Voici les facteurs de risque de l'autisme

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- Author, Isidore Kouwonou & Awa Diop
- Role, BBC News Afrique
Sur son compte Tik tok "lemondedenaby", Mame Seye Thiam, une Sénégalaise vivant en France, poste des vidéos qui montrent comment son enfant, autiste, passe les journées, que ce soit à l'école ou à la maison.
Elle a décidé de consacrer tout son temps à son fils en l'encourageant à faire ses devoirs, la cuisine, à ranger sa chambre, à arroser les fleurs dans le jardin, bref à faire toute sorte de travaux ménagers pour être indépendants. Bien évidemment, elle rencontre quotidiennement des difficultés avec son enfant qui change d'humeur très souvent.
Mais Naby, la vingtaine, montre des signes d'amélioration et d'avancement qui renforcent la détermination de sa maman. « Quand tu lui apprends à gérer ses besoins quotidiens, tu ne fais pas que l'aider, tu lui donnes les clés pour s'épanouir dans un monde qui peut être déroutant », conseille-t-elle aux parents qui ont des enfants atteints de l'autisme.
Cette femme n'a pas pris la situation comme une fatalité, contrairement à d'autres parents qui semblent parfois être dépassés par les événements. Elle le dit à tous ceux qui veulent l'entendre: elle continuera à se battre pour que son enfant soit indépendant. Elle invite les autres parents d'enfants autistes à faire de même.
Elle ajoute que cela demande du temps et de la patience, mais que chaque progrès est une victoire puisqu'au départ, rien ne prédispose cet enfant aux exploits dans la société.
« C'est ma croix que je porte avec honneur et fierté », déclare Mme Thiam qui ajoute que l'autisme n'est pas une barrière, mais une partie précieuse de ce qu'est l'enfant.
Comme Mame Seye Thiam, de nombreux parents sont confrontés à cette situation dans laquelle ils sont obligés de composer avec des enfants qui sont différents des autres par leurs comportements.
Mme Ndiaye est une maman de trois enfants autistes. Elle décrit comment elle vit avec ses enfants. « C'est assez difficile, c'est un parcours du combattant », reconnaît-elle.
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« Au quotidien, il y a toutes les phases possibles. Parfois c'est la colère, d'autre fois la joie, des comportements qu'on ne comprenait pas, des stéréotypes, des bruits, des cris. Il y avait même de la violence et on ne savait pas exactement comment gérer. Mais en tant que parents, avec le temps, on connaît mieux nos enfants, on connaît mieux les réactions, on comprend mieux le moindre son ».
Avec les autistes, continue-t-elle, "on ne sait pas comment va être la journée. C'est toujours très difficile car ce sont des étapes à suivre. Mais avec l'apprentissage, on les a amenés dans une clinique spécialisée très chère. Mais quand même, on a eu beaucoup d'acquis. Ils ont commencé à prononcer des mots. Ils font même parfois des phrases ».
Mais l'autisme n'est pas une étiquette, c'est une manière unique d'être au monde. Derrière chaque regard, chaque geste, chaque silence ou éclat de rire se cache une sensibilité particulière. Ces enfants ont une force intérieure souvent méconnue.
Qu'est-ce que l'autisme ?

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L'autisme ou "Trouble du Spectre de l'Autisme" (TSA) est un trouble envahissant du développement caractérisé par un déficit relativement profond dans les domaines de l'interaction sociale, de la communication et de l'imagination avec des limitations et des stéréotypies comportementales, une restriction des intérêts et des activités.
L'autisme représente un ensemble de troubles. C'est pourquoi on parle de spectre, selon le Dr Salah Aisha Dieng, chef du service pédopsychiatrie de l'hôpital de l'enfant à Diamniadio au Sénégal. Chaque personne autiste est donc différente. L'utilisation du mot spectre permet d'intégrer toute la diversité des troubles et de signifier l'évolution possible de personnes au sein de ce spectre.
Les psychiatres parlent aussi de l'effet continuum du spectre autistique. « On peut dire qu'on a autant d'autisme que d'enfants atteints de l'autisme, car chaque enfant peut avoir une manifestation différente de l'autre », souligne la spécialiste.
Facteurs de risque
Les spécialistes dans le domaine s'accordent à affirmer qu'à ce jour, on ne peut pas parler de cause en ce qui concerne cette pathologie. "On n'a pas réussi à trouver ce qui peut engendrer l'autisme. Mais il y a des facteurs de risque. On en a plusieurs d'ailleurs", explique le Dr Dieng.
« Déjà, il y a beaucoup plus de cas de TSA chez les garçons que chez les filles. On observe environ quatre fois plus de TSA chez les garçons, ce qui amène certains spécialistes à suggérer que le sexe pourrait être un facteur de risque », fait savoir le médecin.
Cela est également lié aux parents de l'enfant. Selon le pédopsychiatre, si quelqu'un dans la famille a une fois fait de l'autisme, il y a plus de probabilité qu'un enfant fasse de l'autisme. L'âge des parents est également un facteur, ajoute-t-il. Plus l'âge des parents est élevé, plus il y a un risque de l'autisme chez l'enfant qu'ils mettent au monde.
Il existe également des antécédents périnataux, selon le médecin, tels que l'exposition à certains médicaments pendant la grossesse, la prématurité, ou encore des complications survenues à la naissance, comme l'hypoxie durant l'accouchement.
« L'environnement peut en être aussi un facteur parce que de nos jours, on remarque qu'il y a beaucoup d'enfants qui peuvent manifester des signes de l'autisme et qui ne sont pas forcément autiste, mais qui vivent dans un environnement donné. L'exposition aux écrans, entre autres, peut entraîner des signes de l'autisme », indique le chef du service de pédopsychiatrie de l'hôpital de l'enfant à Diamniadio.
Signes et manifestations de l'autisme

