Expulsions de diplomates, fermeture de frontières : le Niger et le Bénin s'enlisent dans la crise

Crédit photo, Getty Images
- Author, Abdou Aziz Diédhiou
- Role, BBC News Afrique
L'expulsion de diplomates est le dernier aspect de la crise diplomatique qui oppose depuis deux ans, le Niger et le Bénin.
Jeudi dernier, le ministère des affaires étrangères, de la coopération du Niger a déclaré ''persona non grata Seidou Imourana, Premier conseiller de l'Ambassade du Bénin à Niamey''.
Le diplomate avait 48 heures pour quitter le territoire du Niger selon le communiqué du gouvernement nigérien.
Niamey précise que cette décision est une mesure de ''réciprocité'' à l'égard de Cotonou qui a expulsé deux fonctionnaires de l'ambassade du Niger, au Bénin en début janvier 2026.
Depuis 2023, le Niger et le Bénin sont enlisés dans une crise diplomatique qui a pris une dimension économique et politique qui affecte les deux pays et dont l'issue reste encore incertaine.
L'expulsion croisée en début d'année 2026 de personnel d'ambassade constitue une nouvelle escalade de la crise diplomatique qui oppose ces deux pays voisins, membres de l'UEMOA (Union Economique et monétaire Ouest africaine), cette organisation qui regroupe les pays ouest africains ayant le Fcfa en commun.
L'expulsion de diplomates, dernier aspect d'une crise qui perdure

Crédit photo, Getty Images
Deux agents de l'ambassade du Niger à Cotonou ont été priés de quitter le territoire béninois le 1er janvier 2026. Depuis, les deux agents indésirables ont effectivement quitté Cotonou dans les délais impartis et ont rejoint leur pays à travers un vol commercial d'une compagnie aérienne.
Les raisons de leur expulsion n'ont toutefois pas été communiquées par le gouvernement béninois. Mais pour Niamey, la mesure est suffisamment claire pour que la réciprocité soit appliquée dans ce cas.
Des informations vérifiées à portée de main
Cliquez ici et abonnez-vous !
Fin de Promotion WhatsApp
Le Premier conseiller de l'ambassade du Bénin à Niamey a donc été prié de faire ses bagages et de quitter le Niger dans un délai de 48 heures, car il a été déclaré persona non grata et ne peut plus poursuivre sa mission, ni rester sur le territoire nigérien.
Depuis l'annonce de ces expulsions, des informations faisant part de la fermeture des ambassades respectives circulent sans faire l'objet de confirmation officiellement par les deux pays.
Cette nouvelle tension diplomatique intervient près d'un mois après le putsch manqué au Bénin.
Cotonou a vu dans cette tentative de coup d'Etat manqué, une ''main étrangère'' sans toutefois désigner nommément un pays.
Cependant, il convient de préciser que cette crise diplomatique n'est pas la première du genre entre les deux pays voisins.
En février dernier, le gouvernement béninois avait rappelé son ambassadeur au Niger, Gildas Agonkan.
Ce dernier avait ''présenté des excuses publiques au peuple nigérien'', après les sanctions et l'embargo décidés par la CEDEAO (Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest) à la suite du coup d'Etat qui a renversé l'ancien président Mohamed Bazoum.
Cotonou avait très peu apprécié les excuses de son ambassadeur, dont le geste est considéré comme un signe de ''faiblesse diplomatique''.
Origine de la crise diplomatique et politique entre le Niger et le Bénin

