Elections américaines 2020 : Trump ou Biden, qui est le choix de la Chine ?

Qui entre Donald Trump, le président sortant et l'ancien vice-président Joe Biden a les faveurs du gouvernement chinois ?

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Les élections présidentielles américaines ont longtemps été une source d'intrigue et d'irritation pour les dirigeants du Parti communiste chinois. Elles sont toujours suivies de près par les responsables gouvernementaux à Pékin.

Cette fois-ci, dans le cadre du scrutin de novembre marqué par une pandémie qui continue de s'étendre, un paysage économique bouleversé et une profonde polarisation politique, la Chine sent que quelque chose a changé.

Les analystes pensent que ce n'est pas l'autoritarisme chinois mais la démocratie occidentale qui semble soudainement confrontée à une crise de légitimité.

L'économie la plus libre et la plus riche du monde, que l'on croyait autrefois bien mieux placée pour combattre le coronavirus grâce à ses outils de transparence et de responsabilité, a bien failli à la tâche. La pandémie ne cesse de progresser aux Etats Unis.

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Alors que la Chine, malgré une première tentative de dissimulation de la propagation du virus pour exposer ses faiblesses a utilisé les pouvoirs considérables d'un État de surveillance pour tester et mettre à volonté en quarantaine des millions de personnes avec beaucoup d'efficacité.

Les usines, les magasins, les restaurants, les écoles et les universités sont tous ouverts, le nombre de passagers dans les transports publics est à peine inférieur à la moyenne.

Les experts pensent que c'est la seule grande économie qui devrait croître, plutôt que de se contracter cette année.

États-Unis -Chine : La bataille dans les coulisses

Graffiti montrant Xi Jinping et Donald Trump s'embrassant avec des masques. Certains pensent que la Chine est favorable à une victoire de Joe Biden, d'autres à la réélection de Donald Trump.

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"Le grand succès stratégique obtenu par la Chine dans la lutte contre la Covid-19 a pleinement démontré les avantages remarquables de la direction du Parti communiste chinois", a déclaré le président Xi Jinping le mois dernier lors d'une manifestation organisée pour célébrer les travailleurs de la santé considérés comme les "héros" de ce triomphe.

C'est un message que l'on entend dans les bulletins d'information de la télévision d'État, qui regorge de sombres statistiques sur le désastre sanitaire qui se déroule aux États-Unis, ainsi que d'images des protestations, des dissensions et du désordre de la campagne électorale.

Peu importe qui gagne, les sous-titres des télévisions chinoises semblent indiquer que lorsque la politique américaine est malade, ses limites sont mises à nu et son pouvoir et son prestige diminuent sur la scène mondiale.

Il n'y a guère de meilleures métaphores visuelles pour illustrer la confiance croissante de la Chine dans son système que les projecteurs et le consumérisme clinquant du Salon de l'automobile de Pékin de ce mois-ci.

Cet événement, qui se tient dans un vaste complexe d'exposition, est le premier grand salon de l'industrie automobile au monde depuis le début de la pandémie, ce qui témoigne de la victoire de ce pays sur le virus.

Le public se presse autour des stands, posant pour des photos avec des mannequins en robe moulante qui se tiennent à côté des voitures.

Mais si le spectacle est un signe de la capacité de la Chine à endiguer la marée d'une pandémie, il est aussi la preuve de quelque chose de beaucoup plus profond et de plus long terme : sa capacité à canaliser les forces du commerce mondial à son avantage.

L'une des voitures les plus chères exposées est une SUV entièrement électrique, d'un vert vif, d'un prix de 550 000 yuans chinois (80 000 dollars), fabriqué par Hongqi, un constructeur chinois autrefois célèbre pour ses limousines de style soviétique.

"Nous devrions soutenir les marques que notre propre pays fabrique", a dit à un journaliste de la BBC un homme en examinant la garniture en cuir du siège passager avant du grosse voiture.

C'est un symbolisme qui n'aurait pas échappé à Richard Nixon, le président américain qui a lancé le rapprochement de l'Amérique avec la Chine.

Le salon automobile de Pékin était le premier grand salon de l'industrie automobile au monde depuis le début de la pandémie
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Richard Nixon précurseur du rapprochement américano-chinois

La visite historique de Richard Nixon à Pékin en 1972, il a été considérée comme le début d'un voyage d'engagement entre les deux nations qui se poursuivra pendant plus de 40 ans.

Depuis lors, presque tous les présidents américains ont adhéré à l'idée que ce rapprochement était bénéfique non seulement pour la Chine et les multinationales qui y réalisent des bénéfices, mais aussi pour l'Amérique et le reste du monde.

Cela ne ferait pas que stimuler la prospérité globale, a-t-on fait valoir, mais aussi, faire entrer la Chine dans l'ordre mondial libéral et l'encouragerait même à envisager la possibilité d'une réforme politique chez elle.

En réalité, la Chine voyait les choses très différemment. Elle est poussée par l'objectif singulier de récupérer la place qui lui revient sur la scène mondiale et selon ses propres termes.

