Ce que nous savons du mégaprojet minier de Simandou qui va métamorphoser l'économie de la Guinée

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- Author, Isidore Kouwonou
- Role, BBC News Afrique
- Reporting from, Dakar
Il aura fallu attendre trente (30) bonnes années pour connaître la fin du plus long feuilleton minier d'Afrique. Le mégaprojet minier de Simandou en Guinée entre désormais dans sa phase opérationnelle avec les premières opérations d'exportation de minerai de fer.
La cérémonie du lancement de ce projet a lieu ce mardi 11 novembre 2025 et sera présidée par le chef de la junte militaire au pouvoir à Conakry, le Général Mamadi Doumbouya.
Pour l'occasion, deux chefs d'Etat étrangers proches du pouvoir militaire en Guinée, le Gabonais Brice Clotaire Oligui Nguema et le Rwandais Paul Kagame ont été invités aux festivités.
Le moment marquant le début de la mise en exploitation de cet immense site minier de Simandou sera l'exportation des premières tonnes de minerai de fer par le port de Morébaya, dans le sud de Conakry.
Depuis le coup d'Etat de 2021, le président de la Transition, Mamadi Doumbouya a fait de la mise en service et l'exploitation du site minier de Simandou son principal instrument de communication.
Il est clair, selon nombre d'observateurs de la politique guinéenne, que le Comité national du rassemblement pour le développement (CNRD) en fera un message principal lors de la campagne électorale en vue de l'élection présidentielle prévue pour le 28 décembre prochain dans le pays.
« Simandou 2040 », c'est le nom que le CNRD a donné à son programme de développement en Guinée pour les 15 prochaines années. Pour Mamadi Doumbouya, le fer de Simandou sera pour la Guinée ce que le pétrole est pour les pays du Golfe.
Mais pourquoi avoir attendu pendant 30 ans depuis son lancement avant de rendre opérationnel ce mégaprojet en Guinée ?
Ce qu'est le mégaprojet minier de Simandou

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Ce mégaprojet minier de Simandou tient en haleine toute la Guinée depuis trois décennies. La découverte de ce gigantesque gisement de minerai de fer a été confirmée par le géant minier anglo-australien Rio Tinto au milieu des années 1990.
Simandou est un projet d'importance mondiale qui comprend une mine de fer à ciel ouvert dans la chaîne de montagne de Simandou située dans le Sud-Est du pays à l'Est de la ville de Kérouané à environ 100 km le long et 5 à 6 km le large de la plaine guinéenne. C'est l'une des plus grandes réserves de minerai de fer au monde.
La capacité de production de ce site minier est estimée à 100 millions de tonnes par an, selon le Fonds monétaire international (FMI).
Il s'agit du plus grand projet intégré d'extraction de minerai de fer jamais mis en œuvre en Afrique.
Son exploitation pose un défi logistique puisque dans la chaîne de montagne où se trouve le site, certaines collines culminent à plus de 1 600 mètres d'altitude.
Grâce à sa pureté, le minerai de fer de Simandou pourrait être très demandé sur le marché international. Il pourrait se placer, selon la Banque Mondiale, au niveau des gisements brésiliens et loin devant les gisements australiens qui sont les plus importants au monde.
Les défis qui ont retardé le projet

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Les réserves du site minier de Simandou sont estimées à 4,4 milliards de tonnes de minerai de fer. L'exploitation pourrait atteindre 100 millions de tonnes par an à plein régime.
Actuellement, sur le site se trouvent Rio Tinto qui exploite la partie sud du site et le groupe sino-singapourien, Winning Consortium Simandou (WCS) qui s'occupe de la partie nord.
Des excavateurs dévorent, depuis quelques mois, la chaine de montagne de Simandou. Les minerais sont transportés par des camions pour être chargés dans des wagons prêts à être convoyés vers le port de Morébaya d'où ils seront exportés.
Mais il a d'abord fallu surmonter le défi d'acheminement du minerai de fer vers le port d'exportation.
Il y a eu la construction de la ligne de chemin de fer, le transguinéen, longue de 670 Km qui relie le site de production à la côte. La ligne servira également au transport des voyageurs, des marchandises et du carburant.
Egalement ce projet a nécessité la construction du nouveau port en eau profonde au sud de Conakry. Son terminal dispose de 4 postes de chargement de barges de minerai de 12 000 tonnes chacun. Un débit annuel de 70 millions de tonnes de minerai de fer est prévu pour ce port.
Le port possède en outre deux portes d'amarrages polyvalents de 8 000 tonnes, avec une capacité de traitement des marchandises générales de 2,5 millions de tonnes et une capacité de traitement des produits pétroliers de 578 000 tonnes par an.
La nécessité de nombreuses infrastructures, routes, ponts, centrales électriques, etc. pour ce mégaprojet, a constitué un grand défi pour sa mise en œuvre.
D'autres raisons, notamment les suspensions, les reports dans le démarrage des travaux, la corruption, les procès entre sociétés exploitantes et gouvernement, les renégociations de contrats ont retardé l'exploitation du grand gisement minier de Simandou. La responsabilité est donc partagée selon une note de la présidence guinéenne.
La junte change la donne

