Adnan Abou Walid Al Sahraoui : qui était le chef djihadiste tué par l'armée française au Mali ?

Crédit photo, AFrica Center for Strategic Studies
- Author, Mamadou Faye
- Role, Journaliste - BBC Afrique
Tué par les troupes françaises en mission au Mali, Adnan Abou Walid al-Sahrawi était le chef de l'État islamique dans le Grand Sahara (EISG) qu'il a formé en 2015.
Adnan Abou Walid al-Sahrawi, le chef de l'État islamique dans le Grand Sahara (EISG) est tué par l'armée française au Mali.
L'information est donnée par Emmanuel Macron, le président français, dans un tweet en date du 15 septembre.
"Adnan Abou Walid al Sahraoui, chef du groupe "État islamique au Grand Sahara" a été neutralisé par les forces françaises. Il s'agit d'un nouveau succès majeur dans le combat que nous menons contre les groupes terroristes au Sahel", annonce le chef de l'Etat français.
La mort du chef de guerre islamiste est confirmée par Florence Parly, la ministre française des Armées qui précise qu'il "est mort à la suite d'une frappe de la force Barkhane."
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Que sait-on d'Adnan Abou Walid al Sahraoui ?

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Lehbib Ould Ali Ould Saïd Ould Joumani, dont le nom de guerre est Adnan Abou Walid al-Sahrawi, est né le 16 février 1973 à Laâyoune, au Sahara occidental.
Témoin pendant son enfance de la guerre du Sahara occidental, il trouve refuge avec sa communauté dans les camps du Front Polisario en Algérie.
Plus tard, il s'engage dans l'Armée populaire de libération sahraouie, la branche armée du Front Polisario qui entre en guerre avec l'armée marocaine.
Après avoir rejoint les djihadistes du Sahel, il se fait vite remarquer grâce à son expérience de guerre et devient le premier chef du groupe Etat islamique dans le Grand Sahara.
Il rejoint ensuite Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) et codirige le Mujao, un groupe islamiste malien responsable de l'enlèvement de travailleurs humanitaires espagnols en Algérie et d'un groupe de diplomates algériens au Mali en 2012.
Ces meurtres ont suivi une série d'attaques de grande envergure contre des bases militaires au Mali et au Niger à la fin de 2019.
Le groupe aurait également été à l'origine d'une attaque meurtrière contre des troupes américaines au Niger en 2017.
En tant que chef historique de la lutte djihadiste dans le Sahel, Adnan Abou Walid al Sahraoui est considéré comme le cerveau de toutes les attaques qui étaient perpétrées au Mali, au Burkina Faso et au Niger, dans la zone dite des trois frontières.
En 2017, au Niger, ses hommes avaient meurtrièrement attaqué des soldats américains.
Quelques années plus tard, en 2020, la responsabilité de l'assassinat d'une équipe de travailleurs humanitaires français lui était imputée.
Le Sahel est une vaste zone de trois millions de kilomètres carrés qui s'étend en Afrique au sud du Sahara, du Sénégal à l'ouest à la Somalie à l'est.

Analyses
Lemine Ould Mohamed Salem, journaliste et expert des questions sécuritaires au Sahel (Mauritanie)
"La mort de Sahraoui est un fait important pour les forces françaises"

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Le journaliste-réalisateur mauritanien, Lemine Ould Mohamed Salem, affirme que la mort d'Adnan Abou Walid al Sahraoui ne peut pas être considérée comme une victoire pour les forces françaises de Barkhane.
A son avis, la mort de Sahraoui "est un fait important" pour l'armée française, dans la mesure où, dit-il, "il était un des chefs djihadistes les plus actifs et dont le groupe était responsable du plus grand nombre d'opérations particulières dans la région".
Toutefois, M. Salem prévient que "sa mort ne signifie pas la fin de la lutte djihadiste dans le Sahel.
"Sa mort ne signifie pas la fin de l'Etat islamique dans le Grand Sahara", dit-il.
Pour lui, "tout dépend de qui va lui succéder, c'est-à-dire ce grand chef capable de tenir ses hommes comme lui il le faisait. S'il s'agit d'un homme avec moins de charisme et d'autorité, cela pourrait signifier un affaiblissement du groupe".
"Ou s'agira-t-il d'un homme beaucoup plus radical que lui, quelqu'un qui est plus stratège, comme on l'avait vu en Irak quand al-Baghdadi a pris la direction du groupe de l'Etat islamique"
Le journaliste rappelle qu'à l'époque, al-Baghdadi "venait de succéder à son prédecesseur au moment où le groupe était presque en voie de disparition".
Mais, ajoute-t-il, son engagement l'a conduit à immédiatement réussir" à organiser le groupe puis à étendre le groupe "'Etat islamique jusqu'en Syrie et au-delà.
"La preuve, poursuit-il, c'est qu'on parle aujourd'hui de l'Etat islamique un peu partout dans le monde. Il y a l'Etat islamique en Libye, en Afrique de l'Est, en Afrique de l'Ouest et dans le Grand Sahara".

Une démonstration de force de la France
Mayeni Jones, correspondante de la BBC en Afrique de l'Ouest

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Bien que la France envisage de retirer plus de 2 000 soldats du Mali d'ici le début de l'année prochaine, le président Macron tient à montrer à ses alliés qu'elle est toujours capable de frapper au cœur des organisations djihadistes dans cette région stratégiquement importante.
L'Union européenne (UE) et les États-Unis comptent sur la France pour prendre la tête de la lutte contre les groupes djihadistes au Sahel.
Il est à craindre qu'avec l'attention portée par IS et Al-Qaïda sur l'Afrique, un continent déjà instable ne soit encore plus déstabilisé, ce qui augmenterait le flux de migrants vers l'Europe.
La décision de la France de réduire les effectifs de ses troupes risque d'envoyer le message à ses alliés que la lutte contre les djihadistes est une cause perdue. La mort de Sahraoui permet à la France de les rassurer sur le fait que ce n'est pas le cas.
Mais la mort de Sahraoui ne conduira pas nécessairement à la fin du djihadisme dans la région. On en est peut-être encore loin.Vous pourriez aussi être intéressés par :













