Ces jeunes Africains qui ont marqué l'année 2025

Photo-montage avec des images de Wilglory Tanjong, Claudia Sengor, Vanessa Nakate et Mamadou Diakahaté.

Crédit photo, BBC / COURTESY

    • Author, Ousmane Badiane
    • Role, Digital Journalist BBC Afrique

En 2025, une vague exceptionnelle de jeunes talents africains s'est affirmée sur la scène locale et internationale.

Une nouvelle génération de jeunes Africains s'est imposée comme un moteur décisif d'innovation, d'influence et de transformation sociale.

Qu'ils œuvrent dans la gouvernance, l'engagement citoyen, l'agritech, la santé, la culture ou la technologie, ces jeunes montrent un continent en mouvement, où les idées neuves deviennent des solutions concrètes.

BBC Afrique revient sur celles et ceux qui ont positivement marqué l'année de leur empreinte.

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Wilglory Tanjong (Cameroun)

Wilglory Tanjong, entrepreneure camerounaise basée aux États-Unis.

Crédit photo, @wilgloryy via Instagram

A seulement 28 ans, Wilglory Tanjong incarne cette nouvelle génération de créatrices africaines qui bousculent les codes du luxe global.

Née au Cameroun et installée aux États-Unis, elle fonde en 2020 la marque Anima Iris, une maison de maroquinerie qui puise dans l'art, les textures et l'héritage visuel africain pour créer des sacs à main sculpturaux, aujourd'hui reconnus sur les scènes internationales.

Wilglory Tanjong a fait émerger des marques de luxe inspirées de l'Afrique, combinant identité culturelle et entrepreneuriat.

L'histoire d'Anima Iris est celle d'un pari audacieux : partir d'une activité secondaire financée avec 5 000 dollars économisés pour bâtir une marque aujourd'hui portée par des célébrités, distribuée par de grands retailers et célébrée par la presse mondiale.

Le véritable tournant arrive lorsque Beyoncé apparaît pour la première fois avec l'un de ses sacs, un moment symbolique que la créatrice qualifie souvent « d'irréel ».

En 2024, la star américaine renouvelle l'expérience en arborant une nouvelle pièce de la marque, confirmant l'ascension fulgurante d'Anima Iris et le génie de sa fondatrice.

En 2025, l'entreprise a franchi un nouveau cap, générant plus de 2,3 millions de dollars de revenus en quatre ans, grâce à une stratégie créative, une approche authentique du luxe et une visibilité forte sur les réseaux sociaux.

Claudia Senghor (Sénégal)

Claudia Senghor s'exprime lors du forum sur les systèmes alimentaires.

Crédit photo, LINKEDIN

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Diplômée en agroéconomie et développement durable de l'Université Laval au Québec, Claudia Senghor s'impose aujourd'hui comme l'une des personnalités les plus influentes de l'agrobusiness francophone. En 2021, elle fonde Agrobabe, une plateforme de conseils en entrepreneuriat agricole, formation et création de contenus, avec une mission claire : rendre l'agriculture attractive pour la jeunesse africaine.

Avec une communauté de plus de 350 000 abonnés, elle réinvente les codes du secteur : expertise rigoureuse, pédagogie accessible, esthétique assumée.

Invitée comme panéliste principale lors du Forum africain des systèmes alimentaires (AFSA) 2025, tenu au Sénégal, Claudia Senghor a été distinguée par les organisateurs parmi les jeunes entrepreneurs dont les voix comptent pour l'avenir alimentaire du continent.

Son intervention durant ce forum de haut niveau, a illustré comment les créateurs de contenus spécialisés peuvent devenir de véritables vecteurs de transformation : démocratisation des savoirs agricoles, diffusion de modèles économiques rentables, renforcement des communautés rurales.

Mamadou Diakhaté (Sénégal)

Mamadou Diakhate creuse des puits dans les villages sénégalais confrontés à la pénurie d'eau, grâce au crowdfunding sur les médias sociaux.

