Retrait de l'AFC-M23 d'Uvira : quelle est la situation sur place ?

Des rebelles du M23 à bord d'un pick up dans la ville de Goma le 18 mai 2025.

Crédit photo, AFP via Getty Images

    • Author, Basillioh Rukanga
    • Author, Emery Makumeno
    • Role, BBC Africa
    • Reporting from, Kinshasa

En République démocratique du Congo, le gouvernement a fait le point sur l'évolution de la situation sécuritaire dans l'Uvira notamment, au lendemain de l'annonce des chefs rebelles AFC/M23 de leur retrait progressif de cette ville.

Pour le porte-parole du gouvernement, Me Didier Kabi, cette annonce est une "mise en scène" orchestrée par les rebelles pour réduire la pression des partenaires qui pèse sur eux.

Les autorités de la RDC indiquent détenir des informations crédibles qui "font état d'une dissimulation teintée de retrait".

En visualisant les vidéos des rebelles sur les réseaux sociaux, poursuit le porte-parole du gouvernement, les jeeps étaient presque vides "car n'ayant à l'intérieur que les chauffeurs avec un ou deux éléments à bord".

Ensuite, "la communication sur ce retrait est floue du fait que les rebelles n'ont pas précisé jusqu'où ils devraient se retirer, et pourtant ce retrait devrait être supervisé afin de s'assurer qu'ils se sont repliés jusqu'à leur ancienne position".

Me Didier Kabi souligne que tard dans la même nuit, des rebelles, à pied, ont pris une autre route (Muami), en passant par les collines de Kashekebwe à destination des hautes plateaux d'Uvira pour rejoindre leurs alliés dans les territoires de Fizi afin d'encercler Uvira.

"Les militaires qui avaient déjà foncé vers Makobola à destination de Baraka sont toujours à 9 km de la ville d'Uvira, avec toute leur artillerie sans aucune intention de rentrer".

Selon lui, "des militaires rwandais de l'AFC/M23" ont été vus à pied dans la soirée d'hier au rond-point Kavimvira et n'ont pas dépassé la cité de Kiliba à 12 km de la ville d'Uvira. "Ce qui confirme la thèse que les rebelles ont monté une mise en scène pour réduire la pression et endormir l'opinion publique nationale et internationale."

De plus, de nouvelles figures en tenues civiles ont été observées à Uvira alors qu'elles n'ont jamais été vues auparavant dans la ville, selon le porte-parole. "Ils ont tout simplement retirer leur tenue militaire pour se déguiser en civils en attendant un nouvel assaut".

Le gouvernement congolais maintient donc son scepticisme quant à ce retrait, les forces gouvernementales n'étant pas retournées dans la ville.

La Croix-Rouge indique que de nouvelles victimes continent d'être soignées, ce qui explique que les combats ne sont pas terminés.

Pourquoi Uvira intéresse-t-il les rebelles ?

Des matériels militaires abandonnés sur une route dans la ville d'Uvira, des collines et des bâtiments sont visibles à l'arrière-plan.

Crédit photo, AFP

Légende image, La Croix-Rouge indique que de nouvelles victimes continent d'être soignées, ce qui explique que les combats ne sont pas terminés.

Pour le spécialiste de la région des Grands Lacs, Christian Moleka, il n'y a pas de certitude que les rebelles se retirent vraiment d'Uvira, puisqu'il n'y a pas la présence du gouvernement pour confirmer cela.

Il souligne qu'il s'agit plus d'une réponse claire du M23 à la pression américaine.

M. Moleka souligne que la ville d'Uvira est stratégique pour les rebelles, parce que c'est pratiquement le dernier bastion dans le Sud-Kivu qui ouvre vers le Katanga.

"La ville d'Uvira est pratiquement située sur le Lac Tanganyika et qui vous donne la possibilité d'alerte vers Kalemie et d'avoir un pied dans le Katanga. Uvira, c'est aussi le verrou logistique vers le Burundi, parce qu'elle n'est pas très loin de Bujumbura", explique-t-il.

Les chefs des rebelles avaient annoncé leur retrait de la ville

Quatre combattants du M23 vêtus d'uniformes militaires et armés, assis sur un camion.

Crédit photo, Reuters

Légende image, Les États-Unis accusent le Rwanda de soutenir les rebelles du M23, ce que ce dernier nie.

Le groupe rebelle qui s'est emparé la semaine dernière de la ville d'Uvira, en République démocratique du Congo, a déclaré avoir commencé à se retirer, promettant d'achever son retrait jeudi, suite à la pression exercée par les États-Unis.

Le groupe M23 s'est emparé de cette ville stratégique située près de la frontière avec le Burundi, quelques jours après la conclusion d'un accord de paix « historique » négocié par les États-Unis entre les gouvernements congolais et rwandais, visant à mettre fin au conflit qui sévit depuis longtemps dans l'est de la RDC.

Cependant, le gouvernement congolais affirme que ce retrait annoncé est une « diversion » et doit être vérifié.

Jeudi matin, certains habitants d'Uvira ont déclaré à la BBC qu'il n'était pas certain que le M23 soit en train de partir, certains de leurs camions circulant toujours dans la ville.

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La prise d'Uvira a suscité la condamnation des États-Unis et la menace de sanctions contre le Rwanda. Les États-Unis accusent le Rwanda de soutenir les rebelles, ce que ce dernier nie.

Le chef du M23, Bertrand Bisimwa, a déclaré mercredi que le retrait était « en cours », le porte-parole Willy Ngoma ajoutant que c'était « dans l'intérêt de la paix ».

Dans un message publié sur X, M. Bisimwa a exhorté les médiateurs et les partenaires internationaux à veiller à ce que la ville soit protégée contre « les représailles, la violence et la remilitarisation ».

Un membre de la société civile locale, qui a souhaité rester anonyme pour des raisons de sécurité, a déclaré à la BBC que certaines troupes du M23 avaient commencé à se retirer. Cependant, il a ajouté que des policiers appartenant au même groupe continuaient d'affluer.

Un autre habitant a exprimé des doutes quant à ce retrait.

« Il semble qu'ils soient toujours là. En fait, hier, je les ai vus arriver avec des camions de police », a déclaré cet habitant à la BBC jeudi matin.

Le porte-parole du gouvernement de la République démocratique du Congo, Patrick Muyaya, a déclaré à l'émission BBC Newsday que l'annonce du M23 visait à « détourner l'attention de l'équipe de médiation américaine, qui se prépare à prendre des mesures contre le Rwanda ».

M. Muyaya a qualifié la décision du M23 de quitter Uvira de « signe positif », mais a ajouté que le gouvernement devait confirmer la situation sur le terrain.

Plus tôt, il avait appelé à la « vigilance » en réponse à ce « retrait présumé ».

« Qui peut le vérifier ? Où vont-ils ? Combien étaient-ils ? Que laissent-ils derrière eux dans la ville ? Des fosses communes ? Des soldats déguisés en civils ? », a-t-il déclaré dans un message publié sur X.

Selon l'ONU, l'offensive d'Uvira a fait des dizaines de morts, au moins 100 blessés et plus de 200 000 déplacés. Au moins 30 000 civils ont fui vers le Burundi.

Elle a eu lieu malgré l'accord de paix signé le 4 décembre à Washington entre le président rwandais Paul Kagame et son homologue congolais Félix Tshisekedi, lors d'une cérémonie organisée à Washington par le président Donald Trump.

Les rebelles n'étaient pas signataires de cet accord de paix, mais ils ont participé à un processus de paix parallèle mené par le Qatar, un allié des États-Unis qui entretient des liens étroits avec le Rwanda.