Coup d’Etat au Gabon : ce que nous savons de la situation

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- Author, Cherif Ousman Mbardounka
- Role, Journaliste BBC Afrique
Au Gabon, des militaires ont annoncé mercredi mettre "fin au régime en place", un coup d'Etat visant le président sortant Ali Bongo.
Juste après l'annonce officielle dans la nuit de la victoire d'Ali Bongo avec 64,27% des voix, un groupe d'une douzaine de militaires est apparu sur les écrans de la chaîne de télévision Gabon 24.
"Nous, forces de défense et de sécurité, réunies au sein du Comité pour la transition et la restauration des institutions (CTRI), au nom du peuple gabonais et garant de la protection des institutions, avons décidé de défendre la paix en mettant fin au régime en place", a annoncé un de ces militaires, colonel de l'armée régulière, dans une déclaration également diffusée par la suite sur la chaîne d'Etat Gabon 1ère.
Ils ont annoncé avoir "annulé" les élections générales du 26 août 2023 ainsi que les résultats "tronqués".
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Parmi les militaires figuraient des membres de la garde républicaine (GR), unité d'élite et garde prétorienne de la présidence reconnaissable à ses bérets verts, ainsi que des soldats de l'armée régulière et des policiers.
La réaction de l'opposition

La Plateforme Alternance 2023 a tenu le 31 août un point de presse devant les médias nationaux et internationaux. Une rencontre qui avait pour objectif de donner son point de vue face au coup d'État militaire qui a eu lieu le mercredi 30 août 2023 au petit matin au Gabon.
''Les forces de défense et de sécurité se sont dressées contre cette nouvelle tentative de coup d'état électoral et sont parvenues sans effusion de sang à l'empêcher'' a déclaré Mike Jocktane, le porte-parole d'Alternance 2023 qui félicite au passage les forces armées qui ont empêché par cet acte une nouvelle crise électorale dont les conséquences auraient été néfastes pour le pays et les citoyens.
Toutefois, Mike Jocktane, a revendiqué la victoire incontestable de Albert Ondo Ossa lors des élections générales du 26 août 2023.
''L'intérêt supérieur de la nation et la défense de ses intérêts fondamentaux nous commande de reprendre le processus de centralisation des résultats de l'élection présidentielle qui a été interrompu. Au terme de ce processus qui devrait se poursuivre sous la supervision de nos forces armées, le Professeur Albert Ondo Ossa verra sa victoire officialisée. La voie que nous indiquons est la voie de la raison et de la sagesse, c'est la voie de la démocratie et de l'état de droit. C'est la voie qui permettra au Gabon de se reconstruire'', déclare Mike Jocktane lors du point de presse.
Le porte-parole n'a pas manqué d'ajouter que ce retour au processus électoral épargnera le Gabon d'une crise plus grande que celle en cours.
Geoffroy Foumboula, membre de la société civile COPIL citoyen, a assisté à la conférence de presse de la Plateforme 2023.
''La plateforme invite les militaires à reprendre le processus électoral. C'est tout à fait légitime de leur part mais il faut que cette légitimité rencontre la légalité...La mission du point de vue légal des putschistes n'est pas de reprendre le comptage des voix. Ils ont dissout le CGE et la cour constitutionnelle mais ne peuvent pas se substituer aux institutions de la république pour faire le recomptage des voix et venir déclarer Ondo Ossa vainqueur. Ce n'est pas leur mission'', explique le représentant de la société civile qui demande aux acteurs politiques de prendre acte du coup d'état militaire, d'accepter que le Gabon soit aujourd'hui gère par des militaires et d'essayer de se rapprocher d'eux.
Les raisons du putsch

