Mamadou Touré, porte-parole du candidat Alassane Ouattara : « cinq millions d'Ivoiriens sont sortis de la pauvreté en quinze ans »

Le président ivoirien Alassane Ouattara salue ses partisans à son arrivée au stade olympique d'Ebimpe pour une réunion le 22 juin 2025 à Abidjan.

Crédit photo, Getty Images

    • Author, Valerie Bony
    • Role, BBC Afrique
    • Reporting from, Abidjan

La campagne électorale de la présidentielle en Côte d'Ivoire prend fin ce jeudi 23 octobre, à minuit. Samedi 25 octobre, plus de 8,7 millions d'électeurs ivoiriens se rendront aux urnes pour élire leur prochain président de la République pour les cinq années à venir.

Alassane Ouattara, président sortant, en fonction depuis 2011, se présente pour un quatrième mandat, une candidature notamment contestée par l'opposition.

Le chef de l'Etat sortant entend poursuivre son programme de développement en consolidant ses acquis économiques.

Interrogé par BBC Afrique, Mamadou Touré son porte-parole et directeur central de campagne chargé de la jeunesse, a mis en avant les progrès réalisés par la Côte d'Ivoire sous le gouvernement du RHDP.

Il affirme que cinq millions d'Ivoiriens sont sortis de la pauvreté en quinze ans, tout en défendant la gestion sécuritaire et les restrictions imposées à certaines manifestations de l'opposition.

Interview – Mamadou Touré, directeur central de campagne chargé de la jeunesse et porte-parole du candidat Alassane Ouattara

BBC News Afrique : Parlons un peu du bilan du RHDP. Ces dernières années, l'indice de développement humain de la Côte d'Ivoire est passé de la 193ᵉ à la 157ᵉ place. C'est une nette progression. La croissance économique reste autour de 7 %, mais un tiers des Ivoiriens vit encore sous le seuil de pauvreté.

Mamadou Touré : D'abord, il faut rappeler d'où nous venons. Il y a 15 ans, plus de 55 % des Ivoiriens vivaient dans la pauvreté. Aujourd'hui, ce taux est tombé à 37 %. Cela signifie techniquement qu'environ cinq millions d'Ivoiriens sont sortis de la pauvreté. Pour les années à venir, notre objectif est de réduire ce taux à 20 % d'ici 2030.

BBC News Afrique : Près de 75 % des Ivoiriens ont moins de 35 ans. C'est une population très jeune. Le gouvernement a fait des efforts dans le domaine de l'éducation : on est passé de trois universités à neuf, et la dixième est en construction. Pourtant, le chômage des jeunes reste élevé. Qu'est-ce qui coince ?

Mamadou Touré : Depuis 2011, environ 3,5 millions d'emplois ont été créés. De nombreux programmes ont été mis en place pour améliorer l'employabilité des jeunes : formations, accompagnement à l'entrepreneuriat, financement de projets, etc. Ces initiatives vont se poursuivre et se renforcer dans les prochaines années.

BBC News Afrique : le constat c'est que 80 % de la richesse du pays est concentrée à Abidjan. Comment comptez-vous développer l'intérieur du pays ?

Mamadou Touré : Le développement passe d'abord par les infrastructures. Là où il y a des routes, de l'électricité et de l'eau potable, l'activité économique suit. Aujourd'hui, nous voulons aller plus loin en créant de grands pôles économiques régionaux, avec des zones industrielles dans plusieurs régions du pays, afin de mieux répartir la croissance.

Des partisans du président ivoirien et candidat à la présidentielle du Rassemblement des houphouétistes pour la démocratie et la paix (RHDP) Alassane Ouattara chantent et dansent au stade Félix Houphouët-Boigny à Abidjan le 18 octobre 2025, avant la prochaine élection présidentielle.

Crédit photo, Getty Images

Ignorer Promotion WhatsApp et continuer la lecture
BBC Afrique est sur WhatsApp

Des informations vérifiées à portée de main

Cliquez ici et abonnez-vous !

Fin de Promotion WhatsApp

BBC News Afrique : les voisins de la Côte d'Ivoire, notamment les pays de l'Alliance des États du Sahel (AES) traversent une période de troubles et les relations avec la Côte d'Ivoire ne sont pas toujours au beau fixe. Comment voyez-vous évoluer ces relations ?

Mamadou Touré : Nous croyons en la CEDEAO, à une CEDEAO des peuples autant qu'à une CEDEAO des États. Nous espérons qu'une solution rapide permettra le retour de ces pays au sein de l'organisation.

BBC News Afrique : Et concernant les relations bilatérales entre la Côte d'Ivoire et ces pays spécifiquement ?

Mamadou Touré : La Côte d'Ivoire travaille à entretenir de bonnes relations avec tous ses voisins. Notre doctrine est claire : ami de tous, ennemi de personne. Nous continuerons dans cette voie, en espérant que les autres pays partagent la même volonté de coopération et de paix.

BBC News Afrique : Sur le plan sécuritaire, notamment au nord, la situation semble plus calme depuis quelque temps, contrairement à certains pays voisins comme le Ghana, le Bénin ou le Togo. Quelle est aujourd'hui la situation en Côte d'Ivoire ?

Mamadou Touré : En effet, il y a quelques années, la Côte d'Ivoire a subi plusieurs attaques terroristes, à Kafolo, Téhini ou encore à Grand-Bassam. Nous avons réagi avec fermeté, en renforçant notre dispositif militaire. Mais au-delà de la réponse sécuritaire, nous avons mis en place un plan Marshall, un programme social pour améliorer les conditions de vie des populations et consolider la paix. Car très souvent, les groupes terroristes prospèrent sur la misère et le désespoir.

Le président ivoirien Alassane Ouattara (au centre), en compagnie du vice-président ivoirien (à droite), de l'ancien Premier ministre Patrick Achi (à gauche) et le président ivoirien de l'Assemblée nationale Adama Bictogo (à gauche) coupent le ruban pour marquer l'ouverture du Salon international de l'agriculture et des ressources animales (SARA) au Parc des expositions d'Abidjan, le 29 septembre 2023.

Crédit photo, Getty Images

BBC News Afrique : L'opposition a tenté d'organiser plusieurs marches ces dernières semaines. Certaines ont été dispersées, parfois avec des arrestations, et il y a eu des incidents, comme l'incendie de la commission électorale à Yamoussoukro. Pourquoi interdire ces manifestations ?

Mamadou Touré : La liberté d'expression et de manifestation est garantie, mais elle ne doit pas servir de prétexte à des actions subversives. Lorsque des manifestations dégénèrent ou appellent à la violence, l'État a le devoir d'y mettre fin. Nous sommes en période électorale. Plusieurs partis d'opposition ont choisi de participer au processus, dans le respect des institutions. Mais une autre frange de l'opposition appelle au boycott, à la désobéissance et parfois même à l'insurrection. Nous ne pouvons pas accepter que ces appels mettent en péril la stabilité du pays.

Un responsable politique à l'étranger a récemment déclaré qu'ils avaient "sept jours pour libérer la Côte d'Ivoire". De tels propos sont graves. Notre responsabilité est d'assurer la quiétude des Ivoiriens.

Aujourd'hui, il y a deux blocs : un bloc républicain, composé de partis au pouvoir et d'opposition, attachés à la démocratie et aux élections et un bloc subversif, antidémocratique, qui cherche à remettre en cause nos institutions. Ce qui est en jeu, c'est la protection de notre démocratie.