Madeleine Théa dans Parole de femmes

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    • Author, Geneviève Sagno Helene Alex
    • Role, BBC Afrique

Parole de femmes, votre capsule féminine sur BBC Afrique reçoit l’honorable Madeleine Théa, ancienne députée à l’Assemblée Nationale et au parlement de la CEDEAO.

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Madeleine Théa milite à Nzérékoré, une ville située à 800 km au sud-est de Conakry, la capitale guinéenne. Elle est fière des femmes de sa région, les femmes forestières, et vous allez le voir, elle est "prête à tout" pour promouvoir leur émancipation…

La région forestière est aussi l’une des zones les plus frappées par la fièvre hémorragique à virus Ebola qui sévit également dans deux pays voisins, le Liberia et la Sierra Leone.

Alors s’il est facile de comprendre pourquoi cette ancienne députée s’est engagée dans la lutte contre la maladie mortelle qui a touché en un an près de 2400 personnes et fait plus de 1500 morts en Guinée, nombreux se demandent d’où lui vient cet engagement particulier pour les femmes…

Les femmes se trouvent en première ligne de cette crise car ce sont souvent elles qui dispensent les premiers soins, soignent les enfants et traversent les frontières pour commercialiser leurs biens sur les marchés

Crédit photo, AP Jerome Delay

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Madeleine Théa :.Dans notre coutume, avant on ne permettait pas aux femmes d’aller à l’école. (…) je pense que les femmes peuvent faire quelque chose de leur vie.

Vous, par exemple, vous étes allée à l’école, ce qui vous a permis ensuite d'entrer en politique ?

MT :Nous sommes dans une zone forestière. Les femmes sont un peu timides. Il faut foncer. Aujourd’hui, c’est la femme qui fait tout, elle fait le champ, elle s’occupe de son mari, de ses enfants. Et je voudrais que cela soit connu par les hommes. Le proverbe dit : Ce que femme veut, Dieu le veut. On dit aussi que Derrière chaque grand homme, il y a une grande dame. Et je voudrais valoriser cette dame-là.

Vous luttez contre les clichés ?

MT :Avec la modernisation, les choses avancent. Il faut que ces filles-là aillent à l’école, il faut qu’elles abandonnent les travaux ruraux pour faire des études, (…) sans compter la pression sociale qui veut que l’on ait des enfants jeunes… Il faut bannir toutes ces entraves-là.

Est-ce que vos idées n’entrent pas en contradiction avec la tradition ?

MT :La tradition entre dans le cadre de d’éducation de la fille. Il faut qu’elle soit sage, qu’elle respecte ses parents, qu’elle se comporte bien, qu’elle soit docile. On éduque les femmes pour qu’elles soient sérieuses, pour qu’elles prennent leur vie au sérieux. Et comme cela elles seront de bonnes mères de famille. C’est ce que la tradition dit.

EBOLA

Les femmes en Afrique de l'Ouest courent plus de risques de contracter le virus que les hommes. Pour Madeleine Théa, il était donc naturel de réunir plus de 2 000 femmes qui se sont "levées comme un seul homme" pour combattre cette maladie qui "ravage la famille".

MT :Nous nous sommes dit : nous allons mettre fin à cela à notre manière. On va faire des sacrifices, des prières, on va maudire la maladie. On a marché une quinzaine de kilomètres. On a pris les feuilles sacrées ! Cette maladie qu’on ne connait pas, qu’on ne voit pas, qui tue… et quand elle tue, tu ne peux pas aller présenter tes condoléances, faire les sacrifices. On ferme la porte de la famille. Il a fallu qu’on se lève contre cela. Nous sommes allées chez le chef du village et il a béni les femmes. Nous remercions Dieu. Je ne dis pas qu’Ebola est parti complètement, mais à l’heure où nous sommes nous sommes prêtes à sensibiliser.

Quel est le rôle des femmes ?

MT :Elles sont les pivots, elles ont leur mot aussi. Nous avons mobilisé, pour que chacun se lève et aille chasser cette maladie. On a vu beaucoup de gens se battre, et cela nous a donné courage. On n’a épargné personne, on est allées voir tout le monde.

Tout le monde peut comprendre la tradition et les rituels ?

MT :Toutes ethnies confondues, pas seulement la femme forestière. C’est nous qui mettons l’homme au monde. Donc, tout ce que nous dirons à Dieu, sincèrement, du fond du cœur, il va nous écouter. (…) On n’a pas d’aide. Mais ce n’est pas parce que nous n’avons pas d’aide que nous allons nous asseoir, non !

Comment les femmes se comportent-elles au quotidien ?

MT :Les 22 quartiers ont côtisé. (…) Et le maire de la commune nous a donné des sachets d’eau. C’est peut être insignifiant, mais c’est beau à voir, cela nous encourage. Nous allons maintenant descendre dans les quartiers et inciter à nettoyer. La maladie vient avec la saleté.

Y a-t-il un changement des habitudes ?

Kouremale, à la frontière entre la Guinée et le Mali, où les Guinéens doivent passer des tests de dépistage

Crédit photo, Reuters

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MT :Il ne faut plus manger ensemble. Il faut laver les mains, avec du chlore et de la javel. Il faut que les toilettes soient propres. On regroupe les femmes pour leur dire cela, car ce sont elles qui gèrent le foyer.

Les communautés se sont-elles rapprochées ou divisées ?

Au moins 2 000 femmes issues de 22 quartiers de la commune urbaine de Nzérékoré étaient dans les rues le 1er décembre dernier pour une marche rituelle contre le virus Ebola

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MT :A Nzérékoré, il y a la paix. Toutes ethnies confondues, les femmes, dans les églises, dans les mosquées, partout, sont debout pour combattre. Aujourd’hui, tout le monde parle d’Ebola. Et dans chaque concession, il y a des seaux, de l’eau de javel… Partout, on lave les mains. Nous les femmes, nous allons continuer à foncer et à nous responsabiliser.

Le message de Madeleine Théa aux femmes du monde entier :

Crédit photo, AP Jerome Delay

Il faut qu’on se lève. Le nom de la Guinée, en Soussou, c’est la femme… Cela veut dire la femme ! Il faut que le gouvernement nous considère, nos maris, car nous sommes capables de tout ! Si on refuse de préparer à manger, personne ne va manger. Mais on ne va pas le faire, car nous avons nos enfants. Donc, à nos maris, à nos frères, au gouvernement, au président Alpha : Ne nous oubliez pas !

La femme guinéenne, parce qu'elle est mère, épouse, soeur, forte, responsable est comme toutes les femmes, capable de tout pour sauver les siens... parole de femme !

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