Crédit photo, Getty Images
La crise politico-économique diplomatique entre le Niger et le Bénin trouve son origine dans le coup d'Etat qui a emmené au pouvoir les dirigeants actuels du Niger.
Lorsque en juillet 2023 les militaires nigériens avec à leur tête Abdourahamane Tchiani renversent le président Mohamed Bazoum, la CEDEAO, l'organisation régionale dirigée alors par le Nigérian Bola Tinubu était montée au créneau pour imposer des sanctions économiques très sévères à l'égard du Niger.
Le pays est suspendu des instances de l'organisation, une fermeture des frontières est décrétée entrainant un arrêt du flux de marchandises entre le Niger et ses voisins, en l'occurrence le Bénin et la position stratégique du Port autonome du Cotonou.
Après les sanctions économiques, des menaces d'une intervention militaire avaient été brandies par l'organisation régionale.
Bola Tinubu du Nigéria, Patrice Talon du Bénin et Alassane Ouattara de la Côte d'Ivoire avaient incarné cette fermeté de la CEDEAO vis-à-vis des militaires nigériens.
L'application des sanctions de l'organisation régionale avec la fermeture des frontières a mis en difficulté le régime de Niamey, confronté à une forte inflation des prix des denrées de premières et des médicaments.
Les relations entre le Niger et le Bénin se sont dégradées, s'envenimant et se transformant en une crise politique entre les dirigeants des deux pays, allant jusqu'à la décision du Niger de fermer à son tour sa frontière avec le Bénin en septembre 2023.
Niamey explique sa décision par une volonté de se protéger accusant son voisin avec qui désormais il n'est pas en odeur de sainteté, d'abriter ''des soldats français qui envisageraient d'attaquer le Niger''. Une accusation fermement démentie par Cotonou et Paris.
Conséquences économiques majeures pour les deux pays

Crédit photo, Getty Images
La crise politico-diplomatique a des conséquences économiques énormes dans les deux pays depuis son éclatement.
La fermeture des frontières a paralysé le commerce, perturbé l'activité économique de part et d'autre.
Selon l'AFP, ce différend a transformé l'un des corridors commerciaux les plus fréquentés d'Afrique de l'Ouest, en une ligne de fracture géopolitique, mettant à rude épreuve les économies des deux pays et menaçant la coopération régionale au sens large.
''Ce sont les populations des deux pays qui souffrent'', a déclaré Ibrahim Abou Koura, transporteur nigérien travaillant à Cotonou, principal centre commercial du Bénin cité par l'AFP.
''Son entrepôt, autrefois très fréquenté, qui traitait les marchandises à destination des villes nigériennes, est aujourd'hui presque vide'' écrit l'agence.
En 2024, le Secrétaire général des chauffeurs routiers nigériens, Gamatie Mahamadou avait déclaré que ''le corridor Niger-Bénin, est l'itinéraire le plus sûr, le plus rentable et le plus court pour les transporteurs et les entreprises''.
Le port béninois de Cotonou, qui était la principale voie d'importation et d'exportation du Niger est sérieusement impacté aussi.
La fermeture des frontières a donc des impacts économiques énormes car ''les communautés frontalières ne peuvent ni commercer, ni accéder à certaines marchandises, en particulier les céréales'' a-t-il indiqué.
Au plus fort de la crise, le Bénin avait suspendu son autorisation de chargement de pétrole provenant du Niger au port de Seme-Kpodji via un oléoduc de 2 000 kilomètres reliant les champs pétrolifères du nord-est du Niger au Bénin et géré par WAPCO, une entreprise chinoise.
L'activité économique est également au ralenti au Port de Cotonou depuis que le gouvernement nigérien a choisi désormais le port de Lomé pour le débarquement et l'exportation des marchandises en partance ou en provenance du Niger.
Le choix du Port de Lomé comme voie alternative a également un coût énorme pour les camionneurs nigériens, obligés d'effectuer un itinéraire plus long et qui les oblige à passer par le Burkina Faso où ils doivent composer quotidiennement avec les risques d'attaques des groupes djihadistes.
La médiation entreprise par les deux anciens présidents du Bénin Thomas Boni Yayi et Nicéphore Soglo qui s'étaientrendus au Niger n'a pas abouti.
Désormais, les observateurs misent sur l'avènement d'un nouveau président au Bénin dont la présidentielle est prévue en avril prochain pour espérer l'ouverture d'un nouveau chapitre des relations entre les deux pays.















