Guerre Ukraine - Russie : quelle réaction des pays africains ?

Le président du Sénégal, Macky Sall, le nouveau président de l'Union africaine, répond aux questions du président de la Commission de l'Union africaine, Moussa Faki Mahamat, à Addis-Abeba, en Éthiopie, le 6 février 2022.

Crédit photo, TONY KARUMBA AFP

Légende image, Le président du Sénégal, Macky Sall, le nouveau président de l'Union africaine, répond aux questions du président de la Commission de l'Union africaine, Moussa Faki Mahamat, à Addis-Abeba, en Éthiopie, le 6 février 2022.

L'invasion de l'Ukraine par la Russie continue de susciter des réactions dans le monde mais également sur le continent africain.

Avant même que la Russie ne lance son invasion, l'ambassadeur du Kenya au Conseil de sécurité de l'ONU avait déjà émis une forte condamnation dans un discours le 21 février.

Sa déclaration établit des comparaisons entre l'expérience africaine du colonialisme et la crise russo-ukrainienne.

"Nous comprenons que les personnes séparées puissent regarder avec nostalgie au-delà des frontières dans l'espoir d'une réintégration, mais le Kenya refuse qu'une telle aspiration soit poursuivie par la force", ajoute-t-il.

Il répondait à la décision de la Russie d'envoyer des troupes dans les régions séparatistes ukrainiennes de Donetsk et de Louhansk, et de les reconnaître comme des États indépendants.

La Russie a lancé son invasion à grande échelle de l'Ukraine trois jours plus tard, le 24 février.

Si les blocs régionaux que sont l'Union africaine et la CEDEAO ont depuis lors condamné l'invasion russe en Ukraine, les réactions ont varié d'un pays à l'autre.

Les délégués votent lors de la session d'urgence de l'Assemblée générale des Nations unies à New York, le 2 mars 2022, après l'adoption d'une résolution condamnant l'invasion de l'Ukraine par la Russie.

Crédit photo, AFP via Getty Images

Pas de front commun à l'ONU

Une résolution contre l'invasion russe a été adoptée mercredi le 2 mars avec une marge massive de 141 votes favorables sur les 193 États membres de l'Assemblée générale des Nations unies.

28 pays africains ont voté en faveur de la résolution condamnant l'invasion russe.

Quelque 17 pays africains se sont abstenus lors du vote à l'Assemblée générale de l'ONU.

Il s'agit de l'Afrique du Sud, de l'Algérie, de l'Ouganda, du Burundi, du Sénégal, du Sud-Soudan, du Mali et du Mozambique.

Les autres pays étaient le Soudan, la Namibie, l'Angola, le Zimbabwe, la Guinée équatoriale, la République centrafricaine, Madagascar, la Tanzanie et le Congo.

L'Érythrée est le seul pays africain à avoir voté contre la résolution.

8 pays africains n'ont pas voté, dont le Maroc.

Dans un thread Twitter mercredi, le ministère marocain des Affaires étrangères a déclaré :

"La non-participation du Maroc ne saurait faire l'objet d'aucune interprétation par rapport à sa position de principe concernant la situation entre la Fédération de Russie et l'Ukraine."

Le ministère a déclaré qu'il continue de suivre la situation avec inquiétude et préoccupation et qu'il appelle "à la poursuite et à l'intensification du dialogue et de la négociation entre les parties pour mettre fin à ce conflit."

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Bien que les résolutions de l'Assemblée générale ne soient pas contraignantes, elles ont un poids politique, rapporte l'agence de presse Reuters.

En réagissant à la guerre en Ukraine, certains pays africains comme le Sénégal et l'Ouganda invoquent leur adhésion au Mouvement des non-alignés, ou MNA.

L'Ouganda l'a cité comme la raison de son abstention à l'ONU.

Le MNA remonte à la guerre froide. Il est un forum composé de 120 pays en développement qui affirment leur indépendance face aux revendications concurrentes des deux superpuissances.

Une réunion tenue en 1961 a défini les critères d'adhésion au Mouvement. Elle a décidé que les pays membres ne pouvaient pas être impliqués dans des alliances ou des pactes de défense avec les principales puissances mondiales. Le Mouvement cherche ainsi à éviter que ses membres ne deviennent des pions dans les jeux de pouvoir de la guerre froide et se distancie des blocs de pouvoir occidentaux et soviétiques.

L'Union africaine appelle à un cessez-le-feu immédiat

Déjà la semaine dernière, le président en exercice de l'Union Africaine et président du Sénégal, Macky Sall, et le président de la Commission de l'Union Africaine, Moussa Faki Mahamat, ont exprimé "leur extrême préoccupation face à la très grave et dangereuse situation créée en Ukraine."

La déclaration a été publiée jeudi sur le site web et le compte Twitter officiel de l'Union africaine:

"Ils appellent la fédération de Russie et tout autre acteur régional ou international au respect impératif du droit international, de l'intégrité territoriale et de la souveraineté nationale de l'Ukraine.

