Ce que nous savons de l'attaque qui a coûté la vie à 15 soldats au Bénin

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- Author, Isidore Kouwonou avec Rachida Houssou
- Role, BBC News Afrique
- Temps de lecture: 6 min
Le Bénin, de plus en plus confronté aux attaques djihadistes, a subi une nouvelle incursion sur son territoire dans la nuit du mercredi 4 au jeudi 5 mars. Elle était menée par le Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans (JNIM, lié à Al-Qaïda).
L'attaque a été dirigée contre un camp militaire près du village de Kofouno, dans la commune de Karimama à 15 kilomètres de la frontière du Niger et à environ 700 kilomètres de Cotonou, la capitale béninoise.
Un « lourd bilan humain » avait eu lieu, a déclaré une source militaire à l'AFP. L'attaque « s'est soldée par la perte de 15 de nos personnels et cinq blessés dont la vie n'est pas en danger », selon le porte-parole de l'armée, le Colonel James Johnson.
Ce dernier a ajouté que le « camp reste sous contrôle de l'armée », après avoir indiqué que « Côté ennemi, une colonne de terroristes qui se repliait après leur odieux forfait a été interceptée par nos aéronefs déployés, tuant au moins quatre terroristes et détruisant trois de leurs motos ».
Des militaires pris pour cibles par JNIM

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L'attaque a visé une position tenue par les Forces armées béninoises dans la localité de Kofonou, dans le département de l'Alibori.
Dans cette zone se trouvant près de la frontière avec le Niger, les forces de défense et de sécurité, engagées dans l'opération « Mirador », restent en alerte et mènent des activités de protection du territoire.
Selon le Colonel James Johnson, porte-parole de l'armée béninoise qui annoncé jeudi la mort des militaires, les opérations se poursuivent dans la zone. Elles visaient à empêcher la fuite des assaillants et sécuriser la zone.
La commune de Karimama est située dans l'extrême nord du Bénin, à proximité des frontières avec le Niger et le Burkina Faso, des pays où les djihadistes mènent régulièrement leurs activités depuis quelques années.
Les forces béninoises ont renforcé leur présence dans le nord du pays ces dernières années face aux incursions des groupes djihadistes qui opèrent dans le sahel.
Opération « Mirador »

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Face aux attaques répétées sur territoire, le Bénin a fini par mettre sur pied une force antidjihadistes en 2022, baptisée « Opération Mirador ».
La force était composée au départ de 3 000 hommes. 5 000 soldats supplémentaires avaient été recrutés pour renforcer la sécurité dans le nord du pays.
Le 27 novembre de la même année, les Etats-Unis ont fait don de 12 véhicules blindés de transport de troupes, de 280 plaques balistiques et de 35 radios tactiques à l'armée.
Fin avril 2024, l'Union européenne a annoncé débloquer 47 millions d'euros, notamment via l'achat de matériel et d'équipements, pour soutenir le Bénin dans sa lutte anti-terroriste.
Selon Ella Abatan, chercheuse à l'ISS, il y a eu une montée en puissance des forces armées béninoises avec le renforcement de leurs effectifs. Des efforts ont été entrepris par le gouvernement pour équiper les forces de défense et de sécurité à travers les achats d'armement, de drones pour renforcer leur efficacité sur le terrain.
Elle ajoute que les forces de défense doivent quand même redoubler de vigilance dans le nord du pays, une zone très hostile à cause des activités des groupes armés.
Nord du Bénin, nouvelle cible des djihadistes
Les attaques au Nord du Bénin ont augmenté ces dernières années. Selon les autorités du pays qui faisaient l'état de lieux en avril 2023, une vingtaine d'incursions transfrontalières ont été notées depuis 2021.
Elles sont attribuées par les autorités à des combattants djihadistes du groupe Etat islamique (EI) et d'Al-Qaïda venus des pays voisins où ils sont actifs.
En janvier 2025, 28 soldats béninois ont été tués dans une attaque ciblant les militaires au nord du pays. « La position attaquée était l'une des plus fortes et des plus militarisées de l'opération Mirador », avait indiqué le Colonel Faizou Gomina, chef d'Etat-major de l'armée béninoise à l'époque.
La zone frontalière reliant le Bénin, le Niger et le Nigeria est devenue en 2025 un nouveau foyer de violences djihadistes, marqué par une forte hausse des attaques et une implantation durable des groupes affiliés à Al-Qaïda et à l'organisation Etat islamique, selon l'ONG ACLED qui recense les victimes des conflits dans le monde.
Selon Héni Nsaibia, Analyste chez l'organisation, l'année 2025 a été « l'année la plus meurtrière » pour les forces de sécurité béninoises. En avril 2025, 54 soldats béninois avaient été tués dans une attaque du JNIM dans le nord du pays.
Seidik Abba, journaliste et président du Centre international de réflexions et d'études sur le Sahel, explique que l'agenda de l'expansion de la menace djihadiste du Sahel vers le Golfe de Guinée « privilégie le Bénin comme une cible ».
Selon plusieurs experts, le JNIM, créé en 2017, recrute de plus en plus au sein des populations locales.
Ces dernières années, il a étendu ses opérations aux pays du golfe de Guinée, où il mêle prosélytisme, réseaux logistiques et attaques ponctuelles, sans contrôle territorial durable, contrairement au Sahel où il est implanté dans de larges pans de territoire.
La zone frontalière reliant le Bénin, le Niger et le Nigeria est devenue en 2025 un nouveau foyer de violences djihadistes, marqué par une forte hausse des attaques et une implantation durable des groupes affiliés à Al-Qaïda et à l'organisation Etat islamique, indique ACLED.
Cette expansion est favorisée par les forêts classées et les parcs du complexe W-Arly-Pendjari qui sont des terrains propices au repli des groupes djihadistes pour échapper aux offensives des armées nationales.
Le Togo et le Ghana, pays voisins du Bénin, subissent également des attaques djihadistes depuis quelques années dans la partie nord de leur territoire.
























