Qui sont ces Afro Américains qui retournent en Afrique pour renouer avec leurs racines ?

Des Afro Américains en visite à l’île de Gorée au Sénégal

Crédit photo, ASPT SENEGAL

Légende image, Ils sont de plus en plus nombreux à quitter les États-Unis pour s'installer en Afrique.
    • Author, Ousmane Badiane
    • Role, Digital Journalist BBC Afrique
    • Reporting from, Dakar

Ils sont de plus en plus d'Afro-Américains, à la recherche de leur histoire et de leurs racines qui décident de quitter les Etats Unis pour s'installer définitivement en Afrique, sur les terres de leurs ancêtres et contribuer au développement de leur pays d'origine.

L'installation traduit surtout chez certains le besoin d'aller jusqu'au bout de la quête de leurs racines. Et cela commence souvent par un test génétique.

Profitant de l'appel lancé par l'ancien président du Ghana Nana Akufo-Addo, encourageant la diaspora africaine à visiter le pays, AdaEze Naja Njoku, ancienne militaire afro-américaine a saisi l'opportunité de sa vie.

" Je voulais savoir d'où je venais. Quand j'ai reçu mes résultats (test ADN), j'ai décidé aussitôt d'aller en Afrique. J'ai fait beaucoup de recherches avant de partir au Cameroun. J'ai voyagé en 2010 ", raconte Naja.

Pour elle, il s'agissait d'un retour à "la maison" et elle était sûre que son fils de 6 semaines avec qui elle s'était rendue au Cameroun, allait commencer sa vie du bon pied.

" J'ai reçu un accueil extraordinaire sur place. Ma nouvelle famille m'a confié la responsabilité de retrouver d'autres membres de notre parenté et de les ramener à la maison ", explique-t-elle.

Naja a entrepris le voyage au Cameroun avec Roots to Glory, une association basée dans le Maryland, aux Etats Unis, qui aide les Afro Américains, en particulier les descendants d'esclaves aux États-Unis, à se connecter avec leurs terres ancestrales et leur peuple.

" Il m'a fallu 7 ans pour trouver des cousins mais aujourd'hui j'en ai 30. Ils m'ont raconté l'histoire de leurs familles. Je suis Ibo, Peul et Yoruba. J'ai désormais trouvé une pièce manquante de mon histoire et de ma vie. Mes nouveaux parents m'appellent chaque semaine pour prendre de mes nouvelles. Ils me donnent un vrai sens de la famille ", dit-elle.

AdaEze Naja Njoku, cofondatrice d'African Royal DNA

Crédit photo, AdaEze Naja Njoku

Légende image, AdaEze Naja Njoku, cofondatrice d'African Royal DNA
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Dr Obadele Kambon s'est installé au Ghana en 2008 et ne l'a jamais regretté.

Cet Afro américain a quitté les États-Unis après avoir été victime d'un incident à caractère raciste, mettant en cause des policiers.

Le Dr Kambon a été arrêté et jugé à Chicago - où il vivait - après avoir été accusé par des policiers de détenir une arme à feu chargée sous le siège de sa voiture et d'avoir l'intention de tirer au volant.

En fait, il avait dans son coffre de voiture une arme à feu sans permis, utilisée plus tôt pour sécuriser un emplacement de camping.

Après avoir été innocenté par un tribunal, le Dr Kambon et sa famille ont déménagé à Accra, au Ghana, pour échapper à la brutalité policière et à d'autres formes de violence raciale aux États-Unis.

Dr Kambon, choqué par les accusations à l'époque, se souvient avoir juré de quitter les États-Unis, son pays natal : "Je ne me permettrai plus jamais d'être dans une juridiction où des policiers blancs corrompus et un juge me priverons de ma famille, ma femme et mes enfants sur un coup de tête".

M. Kambon qui s'est maintenant construit une vie prospère, se réjouit de vivre en liberté, chose qui, dit-il, lui a été refusée aux États-Unis.

 L'Afro-Américain Obadele Kambon s'est installé au Ghana en 2008

Crédit photo, Obadele Kambon

Légende image, Obadele Kambon s'est installé au Ghana en 2008 et enseigne maintenant à l'Institut des études africaines.

Depuis sa création en 2012, Roots to Glory, une association sous forme d'entreprise basée aux Etats Unis, dans le Maryland, a accueilli des centaines de voyageurs lors de pèlerinages sur mesure dans des pays d'Afrique de l'Ouest et d'Afrique centrale.

Cette association aide les Afro Américains, en particulier les descendants d'esclaves aux États-Unis, à se connecter avec leurs terres ancestrales et leur peuple.

"J'ai lancé Roots to Glory parce que je savais que des gens voudraient savoir d'où ils venaient après avoir fait des tests ADN " , confie à BBC Afrique la fondatrice de l'entreprise Ada Anagho Brown.

Ada Anagho Brown

Crédit photo, Ada Anagho Brown

Légende image, Ada Anagho Brown organise des missions de retour aux source en Afrique pour des milliers de descendants africains aux USA.

"Je suis originaire du Cameroun et j'ai grandi aux États-Unis depuis mon enfance. J'ai toujours été passionnée par la culture, en particulier la culture africaine. Je me sens à la croisée des chemins entre la culture américaine et africaine, et je comprends ces deux mondes.

