Massacre de populations civiles : la longue liste des génocides du XXe siècle à nos jours

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Le président américain accuse le Nigeria de ne pas protéger les chrétiens qui sont plus nombreux à être tués par des groupes islamistes qui sévissent dans la région.
Donald Trump a indiqué qu'il pourrait envoyer l'armée au Nigeria si le pays n'intervient pas en faveur des chrétiens.
Mais les groupes qui luttent contre les violences dans le pays ont indiqué qu'il n'y a pas de preuve que les chrétiens sont plus nombreux à être tués que les musulmans.
Selon le président nigérian Bola Tinubu, les problèmes de sécurité touchent les populations "de toutes les confessions et de toutes les religions", ajoutant qu'il existe une tolérance religieuse dans le pays.
Massacres, tueries en masse ou volonté d'anéantir l'autre du fait de sa race, de son ethnie ou de sa religion sont entre autres les aspects qui caractérisent un génocide. L'histoire de l'humanité est hélas jalonnée par des crimes de ce genre.
Dans cet article, nous allons revisiter les génocides qui ont marqué l'histoire contemporaine à partir du début du XX eme siècle, jusqu'à nos jours.
Certains de ces génocides ont été reconnus par les Nations unies, les tribunaux internationaux compétents en la matière et des Etats, tandis que d'autres font toujours l'objet de débats passionnés entre organisations de droits de l'homme, historiens et chercheurs en sciences sociales.
Qu'est-ce qu'un génocide ?

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La Convention des Nations unies pour la prévention et la répression du crime de génocide a été adoptée en décembre 1948.
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Ce texte définit le crime de génocide comme étant des « actes commis dans l'intention de détruire, intégralement ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux tels que : le meurtre de membres du groupe ; l'atteinte grave à l'intégrité physique ou mentale de membres du groupe ; la soumission intentionnelle du groupe à des conditions d'existence devant entraîner sa destruction physique totale ou partielle ».
Cette convention qui est l'un des principaux piliers du droit international condamne le crime de génocide qu'il soit commis en temps de paix ou en temps de guerre et rend imprescriptibles les peines prévues. La convention ne prévoit également aucune limitation de temps et de lieu en matière de poursuites judiciaires contre les auteurs de crime de génocide.
Depuis le début du XXème siècle, de nombreux génocides ont été commis par l'homme. La plupart ont été perpétrés par des régimes, tandis que d'autres par des entités plus ou moins organisées.
1- Namibie 1904-1908 : le génocide des Héréros et des Namas

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Les faits se sont déroulés dans l'actuel territoire de la Namibie. Appelé à l'époque Deutsch-Südwesafrika, (Sud-Ouest Africain allemand), la Namibie d'aujourd'hui a été une colonie allemande à la fin du XIXème siècle. Ce pays d'Afrique australe fait partie des quatre territoires accordés à l'Allemagne en 1884, à l'issue de la conférence de Berlin, après le Togoland (Togo et une partie de l'est du Ghana), Ostafrika (Tanzanie, Ruanda, Burundi) et Kamerun (Cameroun).
Perpétré sous les ordres du Général Lothar von Trotha à partir de 1904, le génocide des Héréros et des Namas s'inscrit dans un processus de conquête du territoire namibien par les troupes coloniales allemandes entre 1884 et 1911.
Selon les historiens ayant travaillé sur le sujet, ce génocide a causé la mort de 65 000 à 70 000 Héréros et de près de 20 000 Namas, soit respectivement près de 80 % du peuple Héréros et la moitié du peuple Namas.
Ayant eu lieu entre 1904 et 1908, le génocide des Héréros et des Namas est le premier génocide commis au XXème siècle. La recherche a établi l'existence d'un ordre d'extermination donné par l'Empire allemand en 1904, ce qui a conduit aux massacres des peuples autochtones Héréros et Namas.
C'est officiellement le 28 mai 2021 que l'Allemagne reconnaît pour la première fois avoir « commis des crimes de génocide » en Namibie et demandait pardon.
2- Empire Ottoman1915-1917: le génocide des Arméniens contesté par la Turquie

