Guerre Ukraine - Russie : BBC Afrique répond à vos questions sur la cause du conflit, et son impact sur le continent et au-delà

Le président Zelensky qui rend visite à des troupes

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Légende image, Le président Zelensky qui rend visite à des militaires des forces ukrainiennes

L'invasion de l'Ukraine par la Russie le 24 février continue de faire peser des menaces sur la paix mondiale, avec l'implication de plus en plus marquée des Etats-Unis et de l'OTAN dans leur soutien à l'Ukraine.

Sur le plan économique, les conséquences de cette guerre se sont faites sentir assez rapidement avec la hausse du baril du pétrole et surtout celle du prix du blé. Avant la guerre, les deux pays représentaient 28,9 % des exportations mondiales de blé selon JP Morgan, et 60 % de l'approvisionnement mondial en tournesol - un ingrédient clé de nombreux aliments transformés - selon S&P Global. La Russie produit environ 11 % du pétrole mondial.

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BBC Afrique a sollicité des questions de la part de ses lecteurs sur le conflit Ukraine-Russie et son impact. Voici les réponses aux trois questions que nous avons choisies :

Quels peuvent être les impacts de la guerre Russie -Ukraine sur les pays de l'Afrique Occidentale et en particulier le Burkina Faso ? (Baga Mathias, Burkina Faso)

La guerre en Ukraine va provoquer le "plus grand choc sur les produits de base" depuis les années 1970, a averti la Banque mondiale.

Dans une nouvelle prévision, la Banque mondiale a indiqué que les perturbations causées par le conflit contribueraient à une hausse considérable des prix de produits allant du gaz naturel au blé et au coton.

La hausse des prix "commence à avoir des effets économiques et humanitaires très importants", a déclaré à la BBC Peter Nagle, co-auteur du rapport.

Selon lui, "les ménages du monde entier ressentent la crise du coût de la vie".

"Nous sommes particulièrement inquiets pour les ménages les plus pauvres car ils consacrent une part plus importante de leurs revenus à l'alimentation et à l'énergie, ils sont donc particulièrement vulnérables à cette flambée des prix", a ajouté l'économiste principal de la Banque mondiale.

Un client pointe du doigt le tableau de la station d'essence

Crédit photo, KAMBOU SIA

Les prix du pétrole ont déjà dépassé les 100 dollars le baril pour atteindre leur plus haut niveau depuis 2014.

"La hausse des prix des denrées alimentaires à l'échelle mondiale et celle des prix de l'énergie, qui font grimper l'inflation, constituent une double menace. Et lorsque les banques centrales réagissent en relevant les taux d'intérêt, cela devient une triple peine", a déclaré Charlie Robertson, économiste en chef mondial chez Renaissance Capital.

Mais le rédacteur en chef de la publication Africa Confidential, basée au Royaume-Uni, Patrick Smith, a déclaré que la guerre offrait d'énormes opportunités aux pays producteurs de pétrole et de gaz.

"L'Europe doit rapidement trouver des alternatives au gaz russe, et les alternatives les plus fiables se trouvent en Afrique. C'est une excellente occasion pour les États africains d'intervenir et de conclure rapidement de nouveaux accords", a-t-il ajouté.

Les budgets des pays producteurs de pétrole comme le Nigéria pourraient aussi bénéficier d'un coup de pouce grâce à la hausse des prix, mais le coût des transports risque d'augmenter pour les habitants du continent. Cela aura un effet d'entraînement sur les prix de presque tous les autres produits.

Le plus grand danger auquel l'Afrique est confrontée est la hausse probable des prix du pain, la Russie et l'Ukraine fournissant environ 30 % du blé mondial.

Le Fonds monétaire international (FMI) a mis en garde contre l'imminence d'une crise alimentaire susceptible de provoquer des troubles sociaux en Afrique subsaharienne, en révisant à la baisse ses prévisions de croissance pour la région, à 3,8 % contre 4,5 % initialement prévus.

Dans un rapport du CNUCED sur l'impact de la guerre en Ukraine sur le commerce et le développement, sur les 25 pays africains concernés par l'importation de blé, on trouve 4 pays de l'Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) que sont le Bénin, le Togo, le Burkina Faso, le Sénégal qui dépendent de l'importation de blé de ces 2 pays.

Le Bénin importe 100% de son blé de la Russie. Le Burkina Faso arrive en deuxième position des pays importateurs, avec 55 % de ses importations de blé en provenance de la Russie et 5% de l'Ukraine. Le Sénégal importe pour sa part 50% de son blé de la Russie contre 15% de l'Ukraine. Enfin, le Togo n'importe pas de blé de l'Ukraine, ses achats proviennent de la Russie à hauteur de 45%.

Un livreur de pain et sa cliente

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Les organisations humanitaires s'inquiètent du fait que la crise en Ukraine puisse pousser les donateurs à réduire le financement d'autres urgences, notamment les conflits et les sécheresses en Afrique.

