Emmanuel Tolue : pour avoir restitué l'argent ramassé, il devient la risée de son village mais finit par recevoir les honneurs du président
Par Jonathan Paye-Layleh
BBC News,
Monrovia

Le président libérien George Weah a rendu hommage à un conducteur de moto-taxi de 18 ans qui a trouvé et rendu 50 000 dollars (36 000 livres sterling) à une femme d'affaires qui avait perdu l'argent dans la région de Nimba, au nord-est du pays.
Le président Weah a rencontré Emmanuel Tolue lors d'une cérémonie dans la capitale, Monrovia, lundi et lui a offert de l'argent et une bourse d'études.
Le président a salué le "sens exceptionnel de la moralité et du civisme" de M. Tuloe, qui est une source d'inspiration pour la jeunesse.
Le dirigeant libérien a promis de reconnaître et de décerner au jeune homme l'une des plus hautes distinctions du Liberia pour son honnêteté.
En outre, le président lui a donné 10 000 dollars ainsi que deux nouvelles motos "pour que vous puissiez améliorer votre situation et subvenir à vos besoins financiers".
M. Tolue, qui a abandonné l'école en septième année pour se lancer dans le commerce des motocyclettes, bénéficiera également d'une bourse d'études entièrement financée jusqu'au niveau universitaire.
Emmanuel Tuloe, 18 ans, a rendu 50 000 dollars (28 252 130 FCFA) après avoir entendu la propriétaire, Musu Yancy, lancer un appel à la radio.
Tuloe, qui a abandonné l'école en 7e année, conduit une moto-taxi pour gagner sa vie.
Ses amis se moquent de lui lorsque sa moto-taxi tombe en panne sur l'autoroute, lui disant qu'il n'aurait pas dû rendre l'argent.
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"Ils me disent que je ne deviendrai jamais riche de mon vivant, que parce que j'ai rendu une telle somme d'argent, je vivrai et mourrai pauvre", raconte-t-il à la BBC.
Tuloe a ramassé l'argent qui était emballé dans un sac en plastique et l'a confié à sa tante pour qu'elle le garde en sécurité avant d'entendre l'appel radio de Mme Yancy.
La femme d'affaires a récompensé le cycliste en lui donnant de l'argent et d'autres objets, dont un matelas qu'il a dit vouloir donner à sa grand-mère.
Tuloe dit avoir été menacé alors qu'il assistait à une fête chez Mme Yancy.
"Je suis parti et je suis rentré chez moi parce que dans la foule il y avait aussi des gens qui étaient en colère contre moi pour avoir rendu l'argent, ils m'ont même menacé, et donc en ce moment j'ai besoin d'une protection maximale", confie-t-il à la BBC depuis sa ville natale de Gbolor Dialla, à la frontière avec la Côte d'Ivoire.
Selon lui, ce sont seulement quelques amis qui l'apprécient et le remercient pour l'honnêteté dont il fait preuve.
Mais il a largement réussi à surmonter les brimades et la tentation de regretter son acte.
Tuloe exhorte les autres cyclistes à toujours rapporter les objets perdus et trouvés car ils "ne savent pas ce que l'avenir leur réserve".
La Commission libérienne anti-corruption se dit "profondément touchée par la sincérité de l'adolescent".












