Un chanteur congolais tué lors du tournage d'un clip vidéo dans une ville en conflit

Delcat Idengo sur scène lors d'une précédente représentation

Crédit photo, Ministère de la culture de la RD Congo

Légende image, La musique de Delcat Idengo, qualifiée de révolutionnaire par ses fans, critiquait à la fois le gouvernement congolais et les groupes rebelles
    • Author, Emery Makumeno & Wycliffe Muia
    • Role, BBC News Kinshasa & Nairobi

Un musicien populaire de la République démocratique du Congo a été tué alors qu'il tournait un clip vidéo dans la ville de Goma, dans l'est du pays, ravagée par le conflit.

Le corps de Delphin Katembo Vinywasiki, plus connu sous le nom de Delcat Idengo, a été retrouvé jeudi dans une rue, la tête partiellement recouverte de sang. Selon des informations non confirmées, l'artiste aurait été abattu.

Idengo, célèbre pour ses chansons critiques à l'égard du gouvernement et des rebelles, faisait partie des centaines de détenus qui se sont échappés d'une prison à Goma, après que les militants du M23 se sont emparés de la ville le mois dernier.

L'est de la République démocratique du Congo est en proie à des combats entre les groupes armés et l'armée pour le contrôle de cette région riche en minerais.

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On ne sait pas qui est à l'origine de cet assassinat.

Le musicien venait de sortir un titre intitulé Bunduki (signifiant « arme » en swahili), qui condamnait l'occupation rebelle à Goma.

« Justice sera rendue« , a posté le porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya, sur la plateforme X, qualifiant l'assassinat du musicien d' »acte abominable ». Il a rejeté la responsabilité sur le M23.

Mais le M23 a pointé du doigt les forces alignées sur le gouvernement, les appelant à remettre leurs armes.

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Ce meurtre intervient dans un contexte de tension croissante dans la région après la prise de Goma par le M23, soutenu par le Rwanda, lors d'une escalade majeure des combats à la fin du mois de janvier.

Selon les derniers chiffres de l'ONU, environ 2 900 personnes ont été tuées et quelque 700 000 autres ont été contraintes de quitter leur foyer au cours des récentes hostilités.

Les rebelles avancent maintenant vers Bukavu, la capitale du Sud-Kivu, une autre ville clé de la région, malgré les efforts de paix régionaux visant à mettre fin au conflit.

La mort d'Idengo a suscité de nouvelles craintes dans le Nord-Kivu, les manifestants étant descendus dans les rues de Beni, sa ville natale, pour réclamer justice.

Des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux montrent le corps du musicien gisant sur le sol après l'incident dans la zone de Kilijiwe, au nord de Goma.

Selon les témoins, Idengo, qui portait un pantalon militaire pour la vidéo, est mort sur le coup après l'attaque.

Le ministère congolais des arts et de la culture a qualifié l'incident d'« assassinat ».

« Voix engagée, il a porté, à travers sa musique, les aspirations et les espoirs de toute une génération », a indiqué le ministère sur le site X.

M. Idengo attendait d'être jugé après avoir été emprisonné l'année dernière pour avoir incité la population à prendre les armes et à forcer les forces de maintien de la paix de l'ONU à quitter le pays.

En 2021, il a été poursuivi pour avoir insulté le président Félix Tshisekedi et propagé de « fausses rumeurs » dans l'une de ses chansons, où il accusait le président de ne pas tenir ses promesses. Il a été condamné à 10 ans de prison, mais a été acquitté par la suite.

« La nation a perdu un patriote engagé dans la cohésion nationale. Je pleure la perte d'Idengo. Il est grand temps que cette guerre prenne fin. L'humanité avant tout ! » Martin Fayulu, un leader de l'opposition qui est arrivé troisième aux élections générales de 2023, a posté sur X.

Moïse Katumbi, une autre figure de l'opposition arrivée en deuxième position aux élections, a condamné l'assassinat d'Idengo.

« Ses assassins, quels qu'ils soient, doivent être rapidement identifiés et très sévèrement condamnés », a posté M. Katumbi sur X.