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Jusqu'à ce jour, son évocation fait l'objet de frictions et de tensions diplomatiques entre certaines capitales occidentales en général et la Turquie en particulier. Le massacre et la déportation de quelque 1,2 million d'Arméniens à l'époque de l'Empire Ottoman (devenue La Turquie), est le deuxième génocide intervenu au XXème siècle.
Perpétré par un gouvernement nationaliste Turc, le génocide des Arméniens a démarré officiellement le 24 avril 1915 alors que la Première Guerre mondiale faisait ravage en Europe.
A la tête de l'Empire Ottoman, le gouvernement nationaliste Jeunes-Turcs, a planifié l'élimination de tous les Arméniens présents en Anatolie. Des archives révélées plus tard ont permis de cerner l'objectif recherché, une volonté d'homogénéisation ethnique et religieuse d'un État-nation essentiellement turc et musulman.
Selon la documentation, dans la nuit du 24 avril 1915, qui deviendra la date commémorative du déclenchement du génocide, 650 intellectuels et notables arméniens de la capitale sont déportés en Anatolie, où ils seront assassinés. On estime qu'1,2 millions d'Arméniens ont été tués lors de ce génocide.
3- La Shoah (1941-1945), 6 millions de juifs massacrés par Hitler

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Dans la longue liste des génocides, la Shoa est certainement celui qui est le plus documenté et qui fait parler le plus au monde vu son ampleur et les moyens utilisés. Le massacre de 6 millions de Juifs lors de la Seconde Guerre Mondiale par le régime hitlérien fait l'objet jusqu'à nos jours d'écriture de livres, de documentaires et donc forcément est le génocide dont on entend le plus parler.
Décidé et mis en œuvre par Hitler et ses hommes, la Shoah ou Holocauste, a mobilisé des moyens énormes : rafles et déportation de millions de juifs des territoires occupés par les Allemands, création de camps de concentration, exécutions en masse, puis industrialisation des massacres avec l'utilisation de chambres à gaz dans les camps de concentration de Belzec, Sobibor, Treblinka et Auschwitz, tous situés en Pologne. L'objectif est d'exterminer tout un groupe humain – jusqu'au dernier de ses membres, les Juifs en l'occurrence, mais aussi les Tziganes et les Roms.
4- Cambodge 1975-1979 : la terreur des Khmers Rouges qui a fait près de 1,7 millions de morts

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Au Cambodge, près de 1,7 million de personnes ont été massacrés par le régime communiste des Khmers Rouges dirigé par Pol Pot.
Les Khmers rouges ont mené une insurrection communiste contre le gouvernement du prince Norodom Sihanouk pendant la guerre froide et ont mis en place un régime de terreur d'avril 1975 à janvier 1979. Le sanguinaire régime communiste de Pol Pot a exécuté ou laissé mourir d'épuisement ou de faim des centaines de milliers de Cambodgiens dans des camps de travail.
Bien que le terme de génocide ait été employé lors des jugements de certains dignitaires du régime sanguinaire, certains experts refusent de mettre les massacres des Khmers rouges dans la catégorie des génocides. Ils estiment que la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide définit ce dernier comme des crimes visant à détruire un « groupe national, ethnique, racial ou religieux ». Or selon eux, les crimes commis contre les Cambodgiens entre 1975 et 1979 l'ont été par d'autres Cambodgiens, rendant cette notion inopérante selon eux.
5- Génocide rwandais 1994 : 800 000 morts

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En Afrique, il restera sans aucun doute une des tragédies les plus sombres jamais déroulées sur le continent à la fin du XXème siècle.
Entre avril et juillet 1994, environ 800 000 personnes essentiellement des Tutsis et des Hutus modérés ont été massacrés au Rwanda.
Tout démarre le 6 avril 1994. Ce jour-là, l'avion transportant le Président rwandais Juvenal Habyarimana et le Président du Burundi, Cyprien Ntavymira, de retour d'Arusha Tanzanie est abattu à Kigali. Dans les heures qui suivent, des représailles contre les populations Tutsi, les leaders de l'opposition mais aussi les Hutus modérés sont lancés par des cercles proches du pouvoir d'Habyarimana.
En trois mois, des centaines de milliers de personnes femmes, enfants, vieillards, sont massacrés à la machette ou exécutés par des miliciens Interahamwe.
Il a fallu attendre la prise de la ville de Kigali par le Front Patriotique Rwandais (FPR) de Paul Kagamé le 4 juillet 1994, puis le contrôle total de la capitale deux semaines plus tard le 17 avril pour mettre fin aux massacres des civils tutsi.
Le Tribunal Pénal International pour le Rwanda (TPIR) créé à Arusha en novembre 1994 a condamné 61 personnes pour génocide et d'autres violations graves du droit humanitaire. Il a aussi été le premier tribunal international à reconnaître le viol comme arme de génocide.
6- Bosnie Herzégovine 1995 : le massacre de Srebrenica 8372 morts, qualifié de génocide

