Comment la Force unifiée de l'AES pourrait-elle atteindre ses ambitions ?

Crédit photo, Présidence de la République du Mali
- Author, Isidore Kouwonou
- Role, BBC News Afrique
Les juntes à la tête du Mali, du Burkina Faso et du Niger se réunissent à Bamako pendant deux jours à partir de ce lundi, pour la deuxième session du collège des chefs d'Etat de la Confédération des Etats du Sahel (AES).
Selon le Centre d'information gouvernementale du Mali (CIGMA), la rencontre entre les dirigeants de l'AES leur permettra d'évaluer les avancées obtenues depuis le sommet fondateur de Niamey le 6 juillet 2024, examiner les défis sécuritaires, diplomatiques et de développement et désigner un nouveau président de la confédération.
Il s'agit, selon le gouvernement du Mali, de faire le point sur la mise en œuvre de la feuille de route pendant la première année de la confédération et de passer à l'opérationnalisation de ses institutions. Les enjeux régionaux et internationaux seront également au menu des discussions lors de la rencontre des 22 et 23 décembre.
Outre la feuille de route qui a permis d'assurer le fonctionnement des instances confédérales et de renforcer la coordination entre les trois États membres, d'autres avancées notables ont été réalisées durant l'an 1 de l'AES, selon la présidence malienne.
À la veille de la rencontre des chefs d'Etat de l'AES, le Président de la Transition du Mali et Président de la Confédération des États du Sahel (AES), le Général d'Armée Assimi Goïta, a présidé samedi 20 à Bamako à la mise en place officielle de la Force unifiée de l'AES (FU-AES).
Qu'est-ce que la Force unifiée de l'AES ?

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Depuis plusieurs années, les Etats de l'AES sont confrontés aux défis sécuritaires liés aux attaques armées, à l'instabilité au niveau des zones frontalières et à la mobilité des groupes armés qui opèrent d'un pays à l'autre.
Le Mali, le Burkina Faso et le Niger ont donc pensé à la coordination de leurs armées, avec l'intensification des échanges entre responsables militaires, l'amélioration du partage d'informations, la synchronisation des opérations afin de réduire les risques dans les zones frontalières qui sont vulnérables aux attaques des groupes armés.
L'entrée en activité de cette Force unifiée de l'AES samedi dernier dans la capitale malienne participe à cet objectif poursuivi par les trois pays.
C'est une force multinationale composée de 5 000 soldats du Mali, du Burkina Faso et du Niger qui sera dirigée par le Général Daouda Traoré du Burkina Faso. Elle va intervenir pour lutter contre l'insécurité et les groupes djihadistes dans l'espace AES.
« La paix, la sécurité et la souveraineté ne se délèguent pas », a indiqué le général Sadio Camara, ministre malien de la Défense qui présente la force unifiée comme l'aboutissement d'une mutualisation stratégique fondée sur les valeurs sahéliennes de solidarité et de dignité.
Pour lui, la mise en place de cette force est un engagement irréversible des trois Etats de l'AES.
Comment la force unifiée pourrait-elle atteindre ses objectifs ?

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Le président de la Transition au Mali, en présentant le bilan sécuritaire de la première année de la confédération samedi lors de la cérémonie officielle, a indiqué que les armées des trois pays ont mené des opérations conjointes majeures.
Assimi Goita a notamment cité Yéréko I et Yéréko II qui ont permis de neutraliser plusieurs chefs djihadistes et la destruction des sanctuaires criminels grâce au partage du renseignement et à la mutualisation des moyens.
Mais les groupes armés sont toujours actifs au niveau des trois frontières et constituent de sérieuses menaces pour les Etats. Le blocus imposé au Mali par le JNIM dans l'approvisionnement du carburant en est la preuve.
Pour Fiacre Vidjenagninou, Chercheur Principal au Behanzin Institute à Cotonou au Bénin et Chercheur associé Senior à Egmont Institute à Bruxelles, la Force unifiée de l'AES ne sera crédible que si elle dépasse l'effet d'annonce et obtient des résultats probants sur le terrain, soulageant les populations.
Son fonctionnement, le commandement, les décisions prises, le partage des renseignements, le ravitaillement, l'évacuation des blessés, la tenue du terrain après les opérations sont des leviers très importants sur lesquels cette force doit tirer pour demeurer efficace, selon l'expert.
« Une force commune, pour être efficace, doit utiliser une méthode simple. D'abord concentrer l'effort là où l'ennemi est plus structuré. Ensuite, mettre en place un mécanisme renseignement-action, c'est-à-dire on collecte l'information, on la fusionne, on frappe vite et on reste », explique Fiacre Vidjenagninou.
Pour lui, la stratégie qui consiste à aller sur un terrain, frapper et repartir ne peut plus être efficace. Les groupes armés reviennent sur le terrain et recommencent leurs activités. « Il faut une capacité de tenue : contrôler les axes, sécuriser les marchés, protéger les villages et rassurer l'ensemble des populations ».
Le Chercheur Principal au Behanzin Institute à Cotonou au Bénin souligne qu'on ne peut venir à bout de ces groupes si la population reste dans la peur des exactions, la justice locale est absente, les conflits fonciers ou communautaires restent ouverts et la violence se régénère.
« Une force peut gagner la bataille. Mais sans gouvernance minimale, elle ne gagne pas la stabilisation ».
S'ouvrir pour être efficace ?

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Sur cet aspect, le Chercheur associé Senior à Egmont Institute à Bruxelles reste prudent. Selon lui, plus on élargit cette force à d'autres pays, plus la coordination devient difficile, avec des intérêts et doctrines différents empreints parfois de méfiance.
« L'approche la plus intelligente serait de faire par étape. D'abord prouver que ça marche à trois, ensuite coopérer avec des voisins de façon très opérationnelle, avec des opérations coordonnées sur des couloirs très précis, renforcer les accords de poursuites hors frontières, etc. ».
C'est après la réussite de ces étapes, poursuit-il, qu'il faut envisager une intégration formelle lorsque la confiance s'est établie.
La force unifiée de l'AES est un tournant politique très important mise en place par les chefs d'Etat de ces trois pays, « mais sa crédibilité se jouera sur le terrain dans la capacité à commander ensemble, à tenir le terrain et à produire des résultats durables pour les populations ».
Au cours de la rencontre de Bamako aujourd'hui et demain, les chefs d'Etat de l'AES doivent tenir une réunion avec le commandement de la Force unifiée.
La rencontre des deux jours permettra également d'instituer officiellement la Télévision de l'AES dont le siège se trouve à Bamako, la radio (Daandè Liptako, la Voix du Liptako » ayant déjà pour base Ouagadougou. Les discussions porteront également sur la Banque confédérale d'investissement et de développement (BCID), avec un capital initial de 500 milliards de francs CFA.
À la suite des coups d'Etat au Mali en août 2020, au Burkina Faso en septembre 2022 et au Niger en juillet 2023, la Communauté des Etats de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) a sanctionné ces pays et menacé d'intervenir militairement, notamment au Niger.
Mais les trois États ont décidé de quitter l'institution régionale, créant l'Alliance des Etats du Sahel en septembre 2023 avec la signature de la Charte de Liptako-Gourma. L'alliance a évolué en Confédération officiellement établie le 6 juillet 2024 dans la capitale malienne.