" Il était donc naturel pour moi d'aider ceux qui recherchent leurs racines et leur histoire, afin de les reconnecter à leur héritage à travers le travail que nous faisons aujourd'hui. Nous menons des actions en faveur de l'Afrique et organisons divers programmes aux États-Unis, tels que des événements et des cérémonies de nomination. Tout ce que nous faisons a pour but d'aider les gens à mieux comprendre qui ils sont."

"Je considère le travail accompli par Roots to Glory comme une forme de réparation. Nous essayons de réparer ce qui a été brisé il y a de nombreuses années. Nous aidons les gens à retrouver leurs origines, et cela fait aussi partie des réparations. Nous permettons aux gens de récupérer leur nom, celui qui leur a été enlevé lorsque leurs ancêtres ont perdu le leur. C'est également une réparation. Nous les aidons à en apprendre davantage sur les ingrédients et les traditions culinaires de leurs ancêtres, car cela aussi fait partie des réparations. Il est essentiel que notre peuple dans la diaspora puisse comprendre le continent africain à travers le prisme de son peuple, de sa cuisine, de sa culture et de ses traditions."

Ada Anagho Brown, fondatrice de l’entreprise Roots to Glory

Crédit photo, Ada Anagho Brown

Légende image, Originaire du Cameroun, Ada Anagho Brown a grandi aux États-Unis depuis son enfance.

"De nombreuses personnes dans la diaspora cherchent un plan de secours, une stratégie de repli. C'est pourquoi de nombreux groupes achètent aujourd'hui des terres sur le continent. Pourquoi ? Premièrement, parce qu'ils ressentent le besoin d'être sur la terre de leurs ancêtres. Deuxièmement, ils veulent retrouver une communauté qui fonctionne ensemble, qui se comprend sans préjugés, sans fardeaux, mais avec amour et bienveillance. Je suis convaincue que lorsque la diaspora reviendra sur le continent, nous, en tant que peuple africain, serons beaucoup plus forts. Ensemble, nous travaillerons, nous grandirons et nous élèverons le continent vers un nouveau niveau."

Plus de 8.000 Afro-américains se sont ainsi découverts des racines africaines (Ghana, Bénin, Nigéria, Libéria, Sierra Leone, Cameroun) via ces tests ADN.

Beaucoup décrivent cette expérience comme une célébration du retour à la maison, une exploration culturelle et un éveil spirituel à la fois.

L'essor des tests ADN a été un moteur de croissance particulier pour les descendants africains cherchant à mieux comprendre les régions spécifiques ou les groupes ethniques dont leurs familles pourraient être originaires.

En raison de son histoire en tant que port clé pendant la traite des esclaves, le Ghana constitue souvent une étape importante dans les voyages de retour aux racines en Afrique.

Entre les 16e et 18e siècles, des dizaines de milliers de personnes réduites en esclavage par an passaient par des lieux comme le château d'Elmina, les dernières cellules de détention continentales avant d'être envoyées dans des navires vers l'Amérique du Nord et du Sud.

Aujourd'hui, des visites patrimoniales comme le "Voyage ancestral de la Porte du Non-Retour" de Kensington offrent des visites de ces sites historiques, accompagnées de rencontres avec des experts pour explorer les histoires des groupes ethniques et du patrimoine spécifiques des visiteurs, et en apprendre davantage sur leur migration, leurs coutumes et leurs cultures.

En 2000, le Ghana est devenu la première nation du continent à adopter une loi relative au droit de résidence et qui permet aux personnes d'ascendance africaine de demander et d'obtenir le droit de résidence permanente dans le pays.

Au moins 3.000 Afro-Américains se sont installés au Ghana depuis 2019, à la suite d'une campagne menée par le gouvernement ghanéen et baptisée "Année du retour".

Cette campagne coïncidait également avec les commémorations du 400e anniversaire de l'arrivée des premiers Africains réduits en esclavage à Jamestown, en Virginie.

126 membres de la diaspora africaine ont reçu la nationalité ghanéenne dans le cadre des célébrations de l'« Année du retour » au pays en 2019.

Crédit photo, PRESIDENCE DU GHANA

Légende image, En 2019, le gouvernement du Ghana a octroyé la citoyenneté à 126 membres de la diaspora africaine aux USA dans le cadre des célébrations de l'« Année du retour ».

47,2 millions d'Afro-Américains vivent aux États-Unis

Une étude du centre de recherche américain basé à Washington le Pew Research Center, publiée en février 2023, révèle que le nombre de Noirs américains vivant aux États-Unis a atteint 47,2millions en 2021.

Si les États du Sud continuent de voir croître le nombre de Noirs parmi leurs habitants, la population noire augmente également dans d'autres régions du pays.

Les nouvelles générations d'Afro-Américains entreprennent de plus en plus des visites qui les relient aux terres et aux cultures que leurs ancêtres ont été contraints de quitter.

Selon le groupe de chercheurs afro-américains, Trans-Atlantic Slave Trade Database, 388 000 africains auraient été débarqués en Amérique du Nord pendant la période de la traite négrière.