Pourquoi la candidature de Macky Sall à l'ONU fait débat au Sénégal

    • Author, Abdou Aziz Diédhiou
    • Role, BBC News Afrique
  • Temps de lecture: 7 min

Annoncée il y a plusieurs semaines voire quelques mois, la candidature l'ancien président sénégalais Macky Sall au poste de Secrétaire Général des Nations Unies est désormais actée. Contre toute attente, elle est portée par le Burundi dont le président vient d'hériter de la présidence de l'Union Africaine.

Au Sénégal, la candidature de Macky Sall divise pour diverses raisons.

Macky Sall vise le Secrétariat général de l'ONU

L'information a été révélée par la porte-parole de l'Assemblée générale de l'ONU en personne.

Dans une déclaration faite à la presse, La Neice Collins, a annoncé mardi que le Burundi a présenté la candidature de Macky Sall, ancien président du Sénégal au poste de secrétaire général des Nations Unies.

''Nous avons reçu une nouvelle candidature, il s'agit de Macky Sall, ancien président du Sénégal. Il a été nommé par la république du Burundi qui a présenté les documents'', a déclaré La Neice Collins.

Alors que généralement les candidatures sont portées par des Etats dont le candidat est originaire, ou des groupes d'Etats, celle de Macky Sall n'a pas été présentée par le Sénégal, son pays d'origine.

BBC Afrique a contacté le ministère des Affaires étrangères du Sénégal pour connaître la position officielle du gouvernements, nos questions sont restées sans réponses.

C'est le Burundi où l'ancien président sénégalais a été aperçu ces derniers jours qui a porté sa candidature.

On ignore pour l'instant les raisons qui ont conduit Macky Sall à se diriger vers le Burundi pour présenter sa candidature à l'ONU.

Il y a quelques semaines, la presse sénégalaise avait révélé le contenu d'une lettre que Macky Sall aurait adressé au président Bassirou Diomaye Faye pour solliciter son appui à sa candidature à l'ONU.

Selon Souleymane Ba, expert consultant en relations internationales, Macky Sall a le profil pour le poste de Secrétaire général de l'ONU au regard de son parcours au Sénégal, plusieurs fois ministres, premier ministre, président de l'Assemblée nationale et président de la République.

''Ce profil est en phase avec les conditions requises par le système des Nations Unies pour occuper ce poste'' dit-il.

M. Ba estime que les atouts de Macky Sall ''sont beaucoup plus importants que les faiblesses''.

''Durant son magistère en tant que président, il était au coeur de l'agenda international. Il a une certaine maîtrise des dynamiques internationales et le pays qu'il dirigeait était sur la même longueur d'ondes qu'avec les cinq grandes puissances'' a-t-il indiqué.

Il ajoute cependant que ''les points faibles de la candidature de Macky Sall résident sur les polémiques liées à la fin de son mandat qui ont fait couler beaucoup d'encre, citant les violences politiques, le report de la présidentielle, tout cela peut constituer des points noirs'' au dossier de l'ancien président sénégalais.

Pourquoi la candidature de Macky Sall divise au Sénégal

Dans un post sur X, le directeur exécutif d'Amnesty International Sénégal, avait réagi à la déclaration de candidature de Macky Sall il y a quelques jours.

Pour Seydi Gassama, ''l'Union Africaine ne doit pas soutenir la candidature à une fonction élective internationale d'un ancien dirigeant dont le régime a commis de graves violations des droits humains''.

Le directeur exécutif d'Amnesty International rappelle ''qu'un des objectifs de l'Union Africaine est de promouvoir et de protéger les droits de l'homme et des peuples conformément à la CADHP (Commission africaine des droits de l'homme et des peuples) et aux autres instruments pertinents relatifs aux droits de l'homme (art. 3h Acte Constitutif)''.

M. Gassama estime que la responsabilité de l'ancien président sénégalais est engagée dans la mort de plus de 70 jeunes entre 2021 et 2024 lors de manifestations politiques, qualifiées d'insurrections par le régime de Macky Sall.

Babacar Ba du Forum du justiciable appelle pour sa part à trascender les clivages politiques et appelle au soutien à la candidature de Macky Sall.