Le président en exercice de l'Union Africaine et le président de la Commission de l'Union Africaine exhortent les deux parties à l'instauration immédiate d'un cessez le feu et à l'ouverture sans délai de négociations politiques sous l'égide des Nations Unies, afin de préserver le monde des conséquences d'un conflit planétaire, pour la paix et la stabilité dans les relations internationales au service de tous les peuples du monde", peut-on y lire.

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L'Union africaine s'est également déclarée préoccupée par les informations selon lesquelles des Africains en Ukraine se verraient refuser le droit de traverser la frontière pour se mettre en sécurité.

"Les rapports selon lesquels les Africains sont montrés du doigt pour un traitement différent inacceptable seraient choquants et racistes et violeraient le droit international", déclare l'UA dans un communiqué publié lundi.

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Dans une déclaration faite quatre jours plus tard, la CEDEAO, bloc régional ouest-africain, a également condamné l'invasion de l'Ukraine par la Russie and et a appelé au dialogue.

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La réponse du continent a été "relativement discrète", écrit Ebenezer Obadare, le Douglas Dillon Senior Fellow pour les études africaines au Council on Foreign Relations, basé aux États-Unis.

Parmi les raisons invoquées par l'analyste pour expliquer cette "réticence" figure l'intensification de la "cour que la Russie fait aux dirigeants africains" ces dernières années, y compris le renforcement du soutien militaire et du renseignement.

"Les dirigeants africains mettent peut-être en balance leur engagement philosophique en faveur de la souveraineté et de l'intégrité territoriale et le soutien matériel et militaire concret d'un dirigeant dont ils soupçonnent les intentions, mais dont le soutien sans conditions s'est avéré utile, écrit Obadare.

Le Mali, dont l'alliance croissante avec la Russie a aggravé les tensions diplomatiques avec ses partenaires occidentaux, n'a pas officiellement commenté la guerre.

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En savoir plus sur la crise ukrainienne

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Les combats entre l'Ukraine et les forces russes sont entrés dans leur neuvième jour

Crédit photo, Getty Images

Des Nigérians interdits d'aller combattre en Ukraine

Le Nigeria a déclaré qu'il ne permettrait pas à ses ressortissants d'être enrôlés pour combattre en Ukraine, où les forces russes bombardent les villes et font trembler les quartiers sous les tirs.

Cette déclaration fait suite à des informations faisant état du recrutement présumé de volontaires dans le pays pour combattre aux côtés de l'Ukraine.

Le ministère nigérian des affaires étrangères a déclaré que l'ambassade d'Ukraine avait nié tout rôle dans cet exercice présumé.

Mais l'ambassade a confirmé qu'un certain nombre de Nigérians l'avaient contactée pour lui faire part de leur volonté de participer à la guerre, selon une déclaration du ministère.

L'ambassade a également pris ses distances par rapport aux allégations selon lesquelles elle demandait 1 000 dollars (800 livres sterling) à chaque volontaire nigérian pour un billet d'avion et un visa.

"Le Nigeria décourage l'utilisation de mercenaires partout dans le monde et ne tolérera pas le recrutement, au Nigeria, de Nigérians comme mercenaires pour combattre en Ukraine ou ailleurs dans le monde", a déclaré le porte-parole du ministère.

Cette déclaration intervient quelques jours après que le Sénégal a mis en garde contre l'enrôlement de volontaires pour combattre les Russes en Ukraine.

Dans un communiqué, le ministère sénégalais des Affaires étrangères a déclaré que le recrutement de volontaires, de mercenaires et d'autres combattants étrangers était illégal dans le pays et puni par la loi.

Il a également ordonné à l'ambassadeur d'Ukraine de retirer une publication sur Facebook qui appelait les volontaires sénégalais à s'engager dans la guerre.

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Quelques déclarations de soutien à Poutine

L'ancien président sud-africain Jacob Zuma a soutenu le président Vladimir Poutine dans le conflit actuel en Ukraine, le décrivant comme un homme de paix.

Les nations occidentales ont imposé des sanctions punitives à la Russie, notamment le gel des avoirs étrangers de M. Poutine en raison de son invasion de l'Ukraine.

Le président sud-africain Jacob Zuma et le président russe Vladimir Poutine se serrent la main lors d'une réunion au sommet 2017 des BRICS dans la ville de Xiamen.

Crédit photo, Mikhail Klimentyev/TASS via Getty Images

Mais M. Zuma a déclaré que la décision de M. Poutine était "justifiable", selon une déclaration publiée par sa fondation.

"Nous avons tous besoin de paix dans ce monde. C'est pourquoi nous demandons instamment aux personnes concernées de rétablir la paix aussi rapidement que possible afin de sauver des vies", indique le communiqué.

M. Zuma a été chassé du pouvoir par son propre parti en 2018, le Congrès national africain (ANC), à la suite d'allégations de corruption. Il nie avoir commis des actes répréhensibles.

