Loic Kamwa « l’ambassadeur du maïs » au Cameroun

Crédit photo, Loïc Kamwa
- Author, Armand Mouko Boudombo
- Role, Journaliste- BBC Afrique
- Reporting from, Dakar
A 30 ans seulement, le camerounais exploite déjà 60 hectares de maïs, et rêve de tutoyer les plus grands producteurs du pays avant de conquérir l’Afrique avec la graine jaune et le poulet de chair.
Au vu de son âge, Loïc Kamwa fait autorité dans un secteur d’activité, dominé par des consortiums ou des entreprises présentes dans la filière depuis plusieurs décennies et qui boostent la production du pays à quelques 3 millions de tonnes de maïs par an.
En tant que privé et présent dans le secteur depuis seulement 7 ans, il compte à son actif 60 hectares mis en valeur, et 500 autres déjà acquis pour étendre son empire.
Profil atypique, le natif de Baham, petite ville de l’ouest du Cameroun, aide ses parents tous les week-ends dans leurs activités agricoles, alors qu’il poursuit son cursus secondaire et supérieur à Yaoundé.
Il est définitivement mordu par le virus de la culture de maïs alors qu’il est encore sur les bancs de la Paul Fokam Institute, l’école de management fondée par le richissime homme d’affaires camerounais, deuxième fortune d’Afrique Francophone, Paul Fokam Kamogne qu’il a d’ailleurs eu comme enseignant.
« Je me suis demandé comment Paul Fokam a fait pour devenir riche, et je me suis intéressé à lui, j’ai beaucoup lu ses livres dans lesquels il parle beaucoup d’agriculture, et de statistiques qui présentent le potentiel de l’agriculture en Afrique » explique Loïc Kamwa.
C’est l’école du richissime homme d’affaires camerounais qui, par le billet d’un partenariat, ouvre les portes de l’université d’Etat de New York à Canton, aux Etats Unis à Loïc Kamwa, et c’est là qu’il termine son master en administration des affaires, début 2016.
Loïc va essuyer des critique de la part de certains membres de la famille pour ce retour au pays, qu'ils assimilent à un manque d'ambition.
Mais lui, il ne considère pas cette orientation vers l’agriculture comme un changement de cap, mais plutôt comme un aboutissement de sa carrière.
« J’ai un master en Bussiness Administration, je suis chef d’entreprise, je suis agri preneur », lance-t-il avec un sourire en coin.

Crédit photo, Loïc Kamwa
Maison familiale en gage pour se lancer
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Avant son départ aux Etats Unis, son père qui est aussi entrepreneur lui offre ses 7 premiers hectares de terrain, à quelques 130 kilomètres à l’ouest de Yaoundé, espace sur lequel il se lance dans la culture de maïs, avant de l’élargir progressivement à 60 hectares.
« Quand je rentre au village, le confort n’y est pas, je faisais avec les moyens du bord, pas de route, mon activité n’est pas mécanisée, l’accès du site est difficile » témoigne le jeune entrepreneur.
Située près de la ville de Bafia, à la lisière entre la zone forestière du centre du Cameroun, et les savanes montagneuses de l’ouest du pays, la zone n’est desservie que par des routes rurales non bitumées, qui représentent encore 90% du réseau routier camerounais, à en croire les statistiques du ministère des travaux publics.
Les difficultés ne sont pas que techniques et pratiques, Loïc commet ce qu’il considère comme sa première erreur, en souscrivant à un crédit bancaire pour lequel son père a dû mettre en gage la concession familiale.
65 millions de francs CFA sont levés à l’occasion, et servent à l’achat d’un premier tracteur, à louer des pelleteuses pour le dessouchage des arbres qui jonchent le domaine.
« Mais il s’est avéré que le matériel dont le tracteur que j’ai acquis n’était pas de bonne qualité, il m’a fait perdre du temps et beaucoup d’argent, je me suis retrouvé à la case départ, j’ai dû restructurer le prêt, vu les aléas du climat dans la région » explique-t-il.
L’agriculture au Cameroun reste dominée par un outillage rudimentaire, à l’exception de quelques privilégiés et entreprises qui ont investi dans la mécanisation. Un projet gouvernemental visant à démocratiser « l’agriculture de seconde génération » depuis le début de la décennie dernière n’a pas prospéré.
« Ingénieur agronome » malgré lui

Crédit photo, Loïc Kamwa
A cela s’ajoute le manque d’expérience des ingénieurs et techniciens formés dans le pays.
Le Cameroun dispose d'une trentaine d'instituts supérieurs, de facultés de sciences agronomiques, d'écoles et collèges agricoles d'où sortent chaque années plus de 1000 diplomés, mais la formation reste en grande partie théorique, ou très peu expérimentale.
«La plupart des ingénieurs formés au Cameroun te disent que durant leur cursus, ils ont fait des champs expérimentaux sur des surfaces de 200 mètres carrés. Quant tu leur présentes une étendue de 60 hectares, 200, 500 hectares, ils sont plus surpris que toi » explique l'entrepreneur.
Il n’est donc pas surprenant de voir Loïc dégoulinant de sueur sur un tracteur pour préparer les sols en vue des semis. Il a dû se former « sur le tas », afin de pouvoir adapter ses connaissances et les réalités du terrain.
Ses journées, il les passe dans ses bureaux du quartier Etoug’Ebe dans le sixième arrondissement de Yaoundé, où il s’occupe plus du volet administratif de l’entreprise et de la gestion de la clientèle.
S’il n’y est pas, c’est dans son domaine de Bafia qu’il faut le trouver. Là-bas, machette à la main, il sillonne ses 60 hectares matin et soir, à pieds, à défaut de se consacrer à la planification des travaux, et aux commandes des pièces défectueuses de ses tracteurs, avec l’assistance de ses deux directeurs chargés l’un de la production végétale, et l’autre de la production animale.
Aujourd’hui patron de 14 employés permanents et d'une cinquantaine de saisonniers, l’entrepreneur déplore aussi la difficulté à trouver des semences de qualité et d’intrants, ce qui lui cause des pertes sur le terrain, et ne lui permet pas de véritablement adapter ses cultures par rapport aux saisons.
« Rendez-vous au sommet »

