De la prestigieuse École supérieure polytechnique, à la ferme agricole intégrée : l'histoire fascinante de Madipa

    • Author, Abdou Aziz Diédhiou
    • Role, BBC News Afrique

Sur les réseaux sociaux, Madipa inonde ses followers de contenus taillés sur mesure. Au milieu des bêtes, elle donne des conseils sur comment lancer un business en partant de zéro, s'occuper d'une vache laitière, comment faire de l'embouche bovine, ovine, caprine ou comment entretenir un bassin piscicole entre autres.

Derrière Madipa, se cache l'histoire de Khadija Diaw, une jeune fille sénégalaise de 25 ans, étudiante en informatique à l'ESP (École Supérieure Polytechnique) de Dakar, qui a tout laissé tomber pour se lancer dans un business lucratif, voire très lucratif avec sa ferme dénommée Madipafarm.

La réputation de Madipa dépasse désormais Thiès, cette région située à 70 km à l'Est de Dakar, la capitale sénégalaise où elle habite.

Sur son compte TikTok, ils sont plus de 234 000 followers qui la suivent un peu partout du Sénégal et de l'étranger.

Madipa s'est fait un nom sur les réseaux sociaux à travers un contenu taillé sur mesure pour les jeunes qui cherchent à échapper au chômage, à l'oisiveté et à la pauvreté.

En deux ou trois minutes, elle apprend à ses followers comment vendre du lait et gagner un revenu net de 540 000 FCFA par mois, comment améliorer une race locale de volaille, de bœuf, de moutons ou de chèvres.

Preuves à l'appui, elle exhibe ses bêtes comme ces chèvres (Boer et Kalahari venues d'Afrique australe), ses vaches venues de France ou ses poulets issus d'un croisement entre les races locales et celles importées.

Lorsque BBC News Afrique la jointe au téléphone, un de ses collaborateurs nous a répondu ceci au bout de la ligne : ''elle est en train de faire des publications, elle vous rappelle à 17 heures''.

Une productrice de contenu inspirant

Les nombreuses vidéos de Madipa ne portent pas sur des marques de vêtements, de produits de luxe, encore moins d'enseignes célèbres.

Madipa n'est pas non plus dans les déhanchements audacieux pour drainer des vues comme le font beaucoup d'autres productrices de contenus en Afrique.

Chez elle, on parle business, d'entreprenariat, d'embouche bovine, d'embouche ovine, caprine, de races améliorées de bétail, de volaille où de la production de produits phytosanitaire pour l'entretien des cultures.

''L'entrepreneuriat, ce n'est pas une belle photo sur les réseaux sociaux, ce n'est pas le luxe ni la gloire, c'est un combat, un combat contre le doute, contre la fatigue, contre le manque'', a répondu Khadija Diaw.

''Chaque jour, tu te lèves pour te battre pas contre les autres, mais contre toi-même pour réussir'', a t-elle poursuivi.

Certaines vidéos mettent en exergue des exemples concrets de problèmes rencontrés par les jeunes entrepreneurs et la manière dont l'obstacle a été contourné.

''L'objectif est de vulgariser sur les réseaux sociaux ce que je fais pour inspirer les jeunes'', a t-elle soutenu.

Pour encourager davantage ses followers à se lancer dans l'entreprenariat, elle offre des formations en ligne à ceux qui sont intéressés.

''Je fais beaucoup de formations notamment sur l'embouche bovine, vaches laitières, pisciculture, embouche ovine et caprine, agriculture et gestion d'une ferme intégrée'', explique Madipa.

Elle organise parfois des débats en live en choisissant les thèmes comme par exemple, les difficultés d'accès au crédit pour les jeunes, les fonds de financement disponibles au Sénégal qui permettent aux participants de ''partager leurs expériences heureuses ou malheureuses'' et les voies et moyens qu'ils ont empruntés pour les contourner.

''Chaque 15 du mois, il y a environ cinquante personnes qui sont inscrites pour suivre ces formations en ligne à raison de 25 000 Fcfa par personne'' dit-elle.

Des débuts difficiles mais portée par sa conviction

Tout a commencé il y a huit ans au sein du garage familial. L'endroit s'est révélé très étroit pour contenir sa petite bergerie a-t-elle rappelé.

''Je suis allée à la recherche d'un espace plus grand pour en faire une ferme. Lorsque j'ai vu quelqu'un qui vendait son verger, j'ai monté un dossier pour obtenir un financement d'une banque, mais le financement m'a été refusé faute de garantie'', dit-elle.

Elle affirme également s'être rendue dans une agence mise en place par le gouvernement pour appuyer ce genre d'initiative afin d'obtenir un appui financier sans succès.

''Lorsque je suis arrivée dans cette agence, on m'a simplement demandé de laisser mon numéro et qu'ils allaient me rappeler. Jusqu'aujourd'hui, je n'ai pas reçu d'appel'' précise -t-elle.

Loin d'être découragée, elle affirme malgré ce refus, avoir été voir le propriétaire de la ferme en vente afin de lui proposer de la laisser exploiter en contrepartie d'un paiement par tranche du montant.

''À ma grande surprise, le monsieur a accepté. Il m'a dit être convaincu par mon sérieux et par la pertinence de mon projet'' dit-elle.

''Aujour'dhui, j'ai entièrement fini de payer cette ferme'' tient-elle à préciser.

''On doit construire sa réussite, brique par brique, échec après échec, douleur après douleur'' pense la jeune entrepreneur, productrice de contenus.

Sa présence sur les réseaux sociaux lui permet de ''motiver les jeunes, mais aussi de vendre'' sa production.

Les réactions positives des followers sont une source de motivation, citant le cas d'un vieux qui a passé beaucoup de temps à prier pour elle.

''La réaction de ce monsieur m'a rappelé mon père qui est décédé il y a quelques années. Mon père était un soutien fondamental pour moi, une personne qui m'encourageait dans tous mes projets. Aujourd'hui, il n'est pas là. Le fait de voir des jeunes, des personnes âgées tous prier pour moi ça me rend fière'' a-t-elle souligné.

La jeune dame a aujourd'hui une ferme intégrée d'environ 8 000 m2 où elle combine embouche bovine, ovine, caprine, volaille, production horticole et fruitière et pisciculture.

Devenir la ''reine de la viande'' un jour

Madipa rêve de devenir un jour ''la reine de la viande au Sénégal''. Elle affirme avoir été au Mali et en Mauritanie à la recherche de races de bétail et de volaille afin de faire des croisements pour améliorer la production locale de viande de beaufs, de moutons, de chèvres et de volaille.

C'est dans cet esprit qu'elle a fait venir d'Afrique australe une race de chèvres et de France, des vaches qui lui donnent beaucoup de satisfaction.

''Rien qu'avec la vente du lait, je fais un chiffre d'affaires de cinq millions de Fcfa net par mois'' dit la jeune dame qui affirme avoir ''cinq employés, tous des hommes''.

''C'est possible, ce n'est pas seulement réservé aux hommes l'entrepreneuriat dans l'agriculture, l'élevage de façon moderne, tout en restant connecté au monde'' soutient la fondatrice de Madipafarm.