Après 41 ans au pouvoir, Denis Sassou Nguesso en lice pour un nouveau mandat à la tête du Congo

    • Author, Ousmane Badiane
    • Role, Digital Journalist BBC Afrique
  • Temps de lecture: 9 min

A 82 ans, Denis Sassou Nguesso est candidat à l'élection présidentielle du 15 mars pour un nouveau mandat de cinq ans qui serait, selon la Constitution actuelle, son dernier.

L'un des plus anciens dirigeants africains en exercice, son parcours épouse presque à lui seul l'histoire politique contemporaine de la République du Congo.

Ancien militaire, Denis Sassou Nguesso cumule plus de quatre décennies au pouvoir, depuis 1979.

Il a dirigé le Congo de 1979 à 1992 avant de revenir au pouvoir en 1997 après une guerre civile. Élu en 2002 puis réélu en 2009, il s'est représenté en 2016 et 2021 grâce à une réforme constitutionnelle supprimant la limite d'âge et autorisant trois mandats.

Pour ses partisans, Sassou Nguesso est l'artisan de la stabilité et de la résilience du Congo, pour ses opposants, le symbole achevé d'un système politique verrouillé et corrompu.

Né le 23 novembre 1943 à Edou, dans l'actuelle République du Congo alors intégrée à l'Afrique équatoriale française, Denis Sassou Nguesso grandit dans un pays fraîchement indépendant où l'armée devient rapidement un acteur central de la vie politique.

Formé comme officier parachutiste au sein des forces armées congolaises, il gravit progressivement les échelons militaires et politiques. Membre influent du Congrès du Parti du Travail (PCT), formation dominante de l'époque, il s'impose au cœur du pouvoir révolutionnaire.

Quatre décennies de pouvoir

Ancien militaire, Sassou Nguesso accède au pouvoir en 1979, à la suite d'un coup d'État militaire et prend les commandes du pays sous un régime à parti unique.

Il dirige le pays jusqu'en 1992, avant d'être battu lors des premières élections pluralistes. Cinq ans plus tard, en 1997, il revient au pouvoir à l'issue d'une guerre civile qui plonge le Congo dans le chaos. Depuis, il n'a plus quitté la présidence.

Ses partisans voient en lui l'artisan de la stabilité et de la résilience du Congo. Depuis son retour en 1997, le pays n'a pas connu de nouvelle guerre civile.

Mais cette paix repose sur un appareil sécuritaire puissant et une armée loyale, accusés de réprimer l'opposition et de museler les voix contestataires.

Pour ses soutiens, Sassou Nguesso est le garant de la paix ; pour ses détracteurs, cette stabilité est obtenue au prix des libertés.

Denis Sassou Nguesso est souvent considéré comme un pragmatique. Durant sa première présidence (1979-1992), il a assoupli les liens du pays avec le bloc soviétique et accordé à des compagnies pétrolières françaises, américaines et occidentales un rôle dans l'exploration et la production pétrolières.

En 1992, il a abandonné le système du parti unique, ouvrant le Parti congolais du travail (PCT), au pouvoir depuis plus de vingt ans comme formation politique unique, à la compétition multipartite.

Durant treize ans, Sassou Nguesso gouverne un État aligné idéologiquement sur le bloc socialiste. L'armée et le parti unique structurent alors la vie politique congolaise.

La fin de la Guerre froide bouleverse cet équilibre. Sous pression interne et internationale, le pays s'ouvre au multipartisme. En 1992, lors des premières élections pluralistes, il est battu par Pascal Lissouba, marquant une alternance démocratique inédite.

Les tensions politiques dégénèrent en conflit armé en 1997. Après plusieurs mois de guerre civile, Denis Sassou Nguesso reprend le pouvoir en renversant Pascal Lissouba, avec le soutien d'alliés militaires et régionaux. Depuis ce retour, il dirige sans interruption le pays.

En 2015, une révision constitutionnelle controversée supprime la limite d'âge présidentielle fixée à 70 ans et porte à trois le nombre de mandats autorisés. Cette réforme lui permet de se présenter à nouveau en 2016 puis en 2021.

Avec plus de quarante années cumulées au pouvoir, il figure parmi les doyens des chefs d'Etat africains aux côtés de Teodoro Obiang Nguema Mbasogo et Paul Biya.

Cependant, le parcours de Denis Sassou Nguesso a aussi été marqué par l'ombre de la corruption. En avril 2007, les associations Sherpa et Survie, ainsi que la Fédération des Congolais de la diaspora, ont déposé plainte en France contre plusieurs dirigeants africains, dont lui et sa famille, pour recel de détournements de fonds publics.

En mai 2009, un juge français a ouvert une enquête visant à déterminer si ces responsables avaient acquis en France des résidences de luxe et des voitures grâce à des fonds publics détournés.

Connue sous le nom d'« affaire des biens mal acquis », cette procédure illustre la manière dont des ressources publiques africaines auraient été utilisées pour financer un train de vie fastueux en Europe.

Si Denis Sassou Nguesso n'a pas été condamné directement, son entourage reste au cœur des accusations, et le dossier continue de peser sur son image internationale.

Réélu à plusieurs reprises, Sassou Nguesso est accusé par l'opposition et les observateurs internationaux de verrouiller le système politique.

Les scrutins sont régulièrement dénoncés pour leur manque de transparence, tandis que la liberté de la presse et l'espace politique restent étroitement contrôlés.

