Guerre Russie -Ukraine : Zelensky déclare que l'Ukraine est prête à discuter de la ''neutralité'' dans les pourparlers de paix

Crédit photo, EPA
Le président ukrainien annonce que son gouvernement est prêt à discuter de l'adoption d'un statut neutre dans le cadre d'un accord de paix avec la Russie.
Dans une interview accordée à des journalistes russes indépendants, Volodymyr Zelensky précise que tout accord de ce type devrait faire l'objet d'un référendum en Ukraine.
Il avait déjà fait des commentaires similaires auparavant, mais rarement avec autant de force.
A surtout lire sur BBC Afrique :
- Des études montrent que le papillomavirus humain peut également provoquer un cancer chez les hommes
- Nous sommes peut-être aux premiers stades d'une troisième guerre mondiale - Paul Poast
- Pourquoi un président a dû s'excuser pour une coupure de courant ?
- L'oscarisé Will Smith gifle l'humoriste Chris Rock sur scène
Cette nouvelle intervient alors que les négociations entre les deux pays doivent reprendre cette semaine en Turquie.
"Garanties de sécurité et neutralité, statut non-nucléaire de notre État. Nous sommes prêts à aller dans ce sens. C'est le point le plus important", souligne M. Zelensky lors de cet appel vidéo de 90 minutes.
La neutralité signifie qu'un pays ne s'allie pas militairement avec d'autres.
M. Zelensky indique que tout accord potentiel nécessiterait une rencontre en face à face avec le président Poutine et qu'il est indispensable de disposer de garanties de sécurité effectives pour que l'Ukraine ne soit pas attaquée.
Le dirigeant ukrainien - s'exprimant en russe tout au long du discours - ajoute que l'invasion de la Russie a provoqué la destruction de villes russophones en Ukraine.
Plus tard, dans une allocution vidéo diffusée dans la nuit à l'intention de sa nation, M. Zelensky affirme que l'Ukraine recherche la paix "sans délai".
Le président russe Vladimir Poutine exige depuis longtemps la neutralité de l'Ukraine et la garantie qu'elle ne rejoindra pas l'alliance militaire de l'OTAN. Après avoir obtenu son indépendance en 1991, au moment de l'effondrement de l'Union soviétique, l'Ukraine s'est progressivement tournée vers l'Ouest, c'est-à-dire vers l'Union européenne et l'OTAN.
Regarder :
Mais le dirigeant russe entend inverser cette tendance, considérant la chute de l'Union soviétique comme la "désintégration de la Russie historique". Il affirme que les Russes et les Ukrainiens ne forment qu'un seul peuple et refuse à l'Ukraine sa longue histoire.
Dimanche, l'autorité russe de régulation des médias, Roskomnadzor, a demandé à la presse de ne pas publier l'interview du dirigeant ukrainien et indique qu'"une enquête est ouverte afin d'identifier le niveau de responsabilité et la réponse qui sera apportée" aux personnes qui ont réalisé l'interview.
Le Roskomnadzor note que certains des médias qui ont réalisé l'interview sont désignés comme "agents étrangers" en Russie. Le pays a récemment adopté de nouvelles lois qui restreignent la manière dont les médias russes peuvent rendre compte de la guerre en Ukraine.
L'interview a été publiée par des médias désormais basés hors de Russie.

En savoir plus sur la crise ukrainienne
- ANALYSE : Quelle est la probabilité que le conflit entre la Russie et l'Ukraine dégénère en une guerre plus large ?
- POUTINE : Qui est le président russe qui a ordonné l'invasion de l'Ukraine ?
- ZELENSKY : De vedette de la télévision à chef de l'État, qui est le leader ukrainien ?
- MIEUX COMPRENDRE : Trois clés pour comprendre pourquoi l'Ukraine est si importante pour la Russie
- REACTIONS D'AFRIQUE : Quelle réaction des pays africains sur le conflit en Ukraine ?
Le chef du renseignement militaire ukrainien accuse Moscou de chercher à diviser l'Ukraine en deux, à l'image de la Corée du Nord et de la Corée du Sud, après l'échec de la Russie à prendre le contrôle de l'ensemble du pays.
Mais un conseiller principal du président Zelensky, Alexander Rodnyansky, confie à la BBC que l'Ukraine ne fera aucune concession sur la cession de territoires à la Russie.
"Nous ne sommes certainement pas prêts à céder un quelconque territoire ou à parler de notre intégrité territoriale", indique M. Rodnyansky à l'émission World at One de la BBC Radio 4.
"Si vous demandez aux personnes qui vivent dans ces régions, elles ne voudraient pas vivre en Russie. Comment pouvons-nous les laisser ? Sans parler de l'idée de découper notre pays en tranches."

Analyse
Paul Adams, correspondant diplomatique

La possibilité d'une neutralité ukrainienne n'est pas nouvelle. Elle est discutée par les officiels russes et ukrainiens depuis au moins deux semaines.
Mais la référence du président Zelensky est peut-être la plus explicite à ce jour.
Il est clair qu'il n'y a pas de place pour l'adhésion à l'OTAN dans une telle vision de l'avenir de l'Ukraine.
La suppression de cette aspiration de la constitution ukrainienne (elle a été ajoutée en 2019) devra faire l'objet d'un référendum. Le soutien à l'adhésion n'ayant jamais été aussi élevé, la pilule sera amère à avaler pour de nombreux Ukrainiens.
La clé sera de savoir quel type de garanties de sécurité peut remplacer l'appartenance à l'alliance occidentale.
Les responsables ukrainiens insistent sur le fait que les garanties devront être beaucoup plus spécifiques que le mémorandum de Budapest de 1994, qui donnait à l'Ukraine des garanties de sécurité en échange de l'abandon de son stock d'armes nucléaires.
L'Ukraine voudra connaître les conditions précises dans lesquelles les pays sont prêts à se porter à sa défense en cas de nouvelle agression russe.
Il existe de nombreuses versions de la neutralité. Il ne sera pas simple d'en trouver une qui réponde aux besoins concurrents de Kiev et de Moscou.
Et quelles seront réellement les frontières de l'Ukraine ? Le président Zelensky affirme que les troupes russes doivent se replier sur les positions qu'elles occupaient avant le début de l'invasion à grande échelle de Moscou, le 24 février.
Il affirme que l'Ukraine ne tentera pas de reprendre le Donbas ou la Crimée par la force, mais les responsables ukrainiens ne sont pas encore prêts à abandonner purement et simplement les territoires qui sont sous contrôle russe (direct ou indirect) depuis 2014.














