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USA-Afrique : que retenir de la première année du second mandat de Trump ?
- Author, Mamadou Faye
- Role, BBC News Afrique
Un an après le début du second mandat de Donald Trump, les relations entre les États-Unis et l'Afrique sont empreintes d'ambiguïté. Pour Washington, l'Afrique n'est pas une priorité diplomatique majeure, encore mois un partenaire stratégique global, mais plutôt un espace d'intérêts ciblés. La sécurité, l'économie et le contrôle migratoire structurent désormais l'agenda américain.
Cette approche s'inscrit dans la continuité du premier mandat Trump et rompt avec les discours de partenariat global, privilégiant une diplomatie transactionnelle, guidée par les intérêts directs des États-Unis. C'est ce que nous explique le professeur Bob Kabamba, politologue à l'Université de Liège en Belgique.
Selon l'universitaire, ce deuxième mandat de Trump comparé au premier mandat, durant lequel il n'avait pas du tout apporté d'innovations dans ses relations avec l'Afrique de manière générale, est complètement différent.
"Lorsque l'on regarde maintenant pour le second mandat, on se rend bien compte que la politique a radicalement changé et lorsqu'on relit les déclarations des uns et des autres, aussi bien les conseillers, ainsi que le département d'Etat et même le Pentagone, on se rend bien compte que l'Afrique n'est que la périphérie de la politique et des enjeux centraux de la politique des Etats-Unis", explique Pr Bob Kabamba.
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Sécurité : une présence ciblée, mais périphérique
Sur le plan sécuritaire, les États-Unis maintiennent une présence en Afrique, concentrée sur les zones jugées les plus sensibles. Du Sahel à la Corne de l'Afrique, Washington poursuit sa coopération militaire avec certains États, principalement dans la lutte contre les groupes djihadistes et la sécurisation de sites stratégiques.
Mais cet engagement reste limité. "La dimension sécuritaire est importante dans la logique de la politique américaine, mais elle demeure marginale par rapport à d'autres régions comme le Moyen-Orient, l'Europe ou l'Amérique latine", souligne le politologue Pr Kabamba. Pour l'administration Trump, l'Afrique reste ainsi un théâtre secondaire, traité de manière périphérique.
Économie : l'Afrique utile, mais pas prioritaire
Sur le plan économique, les États-Unis perçoivent l'Afrique avant tout comme un levier stratégique, et non comme une priorité commerciale. L'enjeu principal reste l'accès aux ressources clés : énergie, minerais critiques et sécurisation des chaînes d'approvisionnement, dans un contexte de rivalité croissante avec la Chine.
"En matière de commerce, il n'y a pas grand-chose", tranche le politologue Pr Kabamba. Washington cherche surtout à sécuriser ses approvisionnements énergétiques, en s'appuyant sur les pays producteurs de pétrole comme l'Angola ou le Nigeria, parmi d'autres fournisseurs africains des États-Unis."
Cette lecture économique ne peut toutefois être dissociée de la compétition géopolitique avec Pékin. "Les Américains constatent que la Chine prend de plus en plus de place sur le continent africain, notamment sur les enjeux liés aux minerais stratégiques comme le cobalt, le lithium ou d'autres terres rares", souligne Pr Kabamba.
Face à cette montée en puissance chinoise, les États-Unis tentent de réagir en multipliant les accords destinés à renforcer l'axe Washington–Afrique, au détriment de l'influence de Pékin. Une stratégie qui part avec un sérieux handicap. "La Chine a déjà une très grande longueur d'avance sur les États-Unis", observe le politologue.
Et le temps joue contre l'administration Trump. "Je ne pense pas que Donald Trump dispose de suffisamment de marge pour inverser la tendance en trois ans, alors que la Chine déploie cette politique depuis des années, voire des décennies", conclut-il.
Visas et migration : le véritable point de rupture
C'est sur le terrain migratoire que les relations entre les États-Unis et l'Afrique se crispent le plus. Le durcissement des politiques de visas visant plusieurs pays africains a suscité de vives réactions sur le continent, touchant aussi bien les gouvernements que les étudiants, les entrepreneurs ou les artistes. Des mesures largement perçues comme discriminatoires.
Face à ces restrictions, les marges de manœuvre africaines apparaissent toutefois très limitées. "Elles sont quasiment nulles", rappelle le politologue Pr Bob Kabamba, soulignant que la plupart des pays concernés "n'entretiennent ni des relations commerciales significatives ni des échanges stratégiques réellement bénéfiques pour les États-Unis".
Certaines réponses politiques, notamment au sein des pays de l'Alliance des États du Sahel (AES), se veulent réciproques, avec des restrictions annoncées à l'encontre des ressortissants américains. Une riposte essentiellement symbolique, selon l'universitaire. "Cela n'aura pratiquement pas d'impact. Très peu d'Américains se rendent dans ces pays", observe-t-il.
Selon lui, au-delà des protestations, les États africains disposent de peu de leviers concrets pour infléchir la politique migratoire américaine. Un déséquilibre qui illustre, plus que tout autre dossier, la nature asymétrique de la relation entre Washington et le continent.
Une concurrence géopolitique désormais assumée
Dans le même temps, la compétition internationale s'intensifie sur le continent africain. La Chine consolide ses positions économiques, la Russie renforce sa présence sécuritaire, tandis que la Turquie et les pays du Golfe multiplient les initiatives diplomatiques et commerciales.
Face à cette recomposition, les États-Unis n'entendent plus jouer les acteurs omniprésents. Washington accepte implicitement de ne plus être la puissance dominante en Afrique, préférant concentrer ses efforts sur des intérêts jugés essentiels. Une posture qui ouvre de nouvelles marges de manœuvre aux pays africains, désormais en position de diversifier leurs partenariats.
Ce rééquilibrage est accentué par le recul américain sur le terrain du développement. "La rupture avec l'USAID, pilier historique de la politique américaine en Afrique, a laissé un vide stratégique", observe le politologue Pr Bob Kabamba. "Les États africains n'ont dès lors d'autre choix que de se tourner vers d'autres pôles d'influence", ajoute-t-il.
Dans ce contexte, l'universitaire souligne l'affaiblissement durable de l'Europe, "qui n'a plus les moyens de sa politique africaine depuis des années". Par conséquent, de nouveaux centres de gravité s'imposent. "Sur les questions sécuritaires, l'attraction se fait de plus en plus vers la Russie ; sur le plan économique, la Chine reste le pôle dominant", analyse-t-il.
À cela s'ajoutent des acteurs émergents. "Sur le terrain commercial, la Turquie, mais aussi des pays comme l'Inde, cherchent à se repositionner pour capter leur part du marché africain dans plusieurs secteurs", précise Pr Kabamba.
Au terme de cette première année du second mandat de Donald Trump, le constat est clair : la relation entre Washington et l'Afrique est plus froide, mais plus lisible. Les États-Unis ne parlent plus de partenariat global, mais proposent une coopération à la carte. Pour les pays africains, cette nouvelle donne impose des contraintes, tout en ouvrant d'autres opportunités dans un monde désormais multipolaire.
* Les propos du Pr Bob Kabamba ont été recueillis par Abdoulaye Wade de BBC Afrique Radio.