Instituteur de profession, Mamadou Diakhaté (Niintche) consacre sa vie à un combat essentiel : apporter de l'eau, l'éducation et des perspectives nouvelles aux communautés les plus marginalisées du Sénégal.

Il utilise son temps libre pour mener des actions humanitaires d'une ampleur rare, quitte à y sacrifier sa santé.

Grâce au financement participatif et à une équipe de bénévoles engagés, il creuse des puits dans les villages isolés frappés par la pénurie d'eau.

Au fil des années, plus de cent puits ont vu le jour sous son impulsion, mettant fin à des trajets de plusieurs kilomètres pour s'approvisionner, réduisant les maladies hydriques et améliorant le quotidien de milliers de femmes en milieu rural.

Mamadou Diakhaté s'investit également dans l'éducation. A travers son association Simple Action Citoyenne, il distribue des fournitures aux élèves les plus démunis et rénove des écoles délabrées, transformant des bâtiments vétustes en espaces d'apprentissage dignes, capables d'offrir aux enfants un environnement propice à la réussite.

En 2025, il a renforcé son impact en portant à Dakar un projet ambitieux : "L'Épopée Dakar", fruit d'un partenariat entre la France et le Sénégal.

Avec un investissement annoncé de plus de 680 millions de FCFA, cette initiative vise à créer un écosystème dédié à la formation, à l'entrepreneuriat et au mentorat.

Selon Mamadou Diakhaté, l'objectif est d'offrir chaque année à près de 6 000 jeunes des opportunités concrètes d'insertion afin de freiner l'exode et les migrations périlleuses.

Stephane Kulimushi Mutanda (RDC)

Stéphane Kulimushi Mutanda, réfugié de la République démocratique du Congo installé désormais en Ouganda.

Crédit photo, ONU INFOS

Jeune entrepreneur social, basketteur, Stéphane Kulimushi Mutanda, réfugié de la République démocratique du Congo installé désormais en Ouganda, est un puissant symbole de résilience.

A seulement 19 ans, il a fondé la Refugee Basketball Academy (RBA) , une initiative qui utilise le sport pour autonomiser les jeunes réfugiés et marginalisés grâce au mentorat et à l'éducation.

En transformant le basketball en espace d'éducation et de reconstruction, il inscrit son travail dans l'agenda mondial de la paix et de l'institutionnalisation des solutions portées par les jeunes réfugiés.

Son initiative a trouvé écho auprès du Bureau des Nations Unies pour la jeunesse qui l'a nominé parmi les 17 jeunes acteurs du changement pour les objectifs de développement durable (ODD) 2025.

Grace au sport, Stéphane aide les jeunes réfugiés à prendre confiance en eux et à se construire un avenir meilleur.

Il s'engage à contribuer à l'Agenda 2030 par le biais de l'autonomisation, du sport et de l'éducation.

Vanessa Nakate (Ouganda)

Vanessa Nakate s'exprime à la tribune des Nations Unies

Crédit photo, ONU INFO

Vanessa Nakate est la première militante ougandaise du mouvement Fridays for Future, lancé par Greta Thunberg en Suède.

Ambassadrice de bonne volonté de l'UNICEF, elle est la fondatrice de plusieurs initiatives climatiques, dont le mouvement Rise Up et le projet Vash Green Schools, une initiative d'énergies renouvelables visant à convertir les écoles ougandaises à l'énergie solaire et à y installer des poêles écologiques.

En 2025, elle rejoint Project Dandelion , la première campagne mondiale menée par des femmes pour la justice climatique. Stratège en narration et politiques pour les pays du Sud, elle est également cofondatrice de la Fondation Tard , une organisation qui soutient les communautés des pays du Sud en première ligne du mouvement environnemental.

« Le monde ne peut ignorer l'impact disproportionné du changement climatique sur les femmes à travers le monde. Le changement climatique exacerbe les réalités auxquelles les femmes sont déjà confrontées dans la société. Chargées des responsabilités de soins que leur confie la société, elles assurent l'alimentation, l'approvisionnement en eau et le bien-être de leurs familles. », a t-elle déclaré avant la COP 30 à Bélém, au Brésil.