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Les militaires ont notamment estimé que l'organisation des élections n'avait "pas rempli les conditions d'un scrutin transparent" et ont dénoncé "une gouvernance irresponsable, imprévisible, qui se traduit par une dégradation continue de la cohésion sociale, risquant de conduire le pays au chaos".
Ils ont annoncé la dissolution de toutes les institutions du pays et la fermeture des frontières du Gabon "jusqu'à nouvel ordre".
Peu après la lecture de la déclaration des militaires, des tirs d'armes automatiques dans plusieurs quartiers de Libreville ont été entendus selon notre correspondant dans la capitale gabonaise. Ces tirs, sporadiques, ont rapidement cessé.
Le chef de la garde présidentielle, le général Brice Oligui Nguema, a quant à lui été porté en triomphe par des centaines de militaires, selon des images diffusées par la télévision d'Etat. Il a été nommé par la suite "président de la Transition" par les putschistes.
Ce coup d'Etat est intervenu en plein couvre-feu et alors que l'internet était coupé dans tout le pays, deux mesures décrétées par le gouvernement samedi avant la fermeture des bureaux de vote afin de parer selon lui à d'éventuelles "violences".
Internet a été rétabli peu après 07H00 GMT, selon des témoignages sur place.
Des populations en liesse

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Selon des images partagées sur les réseaux sociaux, les populations sont sorties en masse pour saluer cet acte des militaires. Plusieurs ont convergé vers le "Rondpoint de la démocratie" pour témoigner leur soutien à l'armée.
Dans le quartier populaire "Plein Ciel de Libreville", une centaine de personnes célébrait au son des klaxons. Ils ont salué et applaudi des policiers en tenue anti-émeutes au visage masqué.
A Port-Gentil, la capitale économique, sur la place du Château d'eau située dans un quartier populaire et bastion traditionnel de l'opposition, des centaines de personnes ont klaxonné en criant "Le Gabon est libéré", selon l'AFP.
Où se trouve la famille Bongo ?

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Le président Ali Bongo Ondimba est "en résidence surveillée" entouré de sa famille et de ses médecins, selon un communiqué lu à la télévision d'Etat par les militaires du Comité de Transition et de Restauration des Institutions (CTRI).
Noureddin Bongo Valentin, fils et proche conseiller du chef de l'Etat, "est aux arrêts".
Il a arrêté avec plusieurs autres personnes notamment pour "haute trahison contre les institutions de l'Etat, détournements massifs des deniers publics, malversations financières internationales en bande organisée, faux et usage de faux, falsification de la signature du président de la République, corruption active, trafic de stupéfiants".
Réactions à l'international
Les réactions internationales à ce nouveau coup d'Etat dans un pays d'Afrique francophone n'ont pas tardé.
Dans un communiqué publié mercredi, le président de la Commission de l'Union africaine (UA) "condamne fermement la tentative de coup d'Etat" au Gabon, et dénonce "une violation flagrante" des principes de l'organisation continentale.
Moussa Faki Mahamat "appelle l'armée nationale et les forces de sécurité à s'en tenir strictement à leur vocation républicaine, à garantir l'intégrité physique du président de la République (Ali Bongo Ondimba), des membres de sa famille, ainsi que de ceux de son gouvernement".
Même son de cloche du côté de l'ONU dont le secrétaire général "condamne fermement la tentative de coup d'Etat en cours" au Gabon, selon son porte-parole Stéphane Dujarric. Antonio Guterres "note avec une grande inquiétude l'annonce des résultats des élections dans le contexte d'informations concernant des violations graves des libertés fondamentales. Il a appelé les forces de sécurité à "garantir l'intégrité physique du président de la République et de sa famille".
La France également a réagi. Elle "condamne le coup d'État militaire qui est en cours au Gabon", a annoncé mercredi le porte-parole du gouvernement, Olivier Véran.
La Première ministre, Elisabeth Borne, avait dit dans la foulée que la France suivait "avec la plus grande attention" la situation, lors d'une réunion devant les ambassadrices et ambassadeurs de France réunis à Paris.
L'association française Survie, qui milite notamment contre la "Françafrique", a exhorté mercredi la France à "s'abstenir de tout interventionnisme militaire" au Gabon. Elle appelle la France à la plus stricte neutralité et en particulier à s'abstenir de tout interventionnisme militaire", a-t-elle déclaré dans un communiqué.
Le Kremlin également a indiqué suivre la situation au Gabon avec une "profonde préoccupation". "La situation au Gabon est un sujet de profonde préoccupation" a déclaré mercredi à Moscou à des journalistes le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov.
La Chine quant à elle, a appelé à "garantir la sécurité d'Ali Bongo".
D'autres réactions sont attendues dans les heures et les jours à venir.













