Élections en RDC 2023 : un guide complet pour comprendre la présidentielle de décembre

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- Author, Ousmane Badiane
- Role, BBC Afrique
Plus de 40 millions d’électeurs Congolais sont appelés aux urnes pour un scrutin présidentiel le 20 décembre 2023. Elu en 2019, le président Félix Tshisekedi brigue un second quinquennat.
BBC Afrique vous propose un guide pour tout savoir sur l'élection présidentielle de décembre 2023 en République Démocratique du Congo.
Pourquoi vous intéresser à cette élection
De par sa superficie, la République Démocratique du Congo est le plus grand pays d’Afrique sub-saharienne. Avec une population estimée à plus de 100 millions d’habitants, ce pays à la taille de l’Europe occidentale regorge d’immenses ressources naturelles. Il possède 70% des réserves mondiales de coltan, un minerai très prisé pour la fabrication des téléphones portables, 30% de diamant ainsi que d’importantes quantités de cobalt, de cuivre et de bauxite.
Bien que son potentiel démographique représente un débouché important, le développement de la RDC est freiné par plusieurs facteurs dont la guerre dans sa partie Est qui a fait plus de 8 millions des morts en deux décennies. C’est l’un des conflits armés les plus meurtriers depuis la deuxième guerre mondiale.
Entre instabilité politique et coups d’Etats, c’est la première fois que la RDC organise des élections après le passage historique de pouvoir de manière pacifique entre l’ancien président Joseph Kabila et son successeur Félix Tshisekedi en 2019.

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Les candidats à la magistrature suprême

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Le 20 octobre dernier, la commission électorale nationale indépendante (CENI) a publié une liste provisoire de 24 candidats à l'élection présidentielle du 20 décembre prochain.
Une liste qui est finalement passée à 26 candidats après que la Cour constitutionnelle a rajouté lundi 30 octobre, deux candidatures qui n'étaient pas retenues par la CENI.
De 26, la liste des candidats est finalement passée à 22 après le désistement du candidat Delly Sesanga, qui a annoncé lors d'une conférence de presse dimanche 3 décembre à Kinshasa, son retrait de la course à la présidentielle et son ralliement au candidat Moïse Katumbi.
Ces dernières semaines, trois autres candidats dont l'ancien Premier ministre Augustin Matata Ponyo, avaient aussi décidé de se retirer de la course et de soutenir l'opposant Moïse Katumbi.

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Parmi les 22 candidatures enregistrées à ce jour , figure celle du président sortant, Félix Tshisekedi, au pouvoir depuis janvier 2019 et candidat à sa réélection.
Il aura comme principaux challengers plusieurs poids lourd de l’opposition comme Martin Fayulu, candidat malheureux à la présidentielle de 2018, le riche homme d’affaires Moïse Katumbi, ancien gouverneur du Katanga (sud-est) ainsi que le Dr Denis Mukwege, prix Nobel de la paix 2018 pour son action en faveur des femmes violées.
Il y a aussi l'ancien Premier ministre Adolphe Muzito, l'activiste Floribert Anzuluni ou encore Constant Mutamba proche du camp Kabila.
Le député Delly Sesanga a annoncé dimanche 3 décembre à Kinshasa, son désistement en faveur de Moïse Katumbi, qui serait selon lui, le « mieux placé » pour permettre à l’opposition de remporter la victoire à la présidentielle de ce 20 décembre.
« J’appelle tous mes soutiens à voter pour Moïse Katumbi afin de donner une chance aux idées que nous portons », a déclaré l'opposant face à la presse.
Avant lui, 3 autres candidats avaient déjà rendu publique leur décision de se retirer de la course et de soutenir Katumbi.
Dans une vidéo postée sur les réseaux sociaux (Facebook et X) le 19 novembre, l'ancien Premier ministre Augustin Matata Ponyo avait annoncé son ralliement au candidat Moïse Katumbi.
Matata Ponyo évoque notamment « la nécessité de maximiser les voix et surtout faire échec à la manœuvre du pouvoir », en présentant une candidature unique de l’opposition.
Il sera imité dès le lendemain 20 novembre, par deux autres candidats, Seth Kikuni et Franck Diongo, qui ont également décidé de renoncer à leur candidature au profit de Moïse Katumbi, leader du parti « Ensemble pour la République ».
Finalement, il n’y aura qu’une seule candidature feminine à cette présidentielle. Il s'agit de celle de Marie-Josée Ifoku Mputa, déjà candidate à la présidentielle de décembre 2018.
Joelle Bile dont la candidature avait été finalement validée par la Cour constitutionnelle après un rejet de la CENI, a annoncé vendredi 15 décembre son retrait de la course pour un ralliement au président sortant, Félix Tshisekedi.
Tout candidat devait présenter à la CENI un récépissé de paiement de 160 millions de francs congolais, un peu plus de 60 000 USD comme frais de dépôt de candidature non remboursables
Lors des dernières échéances électorales, les candidats devaient débourser la somme de 100 000 USD.
Voici la liste complète des 22 candidats :
Félix Tshisekedi
Moise Katumbi
Martin Fayulu
Denis Mukwege
Marie-Josée Ifoku
Noel Tshiani
Radjabho Tebabho Soborabo
Theodore Ngoy
Adolphe Muzito
Tony Bolamba
Jean-Claude Baende
Constant Mutamba
Justin Mudekereza
Georges Buse Falay
Rex Kazadi
Abraham Ngalasi
Nkema Liloo Bokonzi
Floribert Anzuluni
Patrice Mwamba
André Masalu
Joëlle Bile
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Le mode de scrutin
Depuis la modification de l’article 71 de la Constitution relatif au mode de scrutin présidentiel et l'adoption d'une nouvelle loi à la veille de la présidentielle de 2011, le président de la République est désormais élu à la majorité simple des suffrages exprimés au premier tour pour un mandat de cinq ans renouvelable une seule fois et non plus à la majorité absolue au second tour.
Le scrutin se tient quatre vingt dix jours avant l'expiration du mandat du Président en exercice.
Cette année, la présidentielle à un seul tour, sera couplée à l'élection des députés nationaux et provinciaux ainsi qu'à celle des conseillers communaux.