Hafsat "Havfy" Abdullahi (Nigéria)

Hafsat (Havfy) Abdullahi, Nigeria.

Crédit photo, ONU INFOS

A 25 ans, Hafsat "Havfy" Abdullahi s'impose comme l'une des voix les plus influentes de sa génération. Originaire du nord du Nigeria, Havfy a grandi dans un environnement où les mots circulent autant dans les cercles familiaux que dans l'espace public. Elle découvre tôt la poésie comme moyen d'expression intime avant d'en faire un outil politique. Ses textes, mêlant vulnérabilité, colère et lucidité, lui valent rapidement une audience jeune et engagée.

Sa capacité à déconstruire des sujets sociaux complexes et à dialoguer avec la jeunesse à travers la poésie, lui a valu la reconnaissance d'institutions et d'acteurs majeurs du développement international : Banque mondiale, UNICEF, UNFPA, Conseil de sécurité des Nations unies.

Elle fait partie de la promotion 2025 des Jeunes leaders pour les objectifs de développement durable (ODD) des Nations Unies.

Hafsat "Havfy" Abdullahi a également été mise en avant par le Partenariat mondial pour l'éducation, qui la reconnaît comme jeune leader mondiale pour l'éducation, confirmant l'impact éducatif et social de son travail.

Elle mobilise plus d'un million de jeunes autour des messages qui déconstruisent les sujets sociaux complexes et les relient aux Objectifs de développement durable.

En mêlant art, influence et collaborations commerciales d'envergure, elle montre que la créativité peut devenir un levier de plaidoyer viable et durable.

Betelhem Dessie (Ethiopie)

Betelhem Dessie, téléphone à l'oreille, est assise devant son PC, le drapeau américain en arrière plan.

Crédit photo, Courtesy of Betelhem Dessie

Betelhem Dessie fait partie des visages les plus prometteurs de la tech africaine. Initiée à l'informatique dès l'enfance en Éthiopie, elle est embauchée comme développeuse de logiciels à seulement 10 ans et devient, quatre ans plus tard, responsable technique dans une entreprise informatique.

Ce parcours hors norme nourrit aujourd'hui son engagement : ouvrir l'univers du numérique aux enfants et aux jeunes, quelle que soit leur origine.

Co­fondatrice et PDG d'iCog Anyone Can Code (iCog ACC), Betelhem pilote une initiative née en 2016 et devenue entreprise en 2020, dédiée à la démocratisation des compétences technologiques.

A travers des ateliers gratuits dans les écoles, des formations en robotique, en programmation ou en intelligence artificielle, et des programmes d'innovation, iCog ACC a déjà formé plus de 26 000 jeunes, accompagnés d'une quarantaine de mentors. L'organisation porte également des projets ciblés, comme Girls Can Code, le concours Solve IT ou encore un accélérateur destiné aux start-up travaillant sur la santé sexuelle et reproductive des adolescents.

Au-delà de ses réussites techniques, Betelhem est devenue un modèle pour les jeunes femmes du secteur technologique, prouvant que l'âge et le manque de ressources ne sont pas des obstacles à la construction de l'avenir du continent.

Jacques Kwibuka (Rwanda)

Jacques Kwibuka, Rwanda.

Crédit photo, ONU INFOS

Au Rwanda, Jacques Kwibuka mise sur l'éducation, la santé et la gouvernance pour bâtir une génération capable d'influencer les politiques publiques.

Il est le fondateur d'Informed Future Generations (IFG), une plateforme qui donne aux jeunes les moyens de devenir des décideurs informés et en bonne santé.

Avec cette plateforme, il déploie une stratégie qui combine expertise clinique, leadership et défense des droits sexuels et reproductifs. Ses programmes adaptés aux jeunes traduisent une conviction forte : aucune politique nationale ne peut ignorer la voix, les besoins et les solutions portées par la jeunesse.

Son travail se concentre sur la santé et les droits sexuels et reproductifs (SRHR), la prévention du VIH et du sida, la santé mentale et la sensibilisation à la toxicomanie grâce à une éducation et à des services de santé adaptés aux jeunes et fondés sur des données probantes.