Pourtant, les chinois étaient également accusés du plus grand vol de secrets industriels de l'histoire de l'humanité et étaient sur le point d'entreprendre probablement la plus grande incarcération massive d'un groupe ethnique depuis la Seconde Guerre mondiale. Le peuple Ouïgour!

Au moment des élections américaines de 2016, la Chine était la deuxième économie mondiale et son plus grand exportateur.

Toutefois, c'est au cours de cette campagne de 2016 que le consensus déjà fragile sur la sagesse de commercer avec Pékin et d'un engagement toujours plus importants avec la Chine a finalement été rompu.

Le président Nixon a choqué le monde entier lors de sa visite en Chine en 1972. Nixon était à la Grande Muraille de Chine

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Qu'est-ce qui se cache derrière la nouvelle stratégie de M. Trump à l'égard de la Chine ?

Lors de son premier mandat, Donald Trump a fait savoir à sa base de cols bleus qu'une Chine farouchement protectionniste avait longtemps triché sur ses engagements de libre-échange pour se transformer en superpuissance économique.

En termes de pertes d'emplois, a-t-il fait valoir, les travailleurs américains se sont retrouvés dans une situation pire, et non meilleure.

Il a porté ce message jusqu'à la Maison Blanche et depuis, rien n'a plus été pareil.

Au plus fort de la guerre commerciale menée par le président, 362 milliards de dollars de biens ont été soumis à des droits de douane comme punition.

Cette année, l'administration Trump a ajouté à la pression économique un batterie de sanctions politiques pour les violations des droits de l'homme en Chine.

Au salon automobile, le journaliste de la BBC demande à l'un des visiteurs chinois qui il veut voir gagner les élections américaines.

"Peut-être Biden", dit-il, en ajoutant : "Je déteste Trump".

"Parce qu'il a été si dur avec la Chine ?" a t-il demandé.

"Un peu", répond-il, "et je pense qu'il est fou."

"La raison du plus fort est toujours la meilleure". Le président chinois compte t-il continuer avec Donald Trump ?

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Les dirigeants chinois ont peut-être le sentiment croissant que la démocratie américaine est en perte de vitesse, mais s'ils devaient exprimer un choix, pourraient-ils eux aussi être heureux de voir Donald Trump quitter la présidence ?

La communauté du renseignement américain a conclu que l'imprévisibilité de M. Trump, et ses critiques sévères à l'égard de Pékin, signifient que la direction du parti communiste préférerait qu'il perde.

Mais le professeur Yan Xuetong, doyen de l'Institut des relations internationales de l'Université Tsinghua de Pékin, n'est pas d'accord.

"Si vous me demandez où se situent les intérêts de la Chine", dit-il, "la préférence serait pour Trump plutôt que Biden".

"Non pas parce que Trump portera moins préjudice aux intérêts de la Chine que Biden, mais parce qu'il portera certainement plus préjudice aux États-Unis que Biden".

Cela dit-il, montre à quel point les choses se sont détériorées. Les concepts de " liens économiques plus étroits pour un bénéfice mutuel, "n'existent plus.

D'éminents observateurs chinois sont maintenant prêts à affirmer ouvertement que le déclin des États-Unis, tant économique que politique, est dans l'intérêt de la Chine en tant que puissance montante.

Si certains observateurs ont laissé entendre que la croyance de la Chine en la fin de la domination mondiale des États-Unis était antérieure au virus et au président Trump, ils pensent que ce qui a changé, c'est sa volonté de l'expliquer clairement.

De ce point de vue, Donald Trump est la meilleure option, non pas en raison de son soutien aux idéaux démocratiques, mais précisément parce qu'il est souvent perçu comme les rejetant ou les sapant.

Ses attaques contre la presse libre, par exemple, ont été bien accueillies par un État chinois profondément hostile à un examen indépendant de l'utilisation d'internet en Chine.

Et si l'administration Trump est devenue de plus en plus critique à l'égard de la Chine en matière de droits de l'homme, ses propres motivations semblent être sous-tendues par des considérations beaucoup plus étroites de commerce et d'avantage économique.

Selon son ancien conseiller à la sécurité nationale, John Bolton, M. Trump a déclaré un jour à Xi Jinping qu'il approuvait sa répression draconienne contre les Ouïgours, bien que le président ait rejeté cette accusa

Quid de Joe Biden ?

Bien qu'il se moque du soutien antérieur de Joe Biden en faveur de liens économiques plus étroits avec la Chine, en comparaison, c'est peut-être M. Biden que Pékin craint dans la défense des valeurs démocratiques.

"Non pas parce que Trump portera moins préjudice aux intérêts de la Chine que Biden, mais parce qu'il portera certainement plus préjudice aux États-Unis que Biden"estime un analyste

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Joe Biden pourrait bien promettre de le faire avancer sur la question des droits de l'homme.

Il pourrait aussi adopter une position plus souple sur les droits de douane et serait bien plus disposé à rechercher une coopération sur des questions comme le changement climatique, que la Chine pourrait éventuellement exploiter et utiliser à son avantage.

Mais les dirigeants chinois ne pensent pas en termes de cycles électoraux, ils envisagent la fin d'une époque où l'Amérique s'affirme comme le champion des valeurs universelles. Exactement ce qu'ils craignent le plus.

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