Joueurs inéligibles ? Le Nigeria retient son souffle avant la décision de la FIFA

    • Author, Emmanuel Akindubuwa
    • Role, BBC Sport Africa, Lagos
  • Temps de lecture: 6 min

Il règne un mélange d'espoir et de frustration chez les supporters nigérians, dans l'attente de la décision de la FIFA concernant les accusations selon lesquelles la RD Congo aurait aligné des joueurs inéligibles lors des barrages africains pour la Coupe du monde 2026.

Les Congolais ont battu les Super Eagles aux tirs au but en novembre, décrochant ainsi leur place pour un barrage intercontinental qualificatif au tournoi final prévu au Canada, au Mexique et aux États-Unis.

La Fédération nigériane de football (NFF) a déposé une plainte auprès de la FIFA en décembre, affirmant que des joueurs des Léopards, tels qu'Aaron Wan-Bissaka et Axel Tuanzebe - tous deux anciens internationaux anglais chez les jeunes - étaient inéligibles, la législation congolaise n'autorisant pas la double nationalité.

Alors qu'une partie des supporters des Super Eagles espère que l'équipe pourrait bénéficier d'un sursis, d'autres s'interrogent sur l'équité d'une éventuelle qualification obtenue par voie d'appel.

La FIFA a confirmé que l'affaire était à l'étude, mais l'instance mondiale n'a communiqué aucun calendrier concernant sa décision, tandis que la NFF a tenté de mettre fin aux spéculations affirmant que sa plainte avait été rejetée.

"Toute affirmation selon laquelle une décision aurait été rendue est fausse", a indiqué le directeur de la communication de la NFF, Demola Olajire.

"La FIFA ne nous a communiqué aucun verdict, ni à nous ni à la fédération congolaise."

Au moment du recours, le secrétaire général de la NFF, Mohammed Sanusi, avait soutenu que la RD Congo avait enfreint les règlements de la FIFA.

Tuanzebe et Wan-Bissaka ont également ensuite disputé la Coupe d'Afrique des nations (CAN) 2025 au Maroc avec les Léopards.

"La loi congolaise stipule que la double nationalité n'est pas autorisée, mais certains de leurs joueurs possèdent des passeports européens et français", a affirmé Sanusi.

"Nous estimons que la FIFA a été induite en erreur en autorisant leur participation."

La Fédération congolaise de football a rejeté la contestation de la NFF, qualifiant la requête de tentative de "gagner par la petite porte".

Les Léopards affronteront la Nouvelle-Calédonie ou la Jamaïque lors du barrage intercontinental de mars, le vainqueur se qualifiant pour la Coupe du monde élargie à 48 équipes et rejoignant le groupe K aux côtés du Portugal, de l'Ouzbékistan et de la Colombie.

Tout un continent retient son souffle

Ce n'est pas la première fois que des campagnes de qualification africaines se retrouvent dans les tribunaux ou devant des commissions.

De tels épisodes mettent souvent en lumière la tension entre les statuts de la FIFA, qui privilégient la nationalité sportive reconnue par l'instance internationale, et les législations nationales, qui peuvent imposer des définitions plus strictes de la citoyenneté.

Les décisions passées suggèrent que la FIFA tend à s'appuyer sur ses propres règlements, mais chaque affaire dépend des faits et documents spécifiques présentés.

Les statuts de la FIFA précisent les conditions dans lesquelles un joueur peut changer l'association nationale qu'il représente. Selon ces règles, un joueur ne peut demander à changer d'association qu'une seule fois, et la procédure nécessite une demande écrite et argumentée, approuvée par le comité du statut du joueur de la FIFA.

Si la FIFA exige que le joueur possède un passeport du pays qu'il souhaite représenter, il est néanmoins possible qu'il détienne également un autre passeport.

Ce décalage entre les lois nationales et le cadre d'éligibilité de la FIFA pourrait avoir nourri l'ambiguïté juridique sur laquelle reposent les espoirs du Nigéria.

La NFF soutient que certains joueurs congolais possédaient des passeports européens, un point non directement pris en compte dans les vérifications d'éligibilité de la FIFA, et estime que si ces lois nationales ont été enfreintes, les joueurs n'auraient pas dû être autorisés à participer.

La requête suggérait également que la FIFA aurait pu recevoir des documents incomplets ou trompeurs lors de l'examen de l'éligibilité des joueurs, une affirmation qui, si elle était confirmée, pourrait soulever des questions plus larges sur la gouvernance.

Dans l'attente d'une décision de la FIFA, un verdict en faveur du Nigeria pourrait entraîner un contrôle plus strict des documents des joueurs pour d'autres nations africaines, les fédérations souhaitant éviter des contestations similaires.

Quels sont les enjeux ?

Lorsqu'une protestation officielle parvient à la FIFA, plusieurs issues sont possibles :

  • Rejet : la FIFA pourrait estimer que les éléments présentés par la NFF sont insuffisants et clore le dossier, confirmant la qualification de la RD Congo pour le Mondial.
  • Enquête et sanctions administratives : la FIFA pourrait enquêter et, en cas de manquements dans la validation, infliger des sanctions à la fédération (amendes, avertissements), sans modifier les résultats.
  • Sanctions sportives : Dans les cas les plus graves, la FIFA ou la Confédération africaine de football (CAF) pourraient ordonner un forfait, attribuer le match à l'équipe adverse ou retirer des points en phase de groupes. Historiquement, de telles sanctions sportives sont appliquées lorsque les règles administratives ou d'enregistrement des joueurs ont été manifestement et matériellement violées, par exemple en cas de falsification ou de fausse déclaration délibérée.

Pour le Nigéria, les enjeux sont clairs.

Les Super Eagles ont remporté le bronze à la CAN 2025, réaffirmant leur place parmi l'élite du continent, mais la dure réalité est que l'équipe, telle qu'elle se présente aujourd'hui, est sur le point de manquer une deuxième édition consécutive de la Coupe du monde.

La RD Congo, elle, a mis plus d'un demi-siècle à se rapprocher du retour sur la plus grande scène du football après être devenue, en 1974 (lorsque le pays s'appelait le Zaïre), la première nation subsaharienne africaine à atteindre le tournoi.

La perspective qu'une décision administrative puisse annuler un succès obtenu sur le terrain est un scénario susceptible de troubler de nombreux observateurs neutres.