Les critiques portent sur l'équité du processus politique et la limitation de l'espace démocratique.

L'absence de successeur clairement désigné entretient le flou sur la transition politique future dans un système largement construit autour de sa figure.

Le pouvoir rejette ces accusations et affirme garantir l'ordre institutionnel et la souveraineté nationale.

Pour sa défense, le président Sassou affirme qu'il ne restera pas « éternellement » au pouvoir, mais n'a pas désigné de successeur, alimentant les spéculations sur l'avenir politique du Congo.

Le paradoxe pétrolier

Sous sa présidence, le Congo est devenu l'un des principaux producteurs de pétrole d'Afrique subsaharienne. Les revenus des hydrocarbures constituent l'essentiel des ressources de l'État.

Cette richesse a permis la construction de routes, d'infrastructures publiques et la restructuration d'une dette longtemps écrasante. Pourtant, pour de nombreux Congolais, les retombées économiques restent limitées.

Malgré cette richesse du sous sol, près de la moitié de la population reste confrontée à la pauvreté, au chômage et aux inégalités sociales.

Ce contraste entre richesse nationale et précarité quotidienne nourrit un débat persistant sur la redistribution des ressources. Les critiques pointent la corruption et la gouvernance économique, tandis que le gouvernement met en avant les contraintes liées aux fluctuations des prix du pétrole et aux crises économiques mondiales.

La promesse de la stabilité

Pour ses soutiens, le principal acquis de son retour au pouvoir reste la paix. Depuis 1997, le Congo n'a plus connu de guerre civile majeure, dans une région pourtant marquée par l'instabilité.

Le pouvoir met en avant la reconstruction du pays et la continuité institutionnelle. Mais cette stabilité repose sur un appareil sécuritaire puissant et une armée loyale au régime.

Opposants et organisations de défense des droits humains dénoncent régulièrement des restrictions des libertés publiques, des arrestations politiques et un contrôle étroit de l'espace médiatique.

Ainsi, la stabilité congolaise apparaît comme un équilibre fragile entre sécurité et pluralisme politique.

Au-delà de la politique, Denis Sassou Nguesso appartient à une élite régionale influente en Afrique centrale.

Marié depuis 1969 à Antoinette Loemba Tchibota, il est père notamment de Denis-Christel Sassou Nguesso, figure politique montante, et d'Edith Lucie Bongo, ancienne Première dame du Gabon décédée en 2009 après son mariage avec le président gabonais Omar Bongo.

Ces alliances familiales ont longtemps renforcé son influence dans les équilibres politiques d'Afrique centrale.

Qui sont les candidats de l'opposition ?

Selon plusieurs observateurs, le chef de l'État part favori dans un scrutin marqué par une opposition divisée. Certains partis traditionnels ont choisi de boycotter l'élection, tandis que plusieurs figures politiques majeures sont absentes, certaines étant emprisonnées ou vivant en exil.

Six candidats de l'opposition sont néanmoins en lice pour ce scrutin.

Joseph Kignoumbi Kia Mboungou

Âgé de 73 ans, Joseph Kignoumbi Kia Mboungou est député du département du Lekoumou (sud-ouest) et dirige le parti La Chaîne. Il se présente pour la cinquième fois à l'élection présidentielle depuis 2002.

Lors du scrutin de 2021, il avait obtenu 0,62 % des suffrages. Sa campagne met l'accent sur la nécessité d'un changement politique et sur la diversification de l'économie, fortement dépendante du pétrole, ainsi que sur la lutte contre la pauvreté.

Uphrem Dave Mafoula

Économiste de 43 ans, Uphrem Dave Mafoula participe pour la deuxième fois consécutive à la présidentielle après sa candidature en 2021, où il était le plus jeune candidat et avait recueilli 0,52 % des voix.

Son programme repose principalement sur des réformes de gouvernance, la création d'emplois et la réduction des inégalités entre les régions.

Mélaine Destin Gavet Elengo

À 35 ans, Mélaine Destin Gavet Elengo est le plus jeune candidat de cette élection et se présente pour la première fois.

Ingénieur dans le secteur pétrolier, il se présente comme représentant d'une nouvelle génération politique. Sa campagne met en avant la transparence, l'indépendance de la justice et un développement économique plus inclusif.

Mabio Mavoungou Zinga

Ancien inspecteur des douanes et ex-député, Mabio Mavoungou Zinga, 69 ans, est candidat sous la bannière du parti Alliance, une coalition de groupes d'opposition.

Il promet notamment de lutter contre la corruption et de faire libérer deux figures de l'opposition, Jean-Marie Michel Mokoko et André Okombi Salissa, condamnés à 20 ans de prison après l'élection contestée de 2016 pour atteinte à la sûreté de l'État. Il s'agit de sa première candidature présidentielle.

Vivien Romain Manangou

Professeur de droit public âgé de 43 ans, Vivien Romain Manangou se présente comme candidat indépendant pour la première fois.

Il défend un programme axé sur des réformes institutionnelles, l'assainissement des finances publiques et la promotion de l'unité nationale.

Anguios Nganguia Engambe

Président du Parti pour l'action de la République, Anguios Nganguia Engambe, âgé d'environ 60 ans, participe à sa quatrième élection présidentielle consécutive après celles de 2009, 2016 et 2021.

Lors du dernier scrutin, il avait obtenu 0,18 % des voix. Son programme met l'accent sur la réduction des divisions politiques et le renforcement de la participation citoyenne.