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Dans les années 90, l'ex-Yougoslavie est déchirée par une guerre des nations. La Croatie, la Bosnie Herzégovine qui déclarent leur indépendance doivent faire face à la Serbie qui la conteste militairement et aux minorités serbes vivants sur leurs territoires qui ont proclamé leur indépendance et leur attachement à la Serbie comme la Republika Srpska en Bosnie Herzégovine.
Cette nouvelle guerre des Balkans a fait plus de 100 000 morts en Bosnie-Herzégovine entre 1992 et 1995, principalement des Bosniaques musulmans. Plus de deux millions de personnes ont également été déplacées.
L'un des épisodes de ce conflit meurtrier en Europe centrale depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale se déroule dans une ville bosniaque, Srebrenica. Le 11 juillet 1995, 8.372 hommes et adolescents musulmans de Bosnie sont massacrés par des unités de l'armée de la République serbe de Bosnie, (Republika Srpska) sous le commandement du général Ratko Mladic, dans l'enclave de Srebrenica, pourtant déclarée « zone de sécurité » en vertu de la résolution 819 du Conseil de sécurité des Nations Unies.
La Cour internationale de Justice (CIJ) et le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie ont reconnu le massacre des musulmans bosniaques de Srebrenica comme un acte de génocide.
7- Irak : les Yézidis, la minorité visée par l'Etat islamique entre 5000 et 10 000 morts

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Alors qu'il s'était emparé d'une grande partie de l'Irak en 2014 dont la région de Sinjar où vivent plus de 60 % de la population yézidie, l'Etat islamique est accusée d'avoir commis des crimes de génocide à l'égard de cette minorité ethnique et religieuse d'Irak. Les combattants de l'EI ont forcé 200 000 Yézidis à abandonner leur terre natale, les femmes et les filles systématiquement violées ou faites esclaves sexuelles.
Des massacres d'une grande ampleur ont fait entre 5000 et 10000 morts ont été qualifiés de crime à caractère sexiste, racial et religieux, mais aussi de crime contre l'humanité et crime de génocide.
Au-delà de ces génocides dont la reconnaissance est largement partagée, il existe d'autres conflits dont l'ampleur des victimes interroge.
Birmanie : les persécutions des Rohingyas

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La minorité ethnique des Rohingyas fait l'objet de persécutions en Birmanie depuis plusieurs décennies. Privée du statut de citoyen depuis une loi de 1982 relative à la citoyenneté birmane, la répression des forces de l'ordre birmanes envers les Rohingyas s'intensifie à partir de 2012.
Une violente répression menée par le pouvoir de Rangoun est accompagnée de graves violations des droits de l'Homme et d'un exode massif des populations Rohingyas. Près d'un million de Rohingyas ont fui vers le Bangladesh et plus de 100 000 personnes ont cherché à s'installer dans les pays voisins ces dernières années.
Alors que certains qualifient de génocide la répression de cette minorité musulmane, d'autres refusent d'utiliser ce vocable. Les Nations unies quant à elles préfèrent qualifier de « nettoyage ethnique ».
Palestine-Gaza: 54 000 morts, une guerre qui interroge, des ONG qui parlent de génocide

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Depuis l'attaque du Hamas du 7 octobre 2023 qui a fait 1 200 morts israéliens, l'Etat hébreux mène une guerre sans merci pour anéantir le mouvement palestinien. On a dénombré quelque 54 000 morts côté palestinien, majoritairement des civils, des enfants et des femmes, selon les chiffres du ministère de la Santé du Hamas, jugés fiables par l'Onu.
Dans cette guerre en cours à Gaza, Israël avait bloqué l'aide humanitaire le 2 mars 2025 avant d'autoriser au compte-goutte l'entrée des camions chargés d'aides alimentaires dans l'enclave palestinienne plusieurs mois après.
Le blocage de l'aide humanitaire a exposé des centaines de milliers de palestiniens à la famine. Une situation qui a poussé des ONG internationales comme Amnesty International, Human Rights Watch et des rapporteurs des Nations unies à accuser Israël de « crime d'extermination et de génocide » dans la bande de Gaza.
Divers rapports des rapporteurs indépendants des Nations unies, établissent trois actes pouvant revêtir le caractère « d'actes génocidaires » commis par Israël : « atteinte grave à l'intégrité physique ou mentale, soumission intentionnelle à des conditions d'existence devant entraîner la destruction du groupe (blocage de l'entrée d'aide humanitaire) et des mesures visant à entraver les naissances ».
Des accusations rejetées en bloc par l'Etat hébreux qui affirme cibler les terroristes du Hamas et des autres mouvements palestiniens ayant pris part à l'attaque du 07 octobre 2023.














