités centrales pour le pouvoir et le contrôle des richesses potentielles de ce vaste pays.
Reportage complémentaire de Richard Kagoe