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En Afrique, beaucoup de communautés n'ont pas la connaissance de l'autisme. Les spécialistes ne sont pas aussi avancés dans les recherches concernant la pathologie.
Dans les cultures africaines, ces manifestations font l'objet d'une interprétation évoquant la malédiction et ou la présence des esprits impurs chez l'enfant ou la personne souffrant de l'autisme.
Mais l'Organisation mondiale de la santé classe l'autisme dans la catégorie des troubles psychiatriques suivant sa description clinique telle qu'elle a été élaborée par l'Association des psychiatres américains en 2000 et par l'OMS elle-même en 2014.
Ainsi chaque personne étant différente, chaque trouble étant spécifique, le spectre permet de définir une place selon différentes capacités concernant le langage, la perception, les émotions, les motrices. Il s'agit ici de trouble global et précoce du développement apparaissant dès le plus jeune âge.
« L'autisme peut se manifester de différentes manières. Mais classiquement, on a une difficulté d'interaction sociale de ces enfants atteints d'autisme. On a aussi une altération de la communication, que ce soit la communication verbale, mais également la communication non verbale », indique le Dr Salah Aisha Dieng.
Pour être beaucoup plus explicite pour la communication verbale, précise-t-elle, il y a des enfants qui peuvent avoir un retard de langage, qui ne parlent pas au moment où les enfants parlent d'habitude à l'âge de deux ans, qui ne peuvent faire des phrases simples, entre autres.
En outre, l'enfant « peut avoir une régression langagière, c'est à dire des enfants qui commencent à parler à l'âge de deux ans et à un moment donné ne parlent plus. Et ces enfants-là ont du mal à compenser ce retard de langage par la communication non verbale, c'est-à-dire à faire des gestes ou des mimiques pour se faire comprendre ».
En dehors de cette altération qualitative de la communication, ce sont des enfants qui ont également des caractères restreints, selon la spécialiste.
« Ils aiment des activités particulières. Ils ont des intérêts très restreints en fonction d'une activité, en fonction d'un penchant. Ce sont des enfants qui d'habitude n'aiment pas le changement. Ils ont une intolérance à la frustration et peuvent être hyper sensibles ».
Cette sensibilité est liée au bruit, au niveau alimentaire. Ce sont des enfants qui ont des fois beaucoup de difficultés à s'alimenter, beaucoup de difficultés à se faire comprendre.
Un diagnostic rapide peut aider l'enfant
Selon le Dr Salah Aisha Dieng, c'est le retard des soins qui explique le fait que certains enfants n'arrivent pas à remonter la pente.
« La représentation de la société fait qu'on pense que ce sont des enfants qui sont impolis, des enfants qui font exprès. Alors on prend beaucoup de temps avant de les emmener dans les hôpitaux spécialisés. Ça déjà, c'est un frein pour le diagnostic », fait-elle remarquer.
Elle ajoute que l'un des autres freins au diagnostic est que certains signes peuvent être confondus avec d'autres troubles associés, comme l'épilepsie ou le TDAH — le trouble du déficit de l'attention avec hyperactivité — ce qui peut brouiller l'identification des symptômes.
« Et ça fait que si vous n'allez pas consulter le spécialiste qu'il faut, on peut avoir une errance diagnostique. Des fois, les parents ne vont même pas à l'hôpital, mais restent chez eux et ça fait qu'il y a un retard à diagnostiquer ».
Selon le Dr Dieng, tout retard dans le diagnostic de l'autisme repousse d'autant les chances d'amélioration chez l'enfant.