Crédit photo, Présidence de la République de Guinée
Le chef de la junte militaire en Guinée s'est approprié ce projet pour en faire un outil principal de sa communication. A son arrivée au pouvoir en 2021 par le biais d'un coup d'Etat, le Général Mamadi Doumbouya a donné un coup accélérateur au mégaprojet minier de Simandou.
Il a d'abord suspendu l'ensemble des activités liées au projet et obligé les acteurs concernés à signer un accord-cadre en mars 2022, afin de mutualiser les investissements.
Un comité stratégique directement lié à la présidence a été créé pour veiller au respect des engagements pris par toutes les parties. Et la junte n'a cessé de mettre la pression pour l'accélération des travaux.
Dans l'accord, on note des sanctions allant jusqu'au retrait du permis en cas du retard. Selon cet accord, la production sera officiellement lancée le 11 novembre 2025.
Mamadi Doumboya a ensuite créé avec l'Etat guinéen, la compagnie du Transguinéen (CTG) qui est chargée de construire et d'exploiter le chemin de fer et le port nécessaire à l'exploitation du minerai de fer.
Les principaux partenaires du projet, notamment Simandou–Rio Tinto/SimFer, Winning Consortium Simandou/Baowu et l'Etat guinéen, ont paraphé le 22 octobre dernier un document d'entente qui désigne les compagnies maritimes devant assurer l'exportation du minerai.
La CTG a réceptionné le 2 novembre, ses premiers navires de transport du minerai de fer au port de Morebaya, confirmant l'accélération du calendrier opérationnel et l'imminent démarrage des premières opérations d'exportation de Simandou.
Les retombées économiques attendues

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Plus de 21,5 milliards de dollars sont investis pour exploiter ce gisement de classe mondiale de minerai de fer. Selon les spécialistes des sociétés qui travaillent sur le projet, le gisement de Simandou est d'une qualité rare avec une teneur estimée à 65, 80 %. C'est l'un des meilleurs au monde.
D'abord, 10 millions de tonnes sont attendus sur le marché international dès 2026. Ensuite, il est prévu une extraction de 34,45 millions de tonnes par an et jusqu'à 69 millions de tonnes lors de la seconde phase.
La première phase de l'exploitation va hisser la Guinée au 2e rang des producteurs de minerai de fer africains derrière l'Afrique du Sud avant de prendre la première place africaine et la 7e au niveau mondial, selon les prévisions de la Banque Mondiale.
La capacité à produire plus de 120 millions de tonnes par an dans les prochaines années mettra le pays dans le top 5 des pays producteurs de minerai de fer dans le monde derrière l'Australie, le Brésil, la Chine et l'Inde.
Des bénéfices conséquents sont attendus de l'exploitation de ce gisement pour la transformation de l'économie de la Guinée. Les exportations de minerai, les redevances, les impôts et taxes vont générer d'importantes recettes en monnaie locale comme en devises.
Selon les prévisions de la Banque Mondiale, la Guinée devrait afficher les taux de croissance économique les plus élevés entre 2025-2027, avec des PIB de 7,5 % en 2025, 9,3 % en 2026 et 11,6 % en 2027, grâce à l'exploitation du gisement de fer de Simandou.
L'exploitation de Simandou devrait faire augmenter le PIB de la Guinée de 26 % à l'horizon 2030, d'après le Fonds monétaire international (FMI). Des données qui attestent une métamorphose de l'économie guinéenne.
Au-delà de l'aspect économique, le projet va générer des milliers d'emplois qui bénéficieront aux jeunes dans le pays.
On attend une stimulation des activités économiques en Haute Guinée et les régions traversées par les routes, le chemin de fer et le port. Les acteurs miniers pourront collaborer avec les entreprises locales, ce qui peut être profitable pour l'économie de la Guinée.
Le prix du minerai de fer a connu une hausse ces dernières années sous l'effet de la forte demande de la Chine. La tonne du minerai de fer est actuellement autour de 104 dollars sur le marché international.















