Conflit du Tigré en Éthiopie : les rebelles reprennent la capitale régionale, un tournant décisif ?

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Les forces rebelles de la région du Tigré, dans le nord de l'Éthiopie, ont repris la capitale, Mekelle, provoquant des célébrations dans les rues et forçant les autorités à fuir.
Les habitants rapportent des scènes de joie, avec des feux d'artifice et des milliers de personnes agitant des drapeaux.
Le gouvernement, qui a pris Mekelle en novembre après que les rebelles eurent rejeté les réformes politiques et capturé des bases de l'armée, a maintenant fait un appel à un "cessez-le-feu humanitaire" dans la région.
Les combats ont fait des milliers de morts et ont poussé 350 000 personnes vers la famine.
Plus de deux millions de personnes ont été déplacées.
Des informations récentes font état d'une reprise des combats entre les combattants du Front de libération du peuple du Tigré (TPLF) et les forces gouvernementales à l'extérieur de Mekelle.
Mais une offensive rapide, lundi, a conduit à la reprise inattendue de la ville par les rebelles, dans ce qui pourrait être un tournant dans cet âpre conflit.
Une déclaration publiée par ce qui a été appelé le gouvernement de l'État national du Tigré a salué une "victoire éclatante", affirmant que Mekelle était "désormais sous le contrôle total des forces de défense du Tigré".
Elle appelle la population et les forces rebelles à "rester vigilantes, implacables et en alerte constante jusqu'à ce que le Tigré soit totalement libéré de toutes les forces d'invasion".
Le porte-parole des rebelles, Getachew Reda, a laissé entendre qu'il y avait peu d'intérêt pour une trêve, déclarant à CNN : "Nos objectifs sont de dégrader les capacités de combat de l'ennemi... Nous ne nous arrêterons pas tant que le Tigré n'aura pas été nettoyé de toutes les forces ennemies. Nous ferons tout ce qu'il faut".

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Un représentant du gouvernement a confirmé à l'Agence France-Presse que les rebelles ont repris Mekelle.
Le responsable affirme que le gouvernement intérimaire a décidé de partir après que les rebelles se soient rapprochés "de tous les côtés", ajoutant : "Tout le monde est parti. Les derniers sont partis dans l'après-midi... La région n'a pas de gouvernement".
Des habitants ont déclaré à la BBC qu'ils célébraient le départ des troupes fédérales. Un témoin a été cité par l'AFP disant : "Tout le monde est sorti de chez soi. Tout le monde est excité et il y a de la musique dans les rues. Tout le monde a sorti ses drapeaux et la musique joue."
L'Unicef, l'agence des Nations unies pour l'enfance, indique que les troupes du gouvernement éthiopien ont pénétré lundi dans ses bureaux à Mekelle et ont détruit des équipements satellites. "Nous ne sommes pas, et ne devrions jamais être, une cible", a-t-elle rappelé.
Le gouvernement éthiopien n'a pas encore fait de commentaire sur un éventuel retrait et a déclaré qu'il appelait à un cessez-le-feu militaire pour des raisons humanitaires. Il a souligné la nécessité pour les humanitaires d'avoir accès à la région, pour les agriculteurs de recevoir de l'aide pendant la saison des plantations et pour le retour des personnes déplacées à l'intérieur du pays.

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Le Secrétaire général de l'ONU, António Guterres, dit avoir parlé avec le Premier ministre Abiy Ahmed, et avoir "bon espoir" qu'un cessez-le-feu puisse avoir lieu.
"Il est essentiel que les civils soient protégés, que l'aide humanitaire atteigne les personnes dans le besoin et qu'une solution politique soit trouvée", a-t-il souligné dans un communiqué.
Le Royaume-Uni, les États-Unis et l'Irlande ont demandé une réunion publique d'urgence du Conseil de sécurité des Nations unies.
Le gouvernement éthiopien a lancé une offensive contre les rebelles en novembre dernier. Le TPLF s'était brouillé avec le Premier ministre au sujet des changements politiques apportés au système fédéral du pays, fondé sur des critères ethniques, et avait pris le contrôle de bases militaires dans le Tigré.
L'Éthiopie a reçu l'aide de troupes de l'Érythrée voisine, dont le statut actuel dans le Tigré reste incertain.
Toutes les parties ont été accusées d'avoir commis des massacres et des violations des droits de l'homme.

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M. Abiy, lauréat du prix Nobel de la paix, a annoncé la fin du conflit à la fin du mois de novembre, mais les combats ont continué et se sont intensifiés avant les élections parlementaires du 21 juin.
Les résultats de ces élections, boycottées par certains groupes d'opposition et qui n'ont pas eu lieu dans certaines régions, dont le Tigré, n'ont pas encore été annoncés mais devraient être favorables à M. Abiy.
Au début du mois, les Nations unies ont décrit une situation de famine dans le nord de l'Éthiopie. Selon l'organisation, la situation alimentaire a atteint le niveau d'une "catastrophe", qu'elle définit comme la famine et la mort affectant de petits groupes de personnes répartis sur de vastes zones.
Le Programme alimentaire mondial (PAM), l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture et l'Unicef ont tous appelé à une action urgente.
Mais l'analyse n'a pas été approuvée par le gouvernement éthiopien, qui a nié l'existence d'une famine dans le pays.













