Les humains mènent une "guerre suicidaire" contre la nature, selon Antonio Guterres

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- Author, Par Justin Rowlatt
- Role, Chief environment correspondent
"Notre planète est brisée", prévient le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres.
L'humanité mène ce qu'il qualifie de guerre "suicidaire" contre le monde naturel.
"La nature riposte toujours, et elle le fait avec une force et une fureur croissantes", a-t-il déclaré lors d'un événement spécial organisé par la BBC sur l'environnement.
M. Guterres veut placer la lutte contre le changement climatique au cœur de la mission mondiale de l'ONU.
Dans un discours intitulé "État de la planète", il annonce que son "objectif central" l'année prochaine sera de construire une coalition mondiale autour de la nécessité de réduire les émissions de gaz à effet de serre à zéro.
M. Guterres estime que chaque pays, ville, institution financière et entreprise "devrait adopter des plans pour une transition vers des émissions nettes zéro d'ici 2050".
Selon lui, ils devront également prendre des mesures décisives dès maintenant pour se mettre sur la voie de la réalisation de cette vision.
L'objectif, indique le secrétaire général des Nations unies, sera de réduire les émissions mondiales de 45 % d'ici 2030 par rapport aux niveaux de 2010.
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Voici ce que M. Guterres a demandé aux Etats du monde de faire :
- Taxer le carbone
- Éliminer progressivement le financement des combustibles fossiles et mettre fin aux subventions qui y sont liées
- Déplacer la charge fiscale des revenus vers le carbone, et des contribuables vers les pollueurs
- Intégrer l'objectif de neutralité carbone (un concept similaire à celui du zéro net) dans toutes les politiques et décisions économiques et fiscales
- Aider ceux qui, dans le monde entier, sont déjà confrontés aux conséquences désastreuses du changement climatique

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Incendies et inondations apocalyptiques
Il s'agit d'un programme ambitieux, comme l'a reconnu M. Guterres, mais il ajoute qu'une action radicale est nécessaire dès maintenant.
"La science est claire", souligne M. Guterres à la BBC, "si le monde ne réduit pas la production de combustibles fossiles de 6% chaque année d'ici 2030, les choses vont empirer. Bien plus".
Les politiques climatiques n'ont pas encore relevé le défi, ajoute le patron de l'ONU, déclarant que "sans action concertée, nous pourrions nous diriger vers une augmentation catastrophique de la température de trois à cinq degrés au cours de ce siècle".
L'impact se fait déjà sentir dans le monde entier.
"Les incendies et les inondations apocalyptiques, les cyclones et les ouragans sont la nouvelle norme", avertit-il.
"La biodiversité s'effondre. Les déserts s'étendent. Les océans s'étouffent avec les déchets plastiques".
Le moment de vérité
M. Guterres souligne que les pays du monde entier doivent prendre des engagements ambitieux pour réduire les émissions lors de la conférence internationale sur le climat que le Royaume-Uni et l'Italie accueilleront à Glasgow en novembre prochain.
Tout en faisant pression pour que des mesures soient prises face à la crise climatique, il exhorte les nations à s'attaquer à la crise d'extinction qui détruit la biodiversité et à intensifier les efforts pour réduire la pollution.
Nous sommes confrontés, dit-il, à un "moment de vérité".
Mais il évoque quelques lueurs d'espoir.

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Il reconnaît que l'Union européenne, les États-Unis, la Chine, le Japon, la Corée du Sud et plus de 110 autres pays se sont engagés à aller vers des émissions zéro carbone d'ici le milieu de ce siècle.
Il souhaite voir cet élan se transformer en un mouvement.
La technologie nous aidera à atteindre ces objectifs, insiste M. Guterres.

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"Le secteur du charbon part en fumée", car il est plus coûteux de faire fonctionner la plupart des centrales au charbon actuelles que de construire de nouvelles centrales avec des énergies renouvelables. Nous devons trouver une voie plus sûre, plus durable et plus équitable", conclut le patron de l'ONU.
Il considère qu'il est temps que cette guerre contre la planète prenne fin, ajoutant : "Nous devons déclarer un cessez-le-feu permanent et nous réconcilier avec la nature."