D'autres évoquent la responsabilité de l'ancien président sur la dette cachée d'environ 7 milliards de dollars révélée par les nouvelles autorités et confirmée par le FMI.

Du côté de l'opposition, Macky Sall ne manque pas de soutien. Député à l'Assemblée nationale, Abdou Mbow est l'un de ses fidèles soutiens depuis son départ du pouvoir en Avril 2024.

Abdou Mbow très critique envers les nouvelles autorités annonce que des ''acteurs importants de la société civile et des syndicats vont bientôt même apporter leur soutien dans les jours à venir à la candidature de Macky Sall dans le cadre d'une initiative''.

Le Front pour la défense de la démocratie et de la République (FDR), une alliance qui regroupe d'éminentes figures de l'opposition, notamment Khalifa Sall, Anta Babacar Ngom, Thierno Bocoum apporte également son soutien à Macky Sall.

Cette organisation a d'ailleurs envoyé une demande écrite au Président Bassirou Diomaye Faye pour lui demander de soutenir officiellement la candidature de Macky Sall.

Qui sont les autres candidats déclarés à l'ONU

La candidature de l'ancien président sénégalais est la troisième du genre enregistrée par les Nations Unies. Deux autres personnalités à savoir, Michelle Bachelet, ancienne présidente du Chili et Rafael Mariano Grossi, actuel directeur de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) ont également déposé officiellement leur candidature.

Connaître le processus de nomination du Secrétaire général

La nomination du Secrétaire général de l'ONU obéit à un processus bien connu. L'élection du Secrétaire général de l'ONU repose sur la résolution 79/327 sur la revitalisation des travaux de l' Assemblée générale, qui définit le processus de sélection et de nomination des candidatures adoptée le 05 septembre 2025.

Chaque candidat potentiel doit être présenté officiellement par un Etat ou un groupe d'Etats, mais pas forcément son pays d'origine.

Selon l'ONU ce processus sera guidé par les principes de transparence et d'inclusivité.

Le processus commence par une lettre envoyée aux Etats membres en novembre 2025 pour qu'ils proposent des candidats au poste de secrétaire général dont le mandat commencera le 1er janvier 2027.

Selon la résolution 79/327 qui s'appuie sur les résolutions précédentes en la matière le processus de sélection et de nomination du Secrétaire général se déroule comme suit :

  • Une lettre conjointe du Président de l'Assemblée générale et du Président du Conseil de sécurité lance le processus.
  • Les candidats sont proposés par un État membre ou un groupe d'États membres et fournissent une déclaration de vision, un curriculum vitae et des informations sur le financement de leur campagne.
  • Le président de l'Assemblée générale organise des dialogues interactifs diffusés sur Internet avec tous les candidats.
  • Le président de l'Assemblée générale et le président du Conseil de sécurité informent conjointement les États Membres de la présentation des candidatures.

Les lettres conjointes du président de l'Assemblée générale et du président du Conseil de sécurité servent à informer conjointement les États Membres et à transmettre les communications originales reçues des États Membres ayant présenté des candidats.

Le président de l'Assemblée générale collabore étroitement, de manière transparente et inclusive, avec les États membres.

C'est en effet uniquement sur recommandation du Conseil que l'Assemblée peut élire le secrétaire général pour un mandat de cinq ans renouvelable une fois.

Selon une tradition de rotation géographique pas toujours suivie, le poste est réclamé cette fois-ci par l'Amérique latine.

Calendrier

Le Président de l'Assemblée générale de l'ONU a annoncé que les dialogues interactifs qui seront diffusés sur le web seront organisés au cours de la semaine du 20 avril 2026.

Il s'en suivra ensuite une phase d'évaluation des candidats et des entretiens informels avec le Conseil de sécurité qui privilégie souvent le consensus pour la recommandation.

Le processus devra prendre se terminer avant la fin de l'année 2026 avec une recommandation du Conseil de sécurité en particulier les cinq pays membres permanents ayant le droit de veto (Etats-Unis, Chine, Russie, Royaume-Uni, France) dont les choix vont peser lourd par rapport du prochain secrétaire général de l'ONU.

La dernière étape sera le vote formel de l'Assemblée générale pour la nomination du ou de la prochaine secrétaire général qui aura un mandat de 5 ans renouvelable une fois.