Denis Kadima : en RDC, pourquoi y a-t-il une controverse sur la composition du bureau de la CENI ?

Prestation de srment du nouveau bureau de la CENI en RDC

Crédit photo, Reuters

Légende image, Denis Kadima (à droite) et son équipe ont prêté serment devant la Cour constitutionnelle.
    • Author, Pamela Amunazo
    • Role, BBC Afrique

Les nouveaux membres du nouveau bureau de la Commission électorale nationale indépendante CENI viennent de prêter serment ce mardi 26 octobre 2021 devant la Cour constitutionnelle à Kinshasa, la capitale.

Cette prestation de serment intervient quatre mois après la signature de l'ordonnance portant leur investiture par le président Felix Tshisekedi.

Seuls 12 membres sur 15 qui constituent ce nouveau bureau sont investis.

Trois postes réservés à l'opposition sont restés vacants (2e vice-présidence, Questure et un membre de la plénière). Cette nouvelle équipe a pour mandat d'organiser les élections de fin décembre 2023.

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D'où vient la controverse ?

Sur la liste des nouveaux membres du bureau, un seul nom a bloqué la machine pendant plusieurs semaines : Denis Kadima.

La loi congolaise donne aux confessions religieuses la responsabilité de choisir les candidats membres du bureau de la CENI.

Et selon cette loi, en cas de non consensus des partis, c'est le vote qui détermine le choix de candidats. Et sur les 8 confessions religieuses, 6 étaitent pour la candidature de Denis kadima. Il s'agit de l'église kinguambiste, de l'église orthodoxe du Congo, de la communauté islamique, de 'église du réveil du Congo, de l'armée du salut et de l'union des églises indépendantes du Congo

Mais le profil de Kadima était jugé problématique par les catholiques et les protestants, qui l'ont accusé d'être trop proche du président Félix Tshisekedi. Leur argument est soutenu par les députés de l'opposition qui, au parlement, n'ont pas soutenu la nomination de Kadima .

Le parlement de la RD Congo a approuvé la nomination de M. Kadima le 16 octobre, malgré l'absence de consensus des groupes religieux.

Le week-end dernier, le président Félix Tshisekedi a confirmé la nomination de M. Kadima et de 12 membres de la commission, malgré le différend.

Qui est Denis Kadima ?

Dénis Kadima est un expert en élections, démocratie et bonne gouvernance et a plus de 30 ans d'expérience professionnelle.

Sur le plan électoral, il a dirigé et appuyé plusieurs missions d'observation et d'évaluation et autres institutions.

Denis Kadima

Crédit photo, ASHRAF SHAZLY

Légende image, Denis Kadima

Le plus récent, en Côte d'Ivoire où il a conduit la mission conjointe avec le centre Carter lors de la présidentielle d'octobre 2020.

Après son investiture par le président Tshisekedi, Denis Kadima a twitté : "Merci au Chef de l'État pour m'avoir investi par ordonnance présidentielle en ce jour inoubliable".

Quelle est la réaction des leaders politiques ?

Le mouvement Ensemble pour la République, regroupement politique de l'ancien gouverneur du Katanga et allié du président Tshisekedi, Moise katumbi, avait menacé, il y a quelques jours, de quitter l'union sacrée si la candidature de Denis kadima est validé.

Avant de se prononcer définitivement, l'ancien gouverneur organise cette semaine à Kinshasa des consultations de son groupement politique.

La coalition Lamuka de l'opposant Martin Fayulu accuse le président Tshisekedi de préparer une fraude électorale et annonce dans les prochains jours des actions de terrain.

Quant au camp de l'ancien président Joseph Kabila, il dit ne pas être concerné par ce choix.

Il dénonce, cependant, ce qu'il qualifie de passage en force sur fond d'une dérive dictatoriale.

Augustin Kabuya, secrétaire général de l'UDPS, le parti du président Tshisekedi, dénonce ce qu'il qualifie de caprice des deux confessions religieuses.

"Si le chef de l'État a pris cette décision, c'est par rapport à la réalité. Notre pays est un pays laïc. Devant nous, il y avait huit confessions religieuses. Six s'étaient prononcées sur un candidat, et les deux autres avaient opté pour une autre voie, la voie de la terre brûlée. Ceux-là font leur caprice parce que Denis Kadima est un muluba du Kasaï. Nous sommes dans quel monde aujourd'hui ? Si les gens doivent fonctionner sur la base de leur appartenance tribale, c'est honteux ! Tout notre peuple est déterminé pour aller aux élections en 2023. » conclut-il.

A quoi peut-on s'attendre maintenant ?

Selon l'analyste politique congolais Christian Moleka, trois conséquences peuvent découler de l'installation du nouveau bureau de la CENI.

Premièrement, ce qu'il appelle une « scission de l'union sacrée qui verrait le retrait de Moise Katumbi et de quelques-uns de ses alliés ». Ce changement de rapport de forces au sein de la majorité présidentielle pourrait, selon lui, entraîner « éventuellement un réaménagement du gouvernement voire un changement total de gouvernement. »

Deuxièmement, il met en relief les contours d'une « alliance assez inédite » qui sont en train de se dessiner autour de Fayulu et Katumbi et le FCC de Kabila. L'analyste s'interroge cependant sur la viabilité d'une telle alliance face « aux agendas différents » et à la présidentielle de 2023 qui les opposera forcément.

Troisième conséquence, toujours selon lui « l'instabilité politique qui s'en suit ». « nous sommes entrés dans une période d'incertitudes qui peuvent mener à un processus électoral chahuté. » conclut-il.

La prochaine élection présidentielle en RDC est prévue pour 2023.

Qui sont les nouveaux membres de la CENI ?

Voici les 12 nouveaux membres de la commission électorale nationale indépendante, dont quatre sont des femmes. Les membres de l'organe électoral doivent être issus des partis représentés à l'assemblée nationale et de la société civile, conformément à la loi.

• Président : Kadima Kazadi Denis (Société Civile) ;

• Ilanga Lembow Bienvenu : Premier Vice-président (Majorité) ;

• Madame Nseya Mulela Patricia : Rapporteur (Majorité) ;

• Muhindo Mulemberi Vahumawa Paul : Rapporteur Adjoint (Majorité) ;

• Birembano Balume Sylvie : Questeur Adjoint (Majorité)

• Lupemba Mpanga Ndolo : Membre de la plénière (Majorité) ;

• Boko Matondo Fabien : Membre (Majorité) ;

• Ditu Monizi Blaise : Membre (Opposition) ;

• Bimwala Mampuya Roger : Membre (Société Civile) ;

• Ngalula Joséphine: Membre (Société Civile) ;

• Bisambu Mpangote Gérard : Membre (Société Civile) ;

• Omokoko Asamoto Adine D'or : Membre (Société Civile).