''Nous sommes très inquiets que cela devienne une tendance, rendant l'accès aux soins de santé et aux autres services de base encore plus rare pour les personnes déplacées au Burkina Faso", déclare Safia Torche, directrice générale de Médecins du Monde au Burkina Faso.

Selon Grégoire Brou, directeur national d'Action contre la faim au Burkina Faso, environ 3 millions de personnes sont confrontées à une insécurité alimentaire dans le pays

Pourquoi la Russie attaque l'Ukraine ? (Clovis Ngadumu, Kinshasa - RDC)

L'objectif initial du dirigeant russe était d'envahir l'Ukraine et de renverser son gouvernement, mettant définitivement fin à son désir de rejoindre l'alliance défensive occidentale de l'OTAN. Mais il n'a pas réussi à s'emparer la capitale Kiev et a maintenant déplacé ses ambitions vers l'est et le sud de l'Ukraine.

Un mois après le début de l'invasion, la Russie a déclaré que son objectif principal était la "libération du Donbass" - faisant largement référence aux régions orientales de l'Ukraine, Louhansk et Donetsk. Plus d'un tiers de cette zone était déjà saisie par des séparatistes soutenus par la Russie dans une guerre qui a commencé en 2014, maintenant la Russie veut tout conquérir.

Bâtiment résidentiel du centre-ville bombardé vers 11 heures par les forces armées russes à Kharkov, en Ukraine, le 14 mars 2022.

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L'élément de langage sur la «dénazification» est toujours évoqué, mais les forces russes se concentrent désormais sur la saisie des deux grandes régions orientales et la création d'un corridor terrestre le long de la côte sud, à l'est de la Crimée jusqu'à la frontière russe.

Au-delà de ses objectifs militaires, la demande plus large du président Poutine est d'assurer la future neutralité de l'Ukraine. Les Ukrainiens ont offert cela en échange de garanties de sécurité de la part de leurs alliés, dans le cadre d'un vaste plan de paix présenté lors de pourparlers en Turquie.

Avant que l'Ukraine ne présente ses plans, la Russie a déclaré qu'elle envisageait une Ukraine "neutre et démilitarisée" avec sa propre armée et sa propre marine, à l'instar de l'Autriche ou de la Suède, qui sont toutes deux membres de l'UE. L'Autriche est neutre, tandis que la Suède est non alignée.

Pensez-vous que la situation de guerre en Ukraine puisse devenir incontrôlable, jusqu'à mener à un conflit militaire global ? (Bensalem, Algérie)

Le président Biden a toujours précisé que les États-Unis n'interviendraient pas directement dans la guerre en Ukraine. Il n'enverra pas de troupes américaines pour se joindre à la bataille.

Mais la vérité est que les États-Unis s'impliquent de plus en plus. Ils ont considérablement augmenté la fourniture d'armes à l'Ukraine ces dernières semaines. Malgré les avertissements russes, ils ont clairement indiqué qu'ils allaient en envoyer davantage. La semaine dernière, les États-Unis ont confirmé avoir fourni aux troupes ukrainiennes, pour la première fois, des canons d'artillerie obusiers et des radars anti-artillerie. L'Amérique veut voir la Russie vaincue.

bombardement en Ukraine

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Les responsables de la défense américaine affirment que sur les millions annoncés de nouveaux financements militaires, près de 332 millions de dollars (environ 203 775 500 000 FCFA) seront alloués à l'Ukraine.

Cela porte le total de l'aide américaine à la sécurité fournie à l'Ukraine depuis le début de l'invasion à plus de 3,7 milliards de dollars (environ 2 billions 270 milliards 666 millions 400 mille FCFA).

Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, estime qu'il existe un risque "sérieux" de troisième guerre mondiale à la suite de l'invasion de l'Ukraine par la Russie.

Dans une interview télévisée accordée à la chaîne russe Channel One lundi 25 avril, M. Lavrov accuse les pays de l'alliance militaire de l'OTAN de promouvoir une guerre "par procuration" en Ukraine en offrant des armes et de l'aide aux Ukrainiens. Selon le ministre russe, cela "jette encore plus d'huile sur le feu" - et affirme que tout doit être fait pour éviter une troisième guerre mondiale.

Cette déclaration de Lavrov semble corroborer la thèse de Paul Poast, politologue à l'Université de Chicago : « Dans le conflit ukrainien, les parties sont très claires. D'un côté, nous avons la Russie, avec l'aide de la Biélorussie, qui cherche à obtenir l'aide d'autres pays comme la Chine. De l'autre côté, l'Ukraine est soutenue par l'OTAN, les États-Unis et plusieurs autres pays du soi-disant Occident. Donc, dans ce sens, les camps et le champ de bataille sont très clairs. Il existe de nombreuses caractéristiques des éléments que vous recherchez lorsque vous essayez de dire que quelque chose est une guerre entre grandes puissances et, selon le nombre de grandes puissances impliquées, vous pouvez dire qu'il s'agit vraiment d'une guerre mondiale. »

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