La semaine dernière, le puissant fils du président ougandais Yoweri Museveni, le lieutenant-général Muhoozi Kainerugaba, a également exprimé son soutien à l'invasion russe en Ukraine.

Le lieutenant-général Muhoozi Kainerugaba est le premier officier supérieur africain à se prononcer en faveur de la Russie.

Crédit photo, Getty Images

Légende image, Le lieutenant-général Muhoozi Kainerugaba est le premier officier supérieur africain à se prononcer en faveur de la Russie.

Il a tweeté que "la majorité de l'humanité (qui n'est pas blanche) soutient la position de la Russie en Ukraine".

"Poutine a tout à fait raison !" a-t-il ajouté.

"Lorsque l'URSS a stationné des missiles nucléaires à Cuba en 1962, l'Occident était prêt à faire sauter le monde à cause de cela. Maintenant, quand l'Otan fait la même chose, ils s'attendent à ce que la Russie agisse différemment."

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Avec le général soudanais Mohamed Hamdan "Hemeti" Dagolo, le général Kainerugaba est le seul officier supérieur africain à soutenir publiquement l'invasion russe en Ukraine.

On dit de lui qu'il pourrait succéder à son père, âgé de 77 ans, au pouvoir depuis 1986.

L'Union européenne a qualifié les propos du général d'"inacceptables".

"Nous condamnons cette déclaration. Nous attendons de la sensibilité et nous attendons des pays de cette région qu'ils s'alignent sur l'UE et les pays de même sensibilité et qu'ils adoptent la résolution des Nations unies condamnant l'attaque russe contre l'Ukraine", a déclaré Dionyz Hochel, le chef adjoint de la délégation de l'Union européenne dans le pays voisin du Sud-Soudan.

Dans une interview accordée à la BBC, le ministre ougandais des affaires étrangères a précisé que les déclarations du général Kainerugaba reflètent une opinion personnelle et non la position du gouvernement.

Le ministre a déclaré que le gouvernement ougandais donne la priorité à la diplomatie pour résoudre toute crise.

"Cette situation fait écho à notre histoire"

Avant même que la Russie ne lance son attaque jeudi dernier, l'ambassadeur du Kenya au Conseil de sécurité de l'ONU avait déjà condamné la décision de la Russie d'envoyer des troupes dans les régions séparatistes ukrainiennes de Donetsk et de Louhansk, et de les reconnaître comme des États indépendants.

Martin Kimani a comparé la crise ukrainienne au colonialisme en Afrique

Crédit photo, Getty Images

Légende image, Martin Kimani a comparé la crise ukrainienne au colonialisme en Afrique

"L'intégrité territoriale et la souveraineté de l'Ukraine sont violées. La charte des Nations unies continue de flétrir sous l'assaut incessant des puissants", affirme Martin Kimani dans un discours à l'ONU lundi 21 février.

"Nous comprenons que les personnes séparées puissent regarder avec nostalgie au-delà des frontières dans l'espoir d'une réintégration, mais le Kenya refuse qu'une telle aspiration soit poursuivie par la force", ajoute-t-il.

Sa déclaration établit des comparaisons entre l'expérience africaine du colonialisme et la crise russo-ukrainienne.

"Cette situation fait écho à notre histoire. Le Kenya et presque tous les pays africains sont nés de la fin d'un empire. Nos frontières n'ont pas été dessinées par nous-mêmes. Elles ont été tracées dans les lointaines métropoles coloniales de Londres, Paris et Lisbonne, sans aucun égard pour les anciennes nations qu'elles ont séparées", dit-il.

"Au moment de l'indépendance, si nous avions choisi de poursuivre des États sur la base de l'homogénéité ethnique, raciale ou religieuse, nous serions encore en train de mener des guerres sanglantes ces nombreuses décennies plus tard", ajoute-t-il.

"Au lieu de cela, nous avons convenu que nous nous contenterions des frontières dont nous avons hérité, mais que nous poursuivrions l'intégration politique, économique et juridique du continent", poursuit-il.

"Plutôt que de former des nations qui regardent toujours en arrière dans l'histoire avec une dangereuse nostalgie, nous avons choisi de regarder vers l'avant, vers une grandeur qu'aucune de nos nombreuses nations et aucun de nos nombreux peuples n'avait jamais connue", explique l'ambassadeur.

"Nous avons choisi de suivre les règles de l'Organisation de l'unité Africaine et la Charte des Nations unies, non pas parce que nos frontières nous satisfaisaient, mais parce que nous voulions quelque chose de plus grand, forgé dans la paix", précise-t-il.

Les commentaires de M. Kimani ont marqué un changement par rapport à la position précédente du Kenya au Conseil de Sécurité des Nations unies, où il s'abstenait de voter.

Le Gabon et le Ghana, qui sont également des membres non permanents de l'organe, ont condamné les actions de la Russie contre l'Ukraine le même jour.