Crédit photo, Loïc Kamwa
C’est son slogan sur les réseaux sociaux, où il totalise près de 200 mille personnes qui le suivent sur plusieurs plateformes, dont quelque 109 mille abonnés sur sa chaine YouTube et 81 mille sur Facebook.
Sur ces canaux numériques, il se présente comme l’ambassadeur du maïs, car pour lui, l’échec n’est pas une option. Il n’hésite pas à présenter ses activités d’agriculture et d'élevage, afin d’inciter les jeunes à se lancer dans l’agrobusiness.
« D’ici 2050, il y aura deux milliards d’habitants en Afrique, il faudra les nourrir, et l’agriculture et l’élevage sont les métiers d’avenir », conseille-t-il régulièrement dans ses vidéos.
Un vaste boulevard qui s’offre déjà devant lui, d’abord dans son propre pays où la demande en mais est d’environ 3 millions de tonnes par an. Loïc Kamwa y apporte quelques 600 tonnes annuellement, qu’il vend principalement aux fabricants de provendes, aux ménages et à quelques fabricants de bouillies alimentaires.
Pour bien se positionner dans le vivier et capter plus de parts dans un marché dont les perspectives paraissent clairement plus importantes avec la politique gouvernementale d’import-substitution, il vient d’acquérir 500 nouveaux hectares de terrains, toujours dans les plaines du Mbam, dans le centre du pays, et il y va en cavalier solitaire.
« Je n’ai jamais reçu d’appui positif du gouvernement, parce que le premier que j’ai reçu s’est avéré très négatif, je préfère ne pas en parler ici», lance-t-il à la BBC, avouant tout de même que les programmes d’aide à l’agriculture ne favorisent que des petits projets, et qu’il importe de les améliorer.
Le gouvernement camerounais a récemment annoncé la création d’une réserve foncière de 400 mille hectares sur le corridor Batchenga- Ngaoundéré, à cheval entre les plaines du centre et le plateau de l’Adamaoua, afin d’inciter plus d’investissements privés dans l’agriculture et l’élevage.

Crédit photo, Loïc Kamwa
Loïc Kamwa ne compte pas y souscrire. Pour lui, il ne faut pas bruler les étapes. « Il ne sert à rien de sécuriser 2000 hectares et se retrouver sans moyens pour la mise en valeur, il faut y aller progressivement ».
Pourtant le jeune entrepreneur ne manque pas d’ambition, au contraire, il rêve de conquérir le continent. « Mon ambition c’est de mettre en valeur 50 mille hectares. Si j’arrive à ce niveau, je pourrai m’arrêter. Et là c’est pas seulement au Cameroun, mais c’est un déploiement dans plusieurs pays d’Afrique ».
Une extension qui, s'il l’atteint, fera de lui le producteur numéro 1 dans le pays, mais il devra d’abord se défaire des ténors comme Maïscam, une des principales entreprises privées qui, en 2020, exploitait quelques 2000 hectares de mais dans l’Adamaoua, et pour une production qui avoisine les 10.000 tonnes annuelles.
Ou encore les 350 hectares exploitées à Batchenga dans la région du centre du pays, par le général de brigade Ivo Desancio Yenwo, 78 ans, directeur de la sécurité présidentielle et l’un des plus proches collaborateurs de Paul Biya entre autres.
Le jeune entrepreneur compte aussi se lancer dans la transformation de mais en provende pour la nutrition des poulets, et de créer un centre d’abattage, afin de se faire plus de marges bénéficiaires.

Crédit photo, Loïc Kamwa
D’autodidacte à formateur
Avant l’extension effective sur le terrain, Loic Kamwa compte transmettre la flamme, à travers son "Agribusiness academy", un centre de formation mis sur pied dans les locaux de ses plantations de Bafia, et qui, dit-il, a déjà formé des centaines d’apprenants, issus de quatre nationalités africaines différentes.
Le centre est spécialisé dans le ficelage des projets, la production animale, la production végétale, la mécanisation agricole et la gestion de projets agricoles entre autres. Une suite logique de son livre « 10 clés pour réussir dans l'agrobusiness en Afrique » qu’il a publié en 2019.
Loïc Kamwa reste un exemple d'exode rural inversé. Alors que des milliers de jeunes choisissent de s'installer dans les villes pour faire des petits metiers, lui il fait chemin inverse pour rejoindre la campagne.
Le Cameroun est fortement touché par l’exode rural. Environ 700 villages du pays sont les plus touchés par le phénomène, selon une étude de l’ONG Stop exode rural publiée en 2015.
Ces villages ont pratiquement perdu 52% de leur population. Celle-ci est composée en grande partie de jeunes partis vers les villes. Les 48% de la population restante sont constitués de 25% de jeunes de 16-40 ans.
Ce qui reste une entrave au développement de l’agriculture, qui contribue pourtant à 22 % dans le PIB du pays, et aux efforts d’équilibrage de la balance commerciale.












