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Epstein a tenté d'acheter un palais au Maroc quelques jours avant son arrestation en 2019
- Author, Emir Nader
- Author, Samuel Owers
- Role, BBC Eye Investigations
- Temps de lecture: 7 min
Selon des documents publiés le mois dernier par le département de la Justice américain, Jeffrey Epstein a tenté d'acquérir un palais de plusieurs millions de dollars au Maroc la veille de son arrestation en 2019.
Epstein cherchait à acquérir Bin Ennakhil depuis 2011, mais des différends avec le vendeur concernant le prix et les modalités de la transaction ont persisté pendant des années.
Ce somptueux palais, situé dans le quartier huppé de la Palmeraie à Marrakech, est décrit comme un chef-d'œuvre architectural. Construit par 1 300 artisans, il est orné de sculptures et de mosaïques raffinées.
Le 5 juillet 2019, la veille de son arrestation, Epstein a effectué un virement bancaire de 14,95 millions de dollars (plus de 8 milliards FCFA), suite à un accord portant sur le rachat de la société offshore propriétaire du bien pour 18 millions d'euros (plus de 11 milliards FCFA).
D'après les documents publiés, ce virement était la dernière transaction financière majeure d'Epstein avant son arrestation par les autorités américaines pour trafic sexuel, à son retour à New York.
Trois jours après son arrestation, le comptable d'Epstein, Richard Kahn, a annulé le virement et l'achat n'a finalement jamais été finalisé.
Le Maroc n'ayant pas de traité d'extradition avec les États-Unis, les médias locaux ont émis l'hypothèse qu'Epstein aurait pu chercher refuge dans le pays pour échapper à une nouvelle arrestation, si de nouvelles accusations étaient portées contre lui.
Cependant, un ancien associé d'Epstein, souhaitant garder l'anonymat, a déclaré que cette transaction montrait qu'Epstein "n'avait aucune idée" de son arrestation imminente.
"Il serait logique qu'il envisageât un sanctuaire potentiel où il pourrait continuer à vivre comme un roi", a-t-il ajouté.
Les documents publiés ne font toutefois aucune mention d'une discussion entre Epstein et le Maroc comme possible refuge face aux autorités américaines.
Les liens d'Epstein avec le Maroc remontent au moins au début des années 2000. Virginia Giuffre, l'une de ses accusatrices les plus connues, raconte dans ses mémoires avoir été emmenée à Tanger par Epstein et Ghislaine Maxwell pour examiner la décoration intérieure de plusieurs propriétés de luxe.
À l'époque, Epstein souhaitait réaménager certaines parties de sa résidence insulaire dans un style marocain.
En 2002, Epstein a assisté au mariage du roi Mohammed VI du Maroc en compagnie de Maxwell, sur invitation de l'ancien président américain Bill Clinton.
Les liens d'Epstein
Epstein a été condamné aux États-Unis en 2008 pour incitation à la prostitution de mineures. Après sa libération de son assignation à résidence en 2010, son intérêt pour le Maroc semble s'être accru.
Les documents déclassifiés semblent indiquer que, la même année, Epstein a demandé à Peter Mandelson, ancien ministre travailliste, de lui trouver un assistant capable de lui "trouver une maison à Marrakech".
Les documents détaillent les visites régulières d'Epstein au Maroc à partir de 2012. Il séjournait dans le quartier huppé de la Palmeraie, où réside une riche communauté d'expatriés, parmi lesquels Jabor al Thani, membre de la famille royale du Qatar et proche collaborateur qu'il qualifiait de "frère arabe".
Être mentionné ou photographié dans les dossiers Epstein ne constitue pas, en soi, une preuve de malversation.
Bin Ennakhil et "Monsieur Kiss"
Karyna Shuliak, la compagne de longue date d'Epstein, a pris l'initiative de rechercher une propriété à Marrakech. De nombreuses visites et négociations sont documentées par des courriels signés de son nom.
Marc Leon, associé de Kensington Luxury Properties, a déclaré à la BBC qu'Epstein s'était intéressé à leur propriété Bin Ennakhil - qui signifie "entre les palmiers" en arabe - dès 2011.
À cette époque, Epstein estimait que le palais, propriété du magnat allemand des déchets Gunter Kiss, était surévalué à 55 millions d'euros. Son offre initiale était si basse que Kiss, offensé, refusa de traiter à nouveau avec Epstein, a confié à la BBC une source proche du magnat.
Par la suite, Epstein a utilisé sa compagne Shuliak et son réseau de contacts au Maroc pour effectuer des visites supplémentaires de la propriété. En 2018, Epstein s'y est rendu en personne avant que Shuliak ne soumette ses offres finales, se faisant passer pour un agissant au nom de Leon Black, un investisseur milliardaire et ami d'Epstein.
Finalement, il est apparu clairement qu'Epstein était le véritable acheteur potentiel, mais le vendeur, "M. Kiss" - comme il est connu dans les courriels - a accepté de poursuivre les négociations, selon les documents et une source proche d'Epstein.
À l'intérieur du palais marocain qui a attiré l'attention d'Epstein :
Les documents montrent qu'à un moment donné, Kensington Luxury Properties a proposé à Epstein une "stratégie de vente et de fiscalité", selon laquelle la propriété serait enregistrée auprès des autorités marocaines comme vendue pour 10 millions d'euros (plus de 6 milliards FCFA), tandis qu'une transaction de 20 millions d'euros (plus de 13 milliards FCFA) aurait lieu pour les actions d'une société offshore propriétaire de la propriété.
Cet arrangement aurait permis à Epstein d'inscrire son nom sur les titres de propriété tout en réduisant les impôts qu'il aurait à payer aux autorités marocaines.
Cependant, Kensington Luxury Properties a nié auprès de la BBC toute tentative contraire à l'éthique ou illégale de minimiser ses impôts.
"Cette transaction n'a enfreint aucune réglementation fiscale", a confié M. Leon à la BBC. "M. Epstein souhaitait payer les frais d'enregistrement au Maroc, bien qu'il n'y fût pas tenu… afin de devenir propriétaire du bien."
À l'époque, la société immobilière était le représentant local de la célèbre maison de ventes aux enchères britannique Christie's.
Finalement, Epstein a décidé d'acquérir le bien uniquement en payant les parts de la société offshore et était en train de déterminer comment l'enregistrer au Maroc au moment de son arrestation en 2019.