Coronavirus : comment le Covid-19 affecte les revenus des athlètes africains
Par Michelle Katami & Janine Anthony BBC Sport Africa

Le première moitié de l'année aurait dû voir les championnats du monde en salle et le semi-marathon mondial se dérouler en mars, mais aussi le début des séries de meetings comme le World Marathon Majors, la Diamond League et le Continental Tour.
Les championnats d'athlétisme africains prévus pour juin ont été déplacés en 2021. Sans aucune compétition, comment diable les athlètes s'en sortent-ils financièrement ?
"Chaque athlète en subit les conséquences", explique le Burkinabé Hugues Fabrice Zango, qui a remporté la médaille de bronze du triple saut aux Championnats du monde d'athlétisme de 2019.
"Je connais des athlètes africains qui n'ont pas de sponsors et qui se rendent généralement en Europe pour participer aux compétitions et gagner un peu d'argent. L'annulation des compétitions va leur porter préjudice car ils n'auront pas ces revenus pour les aider à se préparer pour l'année prochaine.
"Certains athlètes seront donc dans une situation très difficile".
Les programmes d'entraînement des athlètes ont été fortement perturbés ces dernières semaines, et des pays comme le Kenya, l'Éthiopie et l'Afrique du Sud ont fermé leurs camps d'entraînement.
Iten est un centre d'entraînement de renommée mondiale au Kenya grâce à sa position en altitude et à son éventail de talents, mais même ce camp habituellement très animé souffre.
"Iten est maintenant bizarre et ennuyeux", déclare Dennis Kipngeno, un marathonien kenyan qui a réalisé un record personnel le mois dernier. "La motivation est faible pour quitter la maison et courir seul. Comme on dit, le travail d'équipe permet de soulever des montagnes".
Rester concentré lorsque les dates de reprise de la compétition sont si peu claires est également un autre défi.
"Être athlète, c’est tout ce que nous connaissons, tout ce que nous savons faire - c'est notre vie", déclare le Nigérian Blessing Okagbare. "Alors quand des choses comme ça arrivent, c'est comme un choc. Ne pas savoir ce qui va se passer, c'est pour moi le plus difficile de toute cette situation".
Comment les athlètes gagnent-ils de l'argent ?

Les coureurs gagnent de l'argent de trois principales manières : grâce aux sponsors, aux récompenses et/ou aux bonus des courses (en fonction du classement et de la vitesse), et aux primes de participation.
"Si vous ne courez pas, vous n'avez aucune chance d'avoir des primes, des primes de participation ou des médailles", explique Michel Boeting, un agent d'athlétisme néerlandais qui représente plusieurs athlètes africains.
"Ce sera un gros manque à gagner pour de nombreux athlètes et leurs familles qui dépendent d'eux".
Le report des Jeux olympiques signifie que les médaillés potentiels vont perdre des sommes importantes cette année, tout comme ils vont perdre de l’argent vu que les championnats du monde en salle et de semi-marathon ont été reportés.
"Selon leur niveau, cela peut représenter deux tiers, voire beaucoup plus (de leurs revenus) car vous avez aussi la prime d'engagement de la compétition", explique Zango. "Donc, c'est sûr que ça va avoir un impact financier".

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Déjà consciente que l'athlétisme n'est pas aussi lucratif que d’autres sports, Mme Okagbare souligne que ses revenus baissent lorsqu'elle ne peut pas concourir, contrairement aux revenus des sportifs sous contrat annuel.
"En ce qui concerne l'athlétisme, comparé à d'autres sports, nous sommes fauchés", dit-elle. "Le football est très glamour, et les joueurs gagnent beaucoup d'argent. Pour ce que je fais dans la vie, en tant qu’athlète, je ne peux pas m'asseoir sur le banc et être payée - mais un footballeur le peut.
"Si je veux gagner de l'argent, je dois me présenter et participer à des compétitions. Dans certaines compétitions, si vous prenez un faux départ, vous n'avez pas droit à votre prime de participation, ou vous recevez juste la moitié de l’argent si vous ne finissez pas la course.
L'athlétisme

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La saison d'athlétisme devait commencer le 17 avril avec la Diamond League au Qatar mais celle-ci, comme les huit premières rencontres sauf une, a été reportée indéfiniment.
"J'ai perdu plus de 20 000 dollars US qui m'ont pourtant été assurés en frais de participation", déplore le Botswanais Nijel Amos, qui a remporté la médaille d'argent aux Jeux olympiques de 2012.
La star du 800 m, qui s'est effondrée lors des éliminatoires de Rio 2016, avait aménagé son emploi du temps dans le but de participer aux Jeux de Tokyo, qui auraient dû commencer dans trois mois.
"Cette année, je me suis dit : 'Ok Nijel, tu ne choisis que les courses clés pour être frais aux Jeux olympiques'", explique-t-il.
"J'allais faire quelques courses, à partir desquelles j'allais gagner assez d’argent pour pouvoir en vivre toute l'année. Mais maintenant, c'est retour à zéro".
Beaucoup d'athlètes pensent maintenant à deux principales choses: comment maintenir leurs exceptionnelles qualifications olympiques et comment survivre financièrement.
L'Égyptien Hassan Abd El Gawad, qui a remporté la médaille de bronze aux derniers championnats d'Afrique d'athlétisme, s'était entraîné en Afrique du Sud en prévision de la tournée continentale de mai au Kenya (maintenant reportée), mais il est maintenant de retour chez lui.
Organisé par World Athletics, le Continental Tour est une sorte de 2e division de la Diamond League où le vainqueur d'une épreuve principale comme le lancer de marteau est assuré de recevoir 6 000 dollars, le montant de la récompense tombant à 800 dollars pour celui qui termine huitième.
"Il y a de nombreuses compétitions que vous pouvez aller gagner, et quand vous gagnez, vous recevez de l'argent, mais ces compétitions sont maintenant toutes annulées jusqu'en juin", dit-il.
"Je survis parce que je reçois un salaire mensuel de 124 dollars de la fédération égyptienne alors que le club que je représente, Al Ahly, me donne 622 dollars par mois. Mais cette saison était importante pour me qualifier pour les Jeux olympiques, pas pour gagner de l'argent".
La course sur route