Les enjeux principaux de cette présidentielle

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Les élections générales 2023 se dérouleront sur fond de conflit dans l’est, de crise sociale et de crise de confiance entre pouvoir et opposition.
Les partis d’opposition soupçonnent le pouvoir de vouloir orchestrer une fraude électorale. Ils accusent le gouvernement de restreindre les libertés et l’espace démocratique ; accusations que le pouvoir rejette.
Les multiples assurances de la Commission électorale nationale indépendante (CENI) n’ont pas réussi à éliminer les inquiétudes de l’opposition. Les évêques de l’église Catholique réunis au sein de Conférence Épiscopale Nationale du Congo (CENCO) et les responsables de l’Eglise du Christ au Congo (ECC) ont récemment dit partager les inquiétudes de l’opposition.
Sur le plan social, les effets de la pandémie de Covid 19 et de la guerre en Ukraine continuent à se faire sentir sur le panier de la ménagère. L’inflation a réduit le pouvoir d’achat des citoyens ordinaires qui doivent maintenant payer plus pour les produits de première nécessité.
Selon les données officielles, le franc congolais s’est déprécié d’environ 15% à 20% par rapport au dollar depuis le début de l'année.
En RDC, les deux tiers des quelque 100 millions d'habitants vivent sous le seuil de pauvreté, fixé à 2,15 dollars par jour par la Banque mondiale.
Le président sortant Felix Tshisekedi a lancé plusieurs initiatives dans le but de soulager les souffrances des populations. Le programme de la gratuité de l’enseignement primaire et la gratuité des soins de santé pour les femmes qui accouchent dans les structures publiques font partie de ces initiatives.
Cependant, l’opinion reste partagée quant à l’efficacité de ces programmes sur toute l’étendue de la RDC.
La persistante crise sécuritaire à l’Est du pays

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Malgré la mise en état de siège des provinces du Nord Kivu et de l’Ituri depuis près d’un an, la situation sécuritaire reste préoccupante dans cette partie du pays. Des groupes rebelles comme le Mouvement du 23 Mars (M23), les forces démocratiques alliées (ADF) ou la CODECO continuent à mener des attaques contre des cibles tant civiles que militaires.
Conséquence: la RDC figure parmi les pays avec le plus grand nombre des déplacés internes dans le monde, avec près de 6,3 millions de personnes depuis mars 2022. L'ONU estime que le taux de la population en situation de déplacement forcé s'élève à 28% pour la province du Nord-Kivu et 39 % pour l'Ituri.
D’autres foyers de tensions ont émergé à cause des conflits intercommunautaires, notamment dans la province de la Tshopo, au Nord-Est, et dans la province de Maï-Ndombe, dans le Sud-Ouest du pays.
L’insécurité risque de perturber la tenue du scrutin dans certaines parties du territoire national. En Novembre 2023, la commission électorale a déclaré avoir perdu une trentaine d’agents victimes de noyade et des attaques des groupes armés lors de l’enrôlement des électeurs.
Le gouvernement congolais a récemment exigé le départ des troupes des pays de l’Afrique de l’Est d’ici la fin de l’année, les accusant de n’avoir pas réussi à mettre fin à l’activisme des groupes armés moins d’un an après leur déploiement.
Actuellement, la RDC est en pleine négociations avec la Communauté de développement de l’Afrique australe, SADC, pour un éventuel déploiement des forces armées des pays de la sous-région.
Entre-temps, l’armée congolaise et les casques bleus de l’ONU continuent à mener des opérations militaires dans les zones en proie à l’insécurité pour tenter d’y restaurer l’autorité de l’Etat.
Organisation et observation du processus électoral

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La Commission électorale nationale indépendante (CENI), est une institution d’appui à la démocratie. Elle est un organisme de droit public, autonome, permanent, neutre et doté de la personnalité juridique.
Composée de 21 membres, elle a pour mandat « de garantir des élections libres et démocratiques ».
La CENI a récemment été sous les feux des critiques qui reprochent à son président ce qu’ils qualifient de « proximité » avec le pouvoir en place. Ils disent craindre que l’appartenance de Denis Kadima à la même tribu que le président sortant, Félix Tshisekedi, n’impacte l’intégrité des résultats de la présidentielle.
De son côté, Monsieur Kadima a plusieurs fois répété que son institution tient à organiser des élections en toute transparence, dans le respect des principes démocratiques.
Sur invitation du gouvernement congolais, l’Union Européenne prévoit d’envoyer une mission d’observation électorale qui sera dirigée par l’eurodéputée suédoise Malin Björk.
Par le passé, l’Union Africaine, les confessions religieuses et les organisations de la société civile ont eu à déployer des observateurs pour suivre de près le déroulement du scrutin en RDC.
Le chronogramme de l’élection présidentielle en RDC