Il fait partie des 17 acteurs mondiaux du changement désignés par les Nations Unies comme Jeunes leaders 2025 pour les objectifs de développement durable (ODD).

Une génération qui refuse l'immobilisme

Dans un continent où plus de 60 % de la population a moins de 25 ans, les jeunes ne se contentent plus d'attendre le changement, mais ils le créent, le revendiquent et l'incarnent.

Des laboratoires d'innovation technologique aux champs agricoles modernisés, des studios de création digitale aux plateformes d'engagement citoyen, ils redessinent les contours économiques, sociaux et culturels de leurs pays.

De jeunes passionnés de robotique participent à la première édition du Concours national de robotique, le 3 juillet 2025 à Abidjan.

Crédit photo, Issouf Sanogo/AFP via Getty Images

En Côte d'Ivoire, Anselme Akossi s'est démarqué par ses actions de renforcement de la gouvernance locale, en mobilisant les jeunes autour de la transparence et du contrôle citoyen. Sa compatriote Diane Kore, très active dans les initiatives en faveur de la jeunesse, a également multiplié ateliers, campagnes et espaces de dialogue pour encourager l'engagement démocratique à l'échelle communautaire.

Même dynamique au Bénin, où Christelle Mardochée Medaho et Nehemie Kotobiodjo ont structuré des projets d'éducation civique, de mentorat et de participation locale. Le duo fait partie de ces jeunes leaders qui réinventent la relation entre citoyens et institutions en misant sur la pédagogie, le numérique et l'organisation communautaire.

Au Burkina Faso, Mickael Mare s'est illustré par son travail de terrain auprès des jeunes, développant des initiatives participatives dans un contexte sociopolitique souvent complexe.

Au Mali, Binta Sissoko et Zan dit Issa Diarra ont poursuivi le même objectif : former, responsabiliser, et créer des espaces où les jeunes peuvent peser dans la gouvernance nationale.

Le Cameroun continue de s'imposer comme un pôle healthtech en Afrique. Melissa Jane Bime, avec son entreprise Infiuss, a transformé la chaîne logistique du sang, optimisant son acheminement pour pallier les pénuries. Cette innovation, au cœur du système de santé national, a attiré l'attention de partenaires mondiaux.

Jean Lobe Lobe, fondateur de Waspito, poursuit la démocratisation de la télé-médecine. Sa plateforme, qui connecte patients, médecins et pharmacies, permet à de nombreuses populations rurales d'accéder à des soins jusque-là difficiles d'accès.

Au Nigeria, Ikenna Nzewi, cofondateur de Releaf, révolutionne la chaîne de valeur agricole grâce à des outils numériques et des machines intelligentes. Son travail améliore drastiquement les revenus des producteurs locaux et renforce la souveraineté alimentaire du pays.

L'année 2025 a également été marquée par des jeunes engagés dans les droits humains et l'inclusion sociale.

En RDC, Nathalie Ndimubanzi a touché des milliers de filles grâce à son projet « Wasichana na Amani », axé sur les droits des femmes, l'éducation et la prévention des violences. Dans un pays marqué par l'instabilité, son action a offert des espaces sûrs et des outils d'autonomisation durable.

Melissa Bime est une entrepreneuse camerounaise du secteur de la santé, fondatrice et PDG d'Infiuss Health, une entreprise qui révolutionne la recherche clinique en Afrique.

Crédit photo, Melissa Bime Courtesy

De Dakar à Kampala, en passant par Abidjan, Lagos et Kigali, une jeunesse mieux formée, connectée et volontaire prend désormais une place centrale dans les transformations du continent.

Qu'il s'agisse de leadership communautaire, d'innovation, de tech, de solutions environnementales ou d'entrepreneuriat social, ces jeunes leaders dessinent des trajectoires nouvelles et impactantes.

Leurs parcours variés et différents convergent vers une même ambition, celle de proposer des solutions africaines, ancrées dans la réalité locale, tout en affirmant une présence globale. L'année 2025 aura été pour tous ces jeunes leaders une année charnière.