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Berlin, Boston, Londres et Paris sont quelques-unes des grandes courses sur route qui ont été reportées, tandis que d'autres, comme Rome, ont été tout simplement annulées cette année.
Ainsi, tout athlète qui aurait pu courir jusqu'à quatre marathons par an n'en courra probablement qu'un seul, au mieux.
"Un marathonien de moins de 2:08 court jusqu'à trois marathons par an et un autre de moins de 2:13 jusqu'à quatre marathons par an", explique M. Kipngeno, qui avait prévu de participer à quatre marathons cette année. "Plus le marathon est rapide, plus le temps de récupération est importante".
"des courses régulières signifient des temps améliorés sur le plan personnel et bien sûr plus de possibilités sur le plan financier. Je devais participer au Grandma's Marathon dans le Minnesota le 24 juin, puis à celui de Medtronic twin cities du Minnesota en octobre, mais le Grandma's Marathon a été annulé. Rien de clair pour le moment sur celui de Medtronic".
Les marathoniens peuvent gagner de 1 000 dollars jusqu'à 100 000 dollars par course et plus selon l’importance de la course et leur position à l’arrivée.
Les marathons majeurs du monde - qui englobent Berlin, Boston, Chicago, Londres, New York et Tokyo - offrent de meilleurs tarifs pour les athlètes sélectionnés et de meilleurs prix.
À Londres, par exemple, les coureurs d'élite s'affrontent pour un total de 313 000 dollars, les champions masculins et féminins remportant chacun 55 000 dollars.
Les 12 premiers sont récompensés, la 12e personne remportant 1 000 dollars, tandis qu'une rémunération supplémentaire est prévue pour les temps plus rapides, selon qu’un athlète a un contrat de publicité pour des chaussures et/ou a battu le record du monde ou de parcours.
Néanmoins, le fait que de nombreuses courses seront regroupées dans le calendrier signifie que les athlètes manqueront inévitablement certains des marathons, ou semi-marathons et courses de 10 km, qu'ils avaient pour objectif de disputer.
"Cela va être un désastre pour les athlètes", a déclaré M. Boeting. "La moitié de l'année pour les athlètes de course sur route est déjà passée avec toutes les courses annulées. Cela signifie que les athlètes sans contrat vont se retrouver avec un revenu nul pendant les six ou sept premiers mois de l'année, et que ceux qui ont un contrat vont perdre 40 à 70% de leur revenu".
Avec cette incertitude quant à la date de reprise des courses, ce ne sont pas seulement les athlètes qui souffrent, mais aussi leurs agents.
"Les agents dépendent des commissions et si le revenu des compétitions est nul, cela va certainement nuire à notre activité", dit-il. "Nous devons faire des ajustements, et peut-être travailler avec 50 % de revenus en moins que la normale".
Contrats avec des marques de chaussures

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En l'absence de compétition, certains athlètes peuvent se rabattre sur leurs contrats de publicité pour des chaussures, qui vont de 5 000 dollars par an pour les moins importants à plus de 100 000 dollars pour les gros contrats.
"Ceux qui ont de petits contrats auront du mal parce que si vous avez un contrat de 5 000 dollars, est-ce vraiment suffisant pour maintenir le style de vie auquel vous êtes habitué ?", demande M. Boeting.
Mais pour certains, un contrat de chaussures signifie qu'il y a au moins une chose de moins à se préoccuper.
"Pendant cette pandémie, je n'ai pas à me soucier du montant à dépenser pour acheter ou remplacer des chaussures de course ou pour obtenir les vêtements de qualité pour l'entraînement - c'est là que le contrat est utile", explique M. Amos.
Néanmoins, il admet volontiers qu'il se tourne vers l'épargne et les investissements pour couvrir cette période, ce qui met en évidence la vie que pourraient mener les personnes qui n'ont pas de contrat avec des marques de chaussures.
À quoi va ressembler l'avenir ?

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Selon M. Boeting, le monde de l'athlétisme devrait se préparer à une très mauvaise année 2020 et peut-être même 2021.
"Qui sait ce qui va se passer ? Que feront les sponsors ? Resteront-ils dans le sport avec moins d'argent ? Espérons qu'ils resteront, même si c'est avec moins d'argent, et qu'ils se reconstruiront à nouveau".
Certaines fédérations ont essayé de protéger leurs athlètes de cette crise financière, comme l'Ethiopie qui a donné 130 000 dollars pour aider 211 athlètes et 56 entraîneurs.
Parallèlement, World Athletics (anciennement connu sous le nom d'IAAF) a lancé un fonds de 500 000 dollars pour soutenir les athlètes professionnels qui ont perdu la plupart de leurs revenus ces dernières semaines.
"C'est une période difficile pour nous, les athlètes, qui ne faisons que poursuivre notre carrière, sans parler de l’impossibilité de faire des projets ou prévoir quoi que ce soit", déclare M. Amos.
"Les organisations vont-elles continuer à nous financer comme si nous nous préparions pour les Jeux ou vont-elles interrompre ce financement jusqu'à l'année prochaine ? Et s'ils interrompent ce financement, quelles seront les conséquences pour nous ? Vous savez, c'est vraiment difficile d'être un athlète en ce moment".












