Un théologien doublé d’un gangster

Abubakar Shekau

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Légende image, Abubakar Shekau

Abubakar Shekau, le chef de la secte islamiste Boko Haram, est un personnage paradoxal: c’est un théologien doublé d’un gangster.

Ses hommes sèment la terreur dans le Nord-est du Nigeria depuis cinq ans. Il est recherché, et les Etats-Unis, qui considèrent Boko Haram comme une organisation terroriste, promettent sept millions de dollars (4,6 millions de livres sterling) à toute personne pouvant aider à dénicher Shekau.

Sous sa direction, le groupe islamiste armé est devenu plus radical que jamais. Son bilan macabre ne cesse de s’alourdir.

Shekau a revendiqué l’enlèvement, le 14 avril dernier, de plus de 200 lycéennes. Il a promis, dans une vidéo, de les "vendre" comme des "esclaves". "J’ai enlevé vos filles. Je les vendrai sur le marché, s’il plaît à Dieu", a-t-il déclaré dans la vidéo.

Abubakar Muhammad Shekau, affectueusement surnommé "l’imam" par ses disciples, est natif du village de Shekau, dans l’Etat de Yobe, dans le Nord-est.

Selon certains, l'homme s'approche de la quarantaine. Pour d’autres, il est un peu plus âgé: environ 45 ans.

Selon la rumeur, il avait été tué en 2009 par l’armée nigériane. Mais l’homme est réapparu par la suite et s’exprime dans des vidéos diffusées sur internet, se présentant comme le nouveau chef de Boko Haram. D’autres rumeurs faisant état de sa mort se sont également révélées fausses.

"Il ne craint rien"

Le fondateur du groupe, Muhammad Yusuf, est mort en juillet 2009. Il avait été placé en garde à vue par les autorités judiciaires nigérianes.

Shekau aurait fait la connaissance de son prédécesseur par l’entremise d’un ami commun, Mamman Nur, à Maiduguri, la capitale de l’Etat de Borno et fief de Boko Haram.

Nur est considéré par les autorités nigérianes comme le cerveau de l’attaque des bureaux des Nations unies à Abuja, qui a coûté la vie à une vingtaine de personnes, en août 2011.

Tous les trois ont étudié la théologie. Et Shekau était considéré comme le plus radical du trio. "Il parle rarement. Il ne craint rien", a dit de lui Ahmed Salkida, un journaliste qui connaît bien Boko Haram.

Shekau parle aussi bien le haoussa et l’arabe que sa langue maternelle, le kanuri. Il s'exprime également en anglais dans ses vidéos.

Il aurait marié l’une des quatre femmes de Muhammad Yusuf et aurait adopté leurs enfants, explique-t-on dans son entourage.

Le groupe islamiste – dont le nom signifie "l’éducation occidentale est un pêché" – est hiérarchisé de sorte que Shekau communique directement avec quelques leaders seulement. Jamais avec les combattants.

"Beaucoup de responsables du groupe n’ont pas de contact avec lui", déclare Salkida.

"Un très bon théologien"

Shekau n’a ni le charisme, ni l’art oratoire de son prédécesseur, mais son engagement idéologique est sans faille, selon des spécialistes de Boko Haram.

"Il dirige l’aile la plus radicale du groupe…", déclare Abubakar Mu'azu de l’Université de Maiduguri.

Dans l’une de ses vidéos, il livre cette déclaration des plus glaciales: "J’aime tuer les gens, de la même manière que je l’aurais fait des poulets et des moutons, si Dieu me le recommandais."

Il a fait cette déclaration après que Boko Haram a perpétré l’une de ses attaques les plus meurtrières, en janvier 2012, à Kano, dans le Nord du Nigeria, avec 180 morts.

Shekau est aussi le leader spirituel du groupe. "Il a une bonne mémoire visuelle. C'est un très bon théologien", a ajouté Salkida.

Il est également surnommé "Darul Tawheed", ce qui signifie le spécialiste du Tawheed, une doctrine qui affirme l’unicité de Dieu, qui constitue la pierre angulaire de l’islam.

Mais les islamologues nigérians doutent de sa connaissance de l’islam. Ils condamnent les attaques et les assassinats commis par ses disciples.