Comment un miroir peut aider à soulager les douleurs fantômes

- Author, Lilaafa Amouzou
- Role, Journaliste santé
Aziz Ikirri est un amoureux du football. Portant le maillot du Paris Saint-Germain floqué du nom de Hakimi, la star marocaine, il se prépare à aller rejoindre ses amis pour une partie de football.
« Après l'opération, c'était dur. Je ne pensais pas que je rejouerais un jour. Je ne voulais pas qu'on me voie. Je ne voulais rien faire », suite à une son amputation, Aziz Ikirri a sombré dans la dépression.
Il s’est éloigné de tout et de tous. Il ne pense plus pouvoir pratiquer l’activité qu’il aime tant : le football.
Taper dans le ballon, courir, défendre, donner des coups d'épaules à ses amis, semblent être de vieux souvenirs pour celui qui commence à perdre goût à la vie.
« C’est difficile de sortir de la dépression. Mais j'ai des amis qui m'ont encouragé à rejouer. Ils m'ont invité à venir voir leur équipe d'amputés », se souvient Aziz Ikirri. Il a retrouvé le goût de vivre grâce à ses amis mais aussi grâce à sa nouvelle équipe de football essentiellement composée d’amputés.
« Je les remercie car ce sont eux qui m'ont fait revenir au football », affirme le jeune homme. Aziz Ikirri a été amputé de la jambe droite il y a deux ans pour des raisons médicales.
« D’abord j'ai commencé à ressentir une douleur dans la jambe. Au bout d'un moment, la douleur a empiré. Quand je suis allé chez le médecin, il m'a dit que j'avais une infection bactérienne au niveau de la jambe. Il fallait l'amputer. Ils ont fait de nombreux tests et scanners qui ont confirmé la présence d’une bactérie », affirme-t-il.

La bactérie découverte par les analyses d’Aziz Ikirri s’appelle un staphylocoque doré. Il pénètre dans l’organisme, attaque la chair, qui affecte les muscles et peut s'étendre aux os.
Elle peut entraîner la mort si elle n'est pas traitée à temps. Dans la plupart des cas, lorsque les antibiotiques échouent, le membre est amputé pour empêcher la bactérie de se propager.
Membre inexistant, douleur bien réelle
A 22 ans, Aziz ne supportait pas l'idée de vivre le reste de sa vie amputé. Néanmoins, grâce au soutien de ses amis et un mental positif, il a pu sortir de son isolement. Mais aujourd’hui il doit toujours faire face à la douleur.
« Au début, juste après l'opération, je n'avais pas vraiment mal. Juste la douleur normale que l'on ressent après une amputation. Mais le cerveau met un peu plus de temps à oublier qu'il y avait une jambe à cet endroit. Parfois, je ressens une douleur dans mon pied qui n’est plus là. J'ai l'impression que toutes mes veines sont encore présentes. Je sens qu'elles sont toujours vivantes », affirme le jeune marocain.
L'impression qu'il y a encore un membre ou la sensation de douleur au niveau du membre manquant est courante. Les experts l'appellent "le membre fantôme" ou "la douleur fantôme".
La douleur fantôme est due au fait que le corps entier a une représentation dans le cerveau et que cette représentation demeure même après l'ablation du membre.
La personne dont le membre a été amputé continue donc à ressentir des sensations comme s’il avait toujours son membre intact.
Cependant, la douleur fantôme est différente du membre fantôme.

Crédit photo, Douleur fantôme
Le membre fantôme est la sensation qu'un membre qui a été enlevé est toujours là. La sensation peut ne pas être douloureuse, il s'agit simplement d'une conscience du membre comme s'il était là.
La douleur fantôme, quant à elle, survient lorsque vous commencez à ressentir une douleur, une gêne ou une sensation anormale dans le membre qui a déjà été enlevé.
Selon des recherches menées par l'Institut de chirurgie de l’université médicale militaire (États-Unis/Royaume-Uni), environ 60 % des patients souffraient encore de douleurs fantômes importantes deux ans après l'opération.
Les patients qui souffrent de douleurs fantômes se plaignent de diverses sensations, notamment des brûlures, des piqûres, des courbatures et des douleurs perçantes. Ces symptômes peuvent être déclenchés par des changements environnementaux, émotionnels ou physiques.

Les médecins affirment que cette douleur est réelle et qu'il ne faut pas l'ignorer.
Selon le Dr Fadoua Elargoubi Chirara, kinésithérapeute marocaine, « Beaucoup de gens pensent que la douleur fantôme est une douleur psychologique. Que c’est une douleur qui est dans la tête de la personne, et que ce n'est pas une vraie douleur. »
« Et c'est quelque chose qui traumatise beaucoup les patients quand on leur dit que la douleur est dans leur tête. La douleur n'est pas dans leur tête, elle est générée par leur tête, par la représentation de la partie du corps dans le cerveau. Mais la douleur est bien réelle », poursuit-elle.
Comment traiter un patient qui a une douleur dans une partie du corps qui n'existe plus ?
Il existe plusieurs méthodes pour traiter ou soulager les douleurs fantômes. Au Maroc, les physiothérapeutes se sont tournés vers les miroirs. Ces outils sont souvent associés à l’esthétique et pourtant, il est utilisé par le Dr Chikara.
Les médecins ont recours à la thérapie par miroir, qui consiste à réfléchir le membre restant sur un miroir pour traiter la douleur psychologique.
« Nous utilisons un miroir. Lorsque vous faites le mouvement et que vous regardez dans le miroir, vous trompez le cerveau sur la présence du membre et vous trompez le cerveau sur le fait que le mouvement que vous faites, vous le faites sur le membre manquant et ainsi vous êtes capable de soulager la gêne dans le membre manquant », explique la Kinésithérapeute.

Pour que la thérapie par le miroir fonctionne, les médecins disent qu'elle doit être appliquée pendant au moins 15 minutes par jour et pendant au moins un mois. Elle consiste en de petits exercices simples que le patient peut apprendre à faire seul. Cependant, les médecins affirment que cette méthode ne fonctionne que chez 80 % des patients.
« Si vous êtes sceptique, cela ne fonctionnera pas, mais si vous êtes positif et que vous essayez de ne pas convaincre votre esprit, cela fonctionnera », rassure-t-elle.
« N'oubliez pas que le traitement de la douleur fantôme n'est qu'une partie de la rééducation. En fin de compte, pour réhabiliter complètement une personne amputée, nous devons remplacer ce membre par un membre artificiel », précise Mme Chikara.
Un conseil qui n’est pas tombé dans l’oreille d’un sourd puisqu’Aziz envisage de maintenant de se faire poser une prothèse.
















