Pourquoi la dissolution de 40 partis politiques d'opposition suscite la controverse en Guinée

Crédit photo, Présidence de la République de Guinée
- Author, Isidore Kouwonou
- Role, BBC News Afrique
- Reporting from, Dakar
- Temps de lecture: 6 min
A deux mois des élections législatives, locales et sénatoriales prévues pour le 24 mai prochain, le gouvernement guinéen, par un arrêté ministériel, a pris la décision de dissoudre quarante partis politiques d'opposition dans le pays.
C'est sur les antennes de la télévision nationale que les responsables de ces partis ont appris la nouvelle dans la nuit du vendredi 6 au samedi 7 mars. Une décision signée du ministre de l'Administration territoriale et de la Décentralisation, Ibrahima Kalil Condé.
C'est une « décision injuste et injustifiée », fustige le président du Parti du renouveau et du progrès (PRP), Rafiou Sow qui s'est confié à BBC News Afrique ce dimanche matin, ajoutant qu'en tant acteur politique guinéen, « je continuerai à animer le débat politique de mon pays ».
C'est un « musèlement définitif de toutes les voix discordantes », a réagi Souleymane Souza Konaté, porte-parole de l'Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG), formation politique de Cellou Dalein Diallo.
Parmi les partis politiques dissous, on note les principaux, notamment le Rassemblement du peuple de Guinée (RPG), de l'ancien président Alpha Condé, l'Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG), de l'ancien Premier ministre Cellou Dalein Diallo et l'Union des forces républicaines (UFR), de l'ancien Premier ministre Sidya Touré.
Cette décision provoque de réactions diverses dans le pays où acteurs politiques et organisations de la société civile dénoncent le rétrécissement de l'espace politique et civique et rejettent les raisons évoquées par les autorités pour justifier la mesure.
Que reproche le gouvernement à ces partis d'opposition ?

Crédit photo, Ministère de l'Administration du territoire et de la Décentralisation/Facebook
Selon l'arrêté ministériel, les formations politiques dissoutes ne sont pas en conformité avec la nouvelle législation guinéenne adoptée en 2025. Elles n'ont donc plus le droit d'exercer leurs activités politiques sur le territoire national.
« La présente dissolution entraîne la perte immédiate de la personnalité morale et du statut juridique des formations politiques concernées », indique la décision.
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Il s'agit, selon le correspondant de BBC News Afrique à Conakry, de la perte de l'utilisation de sigle, de logo, emblème et autres signes distinctifs. Les locaux qui abritent les sièges nationaux de ces formations politiques et les représentations déconcentrées sont mis sous scellés.
Le document annonce également la confiscation des biens de ces partis politiques d'opposition.
Pour le ministre Ibrahima Kalil Condé de l'Administration du territoire et de la Décentralisation, ces formations politiques sont coupables de « manquements à leurs obligations légales.
Dans un arrêté antérieur rendu public le 25 février 2026, le ministère de l'Administration du territoire et de la Décentralisation avait donné jusqu'au 25 mai 2026 aux formations politiques concernées pour se mettre en règle avec la nouvelle loi organique.
Cette loi adoptée le 21 novembre 2025 par le Conseil national de la Transition, porte création, organisation, fonctionnement et contrôle des partis politiques en République de Guinée.
Un remue-ménage dans le paysage politique guinéen

Crédit photo, Getty Images
La décision qui est tombée ce week-end a surpris les responsables politiques qui avaient normalement jusqu'en mai prochain pour se mettre en règle vis-à-vis de la nouvelle loi sur l'organisation des partis politiques en République de Guinée.
« Le 20 août dernier, le ministre de l'Administration du territoire nous a adressé un courrier nous suspendant pour 90 jours, estimant que nous n'avons pas fourni la liste de nos membres et la certification de notre comptabilité. Nous étions très étonnés par cette décision parce que nous n'avons pas été informés », indique Rafiou Sow, président du PRP à BBC News Afrique.
Même s'il ajoute que le gouvernement aurait dû prévenir avant cette décision, il a toutefois souligné que son parti a finalement fourni les documents demandés le 6 novembre 2025 « avec preuves déposées au secrétariat du ministère de l'Administration du territoire ».
« A notre fort étonnement, nous avons retrouvé notre nom sur une liste de partis dissous. Nous pensons que c'est injuste et injustifiés. Ils sont dans la logique de nous faire taire ».
Pour lui, il n'est pas question d'attaquer cette décision devant une juridiction du pays, puisque « à chaque fois nous sommes allés vers cette justice pour statuer sur des cas qui concernent les partis politiques, elle se dit qu'elle n'est pas compétente. Nous n'avons aucune solution pour le moment ».
Pour Souleymane Souza Konaté, porte-parole de l'UFDG, cette décision « est une véritable parodie politique dont l'objectif est l'instauration d'un parti unique en Guinée et l'isolement définitif de toutes les voix discordantes ».
Il craint qu'en contraignant les acteurs politiques de l'opposition à la « clandestinité », le régime en place risque de conduire le pays dans l'instabilité, et donc porter un coup à la démocratie guinéenne.
« Tout ce qui est fait aujourd'hui concourt à l'instabilité politique et sociale de notre Nation et c'est regrettable, au regard de tous les efforts qui ont été consentis pour que la Guinée soit aussi citée en exemple parmi les pays les mieux outillés en matière de démocratie, de liberté mais surtout de promotion des droits humains ».
A quoi peut-on s'attendre dans les prochains jours ?
Pour le Front national pour la défense de la Constitution (FNDC), une organisation de la société civile, la décision risque de plonger le pays dans avenir incertain.
Avec la dissolution de ces partis politiques d'opposition, notamment le Rassemblement du peuple de Guinée (RPG), l'Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG) et l'Union des forces républicaines (UFR), le régime sera en roue libre lors des prochaines élections législatives, locales et sénatoriales prévues dans deux mois.
Le régime en place en Guinée se fera accompagner par de partis politiques qui le soutiennent, ce qui fera de ces joutes des élections sans véritables enjeux, selon les responsables des partis dissous.
« Toutes les lignes rouges ont été franchies en Guinée », regrette le porte-parole de l'UFDG, Souleymane Souza Konaté.
























