Des déchets alimentaires transformés en protéine grâce aux mouches soldats noirs

Crédit photo, Innocent Buchu
- Author, Innocent Buchu
- Role, Pour BBC Afrique
Affecté par le coup et la quantité de déchets alimentaires qu’il devait jeter, Murhula Zigabe s’est spécialisé dans la transformation des déchets alimentaires en protéine pour l’alimentation de volaille, des bétails et des poissons grâce aux mouches soldats noirs.
Depuis plus de cinq ans, ce jeune entrepreneur de 29 ans cherche des solutions alternatives pour sauver la forêt du bassin du Congo, qui est un deuxième poumon du monde après l’Amazonie au Brésil. Nous sommes dans la ville de Bukavu, dans l’Est de la République démocratique du Congo.
‘’Cette forêt disparaît parce qu’il faut déboiser pour produire la protéine, pour répondre à la demande, pour nourrir la population mondiale. Il faut déboiser pour planter le soja, il faut déboiser pour produire les tourteaux palmistes.’’ délare-t-il à la BBC.
Ouvert avec cinq cages en bois, voilées des moustiquaires, à l’intérieur des morceaux des bois superposés pour l’éclosion des œufs des mouches soldats noirs. À côté, des bidons divisés en deux horizontalement contiennent des mouches dans des déchets.
Ici, Murhula ZIgabe avec son entreprise Briquette du Kivu convertit les déchets alimentaires en protéine. Il utilise un bio convertisseur, c’est-à-dire, un insecte connu au nom de mouche soldat noir qui réduit ce volume de déchets en protéine.

Crédit photo, Innocent Buchu
Pendant qu’il était encore étudiant, ce diplômé en philosophie et ancien aspirant à la prêtrise avait commencé par la transformation des déchets organiques en braise écologique dit la Briquette. Mais les familles qui lui apportaient les déchets ne faisaient pas le tri. Il était obligé de trouver lui-même un véhicule et un endroit où aller jeter tous les déchets qui ne lui étaient pas utiles.
‘’Ça devenait un calvaire pour moi de m’occuper de déchets que je ne pouvais pas utiliser. Alors j’ai fait des recherches pour essayer de voir si je pouvais utiliser ces déchets pour quelque chose d’autre, je suis tombé sur comment en Amérique du Nord, ils transformaient leurs déchets en protéine animale à travers les insectes et j’ai commencé à étudier les possibilités.’’ Explique-t-il.
Selon UN Habitat, en 2022, la ville de Bukavu a produit 898 tonnes de déchets solides ménagers par jour. Seul 7% des déchets a été collecté soit 62,22 tonnes. Il se pose ainsi un besoin urgent de rectifier le tir et de gérer les déchets de manière efficace et durable dans la ville, estime cette agence de Nations Unies.

Crédit photo, Innocent Buchu
Faire les poubelles
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Aujourd’hui, grâce aux déchets alimentaires, Zigabe produit une protéine écologique. Lui et son équipe font le tour des poubelles des hôtels, des poubelles des restaurants, des poubelles des marchés et des ménages pour ramasser tout ce qui est déchet alimentaire.
Dans le processus de transformation, les mouches soldats noirs ont une durée de vie de neuf à dix jours pendant lesquels, elles ne font que pondre des œufs. Ces œufs sont récoltés et mis dans une closerie pour donner lieu à des larves. Ces larves permettent de consommer les déchets et d’accumuler les protéines par métabolisme. Au bout de deux semaines, certaines larves sont recueillies et vont être données à des bétails, des volailles et à des poissons. Une autre quantité de larves est gardée pour continuer la colonisation pendant encore deux semaines de surplus pour qu’elles deviennent des pupes, c’est-à-dire en cette phase intermédiaire entre l’état de larve et celui de développement des ailes. Ces pupes sont encore récoltées et déposées dans les cages après une semaine, elle commence à sauter comme des mouches qui reprennent le même cycle de boire et de s’accoupler.
Plusieurs chercheurs dans la province du Sud-Kivu à l’Est de la RDC estiment que cette culture des mouches soldats noirs est une alternative à amplifier. Surtout, dans un pays comme la RDC ou la demande de la viande est élevée. Cependant, pour avoir la viande en quantité, il faut d’abord les nourrir et les élever.
‘’La briqueterie du Kivu nous donne une perspective, une potentialité d’avoir plus d’aliments pour nourrir nos porcs, nos poissons, nos poules qu’on peut produire intensément pour les livrer au marché et répondre à cette demande croissante’,’ souligne Ir Ashuza Mushika Oracle.
Pour ce théoricien agro-environnementaliste et de la production animale, si la briquette du Kivu trouvait les moyens nécessaires pour avoir des installations si grandes pour avoir une production à grande échelle, cela pourrait pallier la problématique dans le milieu. Il souligne également qu’une main d’œuvre assez efficace serait nécessaire pour utiliser un équipement sophistiqué comme celui recommandé à la production de larves.

Crédit photo, Innocent Buchu
Une production aussi écologique qu’économique
Les sources traditionnelles de protéines les plus connues à travers le monde, sont entre autres la farine de soja, la farine de poisson et les tourteaux palmistes. Pourtant, contrairement aux mouches soldats noirs, la production du soja demande un grand espace et beaucoup d’eaux à irriguer pour son accroissement. Pour produire les tourteaux palmistes, il faut la torréfaction. La torréfaction consomme beaucoup d’énergie et implique une pollution. La production de farine de poisson entraîne également une surpêche.
Dans son petit labo, Murhula produit 70 kg de protéines par semaine. Il n’arrive même pas à couvrir la moitié de la demande qui est surélevée dans la ville de Bukavu. Malgré cela, la protéine importée est la plus sollicitée dans la ville de Bukavu. Les personnes qui commandent chez lui, témoignent de la qualité de production qui augmente la taille des volailles et du bétail dans un bon timing.
Bonjo Alliance, l’une des clientes, l’a testé et a constaté le changement sur sa volaille. ‘’Les poules commencent à grandir et grossissent vite. En tout cas il y a du changement pour moi, c’est bon ! ’’ exprime-t-elle sa satisfaction tout en souriant. Ses clients à elle ont acheté presque tout son stock de poules.
‘’Voyez-vous, j’ai même vendu 13 poules. Et j’ai payé les frais de prime à l’école pour mes enfants. Moi-même j’en consomme parce que je ne peux pas passer la nuit sans manger alors que j’ai des poules… et le couteau.’’ Conclut-elle.
La briquette du Kivu emploie sept personnes pour son service de transformation des déchets alimentaires en protéine animale. Parmi elles, Ange Mungu Antabale, 25 ans, mère de 4 enfants. Ici, elle s’occupe de suivre tout le cycle de vie des mouches soldats noirs. Ce travail demande de l’endurance bien qu’elle l’aide à s’occuper de sa famille.

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‘’ Ce travail me plait. Si ça ne me plaisait, pas j’aurais déjà abandonné. Vous savez que nous les mamans nous n’avons pas la nausée. Des fois les gens affectés ici quand ils touchaient seulement les insectes, ils vomissaient’’ raconte-t-elle en souriant.
Pour Murhula Zigabe, le plus difficile, c’est l’entrepreneuriat. Tout ce qu’il rêve, c’est de voir cette activité grandir. ‘’Grandir c’est-à-dire être capable de produire une tonne de protéine par mois, être un grand centre de multiplication des mouches soldats noirs et faire en sorte que d’autres provinces de la république puissent avoir des petites unités de production’’ conclut-il !














