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Qu'est-il advenu du cessez-le-feu à Gaza ?
- Author, Daniel Wittenberg & Lara Owen
- Role, BBC World Service
Les forces israéliennes ont mené une série de frappes aériennes dans la bande de Gaza, deux mois après le début du cessez-le-feu, alors que les négociations sur sa prolongation n'évoluent pas.
Plus de centaines de personnes ont été tuées, selon le ministère de la Santé dirigé par le Hamas, qui a indiqué que des centaines d'autres étaient blessées. Des images ont montré que de nombreuses personnes étaient piégées dans les décombres et que des enfants figuraient parmi les morts.
L'armée israélienne a déclaré avoir atteint des « cibles terroristes » appartenant au Hamas. Plusieurs hauts responsables du Hamas ont été tués.
Après des semaines de calme relatif, cette journée a été l'une des plus meurtrières à Gaza depuis l'attaque du Hamas contre Israël le 7 octobre 2023 et le début de la guerre actuelle.
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Que dit l'accord de cessez-le-feu à Gaza ?
Le cessez-le-feu, qui a débuté le 19 janvier, était structuré en trois phases. L'accord prévoyait l'échange d'otages détenus par le Hamas à Gaza contre des prisonniers palestiniens en Israël, en plusieurs étapes, dans le but ultime de mettre fin à la guerre.
Au cours de la première phase, le Hamas a libéré 25 otages israéliens et les dépouilles de huit autres otages, en échange d'environ 1 800 prisonniers palestiniens. Dans le même temps, les forces israéliennes se sont retirées des zones habitées de Gaza, permettant aux palestiniens déplacés de retourner dans leurs quartiers.
Les négociations pour la deuxième phase devaient commencer le 4 février, mais elles n'ont finalement pas eu lieu.
La deuxième phase devait aboutir à un cessez-le-feu permanent, au retrait total des forces israéliennes et à la libération de tous les otages restants.
La troisième et dernière phase est censée permettre la restitution des corps des otages décédés et le début de la reconstruction de Gaza, qui devrait prendre des années.
Que s'est-il passé depuis ?
Depuis le 2 mars, Israël empêche toute aide humanitaire d'entrer dans la bande de Gaza, faisant pression sur le Hamas pour qu'il accepte une nouvelle proposition américaine de prolongation du cessez-le-feu, formulée par l'administration Trump.
Selon cette proposition, la moitié des otages serait libérée au début du cessez-le-feu et l'autre moitié à la fin.
Toutefois, le Hamas a insisté pour que les négociations de la deuxième phase se déroulent comme indiqué dans l'accord de cessez-le-feu initial qui avait, à l'époque, été supervisé par l'ancien président américain Joe Biden.
Les deux parties ne sont pas d'accord sur le nombre d'otages à libérer, ni sur le calendrier de retrait des troupes israéliennes de Gaza.
« Nous avons vu un certain nombre de propositions de la part d'Israël, du Hamas et des médiateurs, et toutes ces propositions ont entraîné un imbroglio », a déclaré Adnan El-Bursh, correspondant de BBC News Arabic à Gaza.
Le cessez-le-feu est-il terminé ?
Seul l'avenir nous dira s'il s'agit d'une opération israélienne limitée visant à faire pression sur le Hamas, dans le cadre des négociations, ou s'il s'agit du début de la reprise de la guerre.
Israël a accusé le Hamas d'avoir « à plusieurs reprises » refuser les propositions visant à prolonger le cessez-le-feu et à libérer les otages.
« À partir de maintenant, Israël agira contre le Hamas avec une intensité militaire croissante », a déclaré le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Oren Marmorstein.
M. Marmorstein a déclaré qu'Israël avait accepté des propositions concrètes pour prolonger le cessez-le-feu, mais que « le Hamas a dit non, et qu'il n'avait donc pas d'autre choix » que de lancer des frappes sur la bande de Gaza.
Lorsqu'on lui a demandé si les négociations sur le cessez-le-feu étaient « au point mort » à cause de ces attaques, M. Marmorstein a répondu que le cessez-le-feu avait pris fin il y a deux semaines et demie.
« Le cessez-le-feu a été convenu pour une période de 42 jours. Selon l'accord, il n'y a pas de transition automatique d'une phase à l'autre », a-t-il déclaré.
Le ministre israélien de la Défense, Israël Katz, a déclaré lundi que les combats à Gaza se poursuivraient « tant que les otages ne seront pas rendus et que tous nos objectifs de guerre ne seront pas atteints ».
Le Hamas a déclaré que les médiateurs devraient tenir Israël pour « entièrement responsable » de la « violation et de l'annulation » du cessez-le-feu.
Toutefois, les médiateurs ont toujours espoir de ramener les deux parties à la table des négociations.
« Le Hamas pourrait être prêt à libérer un certain nombre d'otages israéliens et à rendre des dépouilles d'otages défunts afin de reprendre les négociations », a rapporté Adnan El-Bursh, de BBC News Arabic.
Quelle est la situation humanitaire à Gaza ?
La reprise des frappes aériennes des Forces de défense israéliennes (FDI) a eu lieu pendant le mois sacré du Ramadan, alors que de nombreux habitants de Gaza prenaient leur « suhoor » - le repas matinal avant l'aube - en famille.
« L'alarme pour le suhoor n'avait pas encore sonné. Soudain, la maison s'est effondrée sur nous, les décombres tombant de toutes parts », a déclaré la famille Zain Al-Din à BBC News Arabic.
Le 2 mars, Israël a interrompu l'approvisionnement en nourriture, médicaments, carburant, électricité, et autres nécessités, des deux millions d'habitants de Gaza.
Avant même les dernières frappes, on estime que 70 % des bâtiments avaient déjà été endommagés ou détruits.
Le coordonnateur des opérations humanitaires de l'ONU pour les territoires palestiniens occupés, Muhannad Hadi, a qualifié la situation d'« inadmissible ».
« Les hôpitaux sont « débordés », des centaines de blessés arrivant en même temps », a déclaré à la BBC Nebal Farsakh, porte-parole du Croissant-Rouge palestinien basé en Cisjordanie.
Parmi les blessés figurent des personnes souffrant de brûlures et de fractures, dont beaucoup attendent encore d'être opérées, a déclaré Mohammed Zaquot, directeur général des hôpitaux de Gaza.
« Les attaques ont été si soudaines que le personnel médical disponible n'était pas en mesure de faire face à leur ampleur, et des équipes supplémentaires ont été appelées immédiatement pour apporter leur aide », a-t-il déclaré.
BBC Arabic s'est entretenu avec la sœur d'Ahmad Mo'in Al-Jumla, qui a été extrait des décombres d'un immeuble effondré avec de multiples fractures.
« Il attend toujours son tour pour entrer dans la salle d'opération - il attend par terre », a-t-elle déclaré.
Les FDI ont depuis émis des ordres d'évacuation à Gaza, conseillant aux habitants de se rendre à Khan Younis, dans le sud, ou dans les quartiers ouest de la ville de Gaza.
Qu'en est-il des otages israéliens ?
Le bureau du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a déclaré que l'une des raisons des frappes était « le refus répété du Hamas de libérer nos otages ».
Selon Israël, 59 otages sont toujours détenus à Gaza, et jusqu'à 24 d'entre eux seraient encore en vie.
Un groupe représentant les familles des otages a accusé le gouvernement israélien d'avoir choisi de « renoncer aux otages » en lançant de nouvelles frappes aériennes.
« La plus grande crainte des familles, des otages et des citoyens d'Israël est devenue réalité », a déclaré le Forum des familles d'otages et de disparus, qui a commencé à organiser de nouvelles manifestations en Israël
« Il n'y a pas de bonne option pour Israël », a déclaré Michael Oren, ancien ambassadeur d'Israël aux États-Unis, dans l'émission Today de la BBC Radio 4.
« Il s'agissait de choisir entre quelque chose de terrible et quelque chose de pire, car si vous exercez une pression militaire sur le Hamas pour qu'il libère les otages, il tirera en fait sur les otages ».
« En reprenant l'action militaire maintenant, Israël risque donc de condamner à mort les otages encore en vie ».
Le Hamas a accusé Israël d'être responsable de la mort des otages à Gaza et a déclaré que la décision du gouvernement israélien de lancer de nouvelles frappes a elle-même exposé les otages à « un sort inconnu ».
Comment les autres pays ont-ils réagi ?
Les États-Unis ont confirmé qu'Israël avait prévenu la Maison Blanche concernant ces frappes.
« Le Hamas aurait pu libérer des otages pour prolonger le cessez-le-feu, mais il a choisi le refus et la guerre », a déclaré Brian Hughes, porte-parole du Conseil national de sécurité des États-Unis.
L'Égypte, un autre des médiateurs des pourparlers, a qualifié les frappes de « violation flagrante » du cessez-le-feu et d'« escalade dangereuse », selon le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Tamim Khallaf.
La Chine est « très préoccupée » par la situation, selon le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Mao Ning, et a appelé les deux parties à « éviter de prendre des mesures qui pourraient conduire à une escalade » des tensions.
Le porte-parole du président russe Vladimir Poutine, Dmitri Peskov, a également déclaré que la situation était préoccupante et l'a qualifiée de « nouvelle spirale d'escalade des tensions ».
Le Secrétaire général de l'ONU, António Guterres, s'est dit « choqué » par les frappes et a appelé « fermement » au respect du cessez-le-feu.
Quelle sera la suite des événements ?
Analyse de Muhannad Tutunji, correspondant de BBC News Arabic à Jérusalem :
Les nouvelles attaques d'Israël visent à faire pression sur le Hamas pour qu'il accepte la proposition de l'Envoyé spécial américain au Moyen-Orient, Steve Witkoff, selon des sources au sein du bureau du Premier ministre israélien.
La reprise de la guerre bénéficie d'un soutien important au sein du gouvernement du Premier ministre Netanyahou, mais aussi parmi ses partenaires de coalition.
Avec l'arrivée d'Eyal Zamir à la tête des FDI, pour lequel M. Netanyahou avait déjà plaidé, il n'y a plus de forte opposition à ses projets au sein de l'armée, comme c'était le cas sous l'ancien chef d'état-major.
M. Netanyahou est actuellement confronté à des défis majeurs au sein de son gouvernement, notamment des divisions par rapport au budget national et la question controversée de l'enrôlement des juifs ultraorthodoxes dans l'armée.
Alors que les objectifs déclarés d'Israël pour la guerre à Gaza sont le retour des otages et l'élimination du Hamas, la reprise des combats permet également d'apaiser les alliés d'extrême droite de M. Netanyahu, contribuant ainsi à stabiliser son gouvernement de coalition.