AstraZeneca : la RDC rejoint les pays qui suspendent l'utilisation du vaccin et ce qu’en dit l’OMS

Les vaccins AstraZeneca sont stockés et préparés pour la vaccination au centre de vaccination de la région de Hovedstaden au Bella Center à Copenhague, Danemark, le 11 février 2021.

Crédit photo, EPA

Légende image, Le Danemark, la Norvège et l'Islande ont interrompu leur programme de vaccination jeudi.

La République démocratique du Congo (RDC) reporte le début de sa campagne de vaccination utilisant le vaccin d'AstraZeneca "par mesure de précaution". D'autres pays, dont la Thaïlande, la Bulgarie et la Norvège, ont tous interrompu leurs campagnes de vaccination ces derniers jours en raison de craintes liées à la sécurité, mais l'OMS affirme qu'il n'y a aucun lien entre le vaccin et un risque accru de développer un caillot sanguin.

Les autorités sanitaires de la République démocratique du Congo disent attendre les conclusions sur le lot du vaccin AstraZeneca qui serait lié aux troubles de la coagulation sanguine chez des personnes sur lesquelles il a été administré.

Le ministre de la Santé, le Dr Eteni Longondo, affirme qu'aucun lien n'a été "formellement prouvé" et que les experts sanitaires de la RDC ont pris la décision de reporter le début de la campagne de vaccination "par mesure de précaution".

"Ils rassurent la population congolaise que le Vaccin AstraZeneca est actuellement utilisé dans plusieurs pays y compris les pays africains et que dans plusieurs pays les données de surveillance collectés n'ont pas rapporté ces cas de troubles de la coagulation sanguine," explique le ministre dans un communique samedi.

La RDC avait prévu de lancer sa campagne de vaccination le lundi 15 mars dans les quatre provinces les plus touchées par la pandémie. Le pays a reçu 1,7 million de doses de vaccin d'AstraZeneca dans le cadre de l'initiative COVAX.

Le ministre de la santé a signalé qu'une nouvelle date pour le lancement de la campagne "sera annoncée incessamment, dès que les résultats des investigations déjà en cours aux niveaux national et international seront disponibles".

Le vaccin AstraZeneca est administré par plusieurs pays africains dont le Sénégal, la Côte d'Ivoire et le Nigéria.

Des efforts pour rassurer

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L'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) affirme vendredi qu'il n'y a "pas de raison de ne pas utiliser" le vaccin d'AstraZeneca contre le Covid-19. L'OMS encourage les pays à maintenir leurs programmes de vaccination en place.

"Oui nous devrions continuer à utiliser le vaccin d'AstraZeneca", déclare Margaret Harris, une porte-parole de l'OMS.

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Environ 5 millions d'Européens ont déjà reçu le vaccin d'AstraZeneca. Une trentaine de cas d'"événements thromboemboliques" - ou de formation de caillots sanguins - ont été recensés en Europe après l'administration du vaccin.

On a également signalé qu'un homme de 50 ans était décédé en Italie après avoir développé une thrombose veineuse profonde (TVP).

L'OMS enquête sur cela comme elle le fait pour toute question de sécurité, indique Mme Harris.

Mais aucune relation de cause à effet n'a été établie.

Vendredi, AstraZeneca affirme que le nombre de caillots sanguins enregistrés chez les personnes vaccinées était "significativement inférieur... à celui auquel on pourrait s'attendre dans la population générale. "

"Une analyse de nos données de sécurité portant sur plus de 10 millions d'enregistrements n'a montré aucune preuve d'un risque accru d'embolie pulmonaire ou de thrombose veineuse profonde", souligne un porte-parole.

Selon l'Autorité Européenne de Réglementation des Medicaments (EMA), rien n'indique que le vaccin Covid-19 d'Oxford-AstraZeneca est lié à un risque accru de caillots sanguins.

Le régulateur des médicaments de l'UE précise que le nombre de cas chez les personnes vaccinées n'est pas plus élevé que dans la population générale.

"Les avantages du vaccin continuent de l'emporter sur ses risques et le vaccin peut continuer à être administré pendant que l'enquête sur les cas d'événements thromboemboliques se poursuit", ajoute-t-elle.

Le vaccin Oxford-AstraZeneca est le seul homologué par l'organisation avec celui de Pfizer-BioNTech.

Quelle est la situation en Afrique ?

Un membre du personnel de santé teste une patiente.

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Au moment où l'OMS vise à faire vacciner, d'ici décembre 2021, 30% de la population africaine, peu de pays sur le continent ont démarré leur campagne de vaccination.

La plupart des pays africains à faibles revenus comptent sur l'Organisation mondiale de la santé (OMS) et l'Union africaine (UA) pour s'approvisionner.

Le programme COVAX, dirigé par la Coalition pour les innovations en matière de préparation aux épidémies (CEPI), l'Alliance pour les vaccins (GAVI) et l'OMS, est une initiative mondiale pour faciliter l'accès mondial aux vaccins.

C'est dans ce cadre que la campagne de vaccination a démarré dans plusieurs pays africains.

L'Afrique du Sud est le premier pays africain à avoir démarré sa campagne avec le déploiement du vaccin Oxford-AstraZeneca, avant de l'interrompre après qu'une étude ait montré des résultats "décevants" contre la nouvelle variante Covid-19 dans ce pays.

Les autorités sud-africaines décident de céder leurs lots d'un million et demi de doses du vaccin à l'Union Africaine.

Par la suite, le Sénégal qui a reçu 200 000 doses du vaccin chinois Sinopharm, a démarré sa campagne en février dernier. En début du mois de mars, il annonce l'arrivée de 324 000 doses du vaccin Oxford-AstraZeneca produit sous licence par Serum Institute of India, dans le cadre de l'initiative COVAX.

La Côte d'Ivoire, qui a reçu 504 000 doses, est parmi les premiers pays africains, dans le cadre du COVAX, à administrer le vaccin d'Oxford-AstraZeneca. Dix mille personnes en Côte d'Ivoire ont déjà été vaccinés en deux semaines dans le cadre de cette même initiative COVAX, annonce vendredi le ministre ivoirien de la Santé.

Le Nigeria, le Ghana, l'Angola et le Kenya figurent parmi les autres pays africains qui ont reçu des livraisons du vaccin d'AstraZeneca.

Quels sont les pays qui ont suspendu l'usage du vaccin d'AstraZeneca ?

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Le Danemark, la Norvège et l'Islande ont temporairement suspendu le déploiement du vaccin d'AstraZeneca.

Dans une déclaration antérieure, l'Agence européenne du médicament (EMA) souligne que la décision du Danemark était une "mesure de précaution au moment où une enquête complète est en cours sur la détection de caillots sanguins chez des personnes ayant reçu le vaccin, y compris un cas au Danemark où une personne est décédée".

Aucun détail sur le décès danois n'est donné, mais les responsables de la santé ont annoncé qu'ils suspendent l'utilisation du vaccin pendant 14 jours dans ce que le ministre de la santé Magnus Heunicke a appelé une "mesure de précaution." Bien qu'aucun lien ne soit établi, il a ajouté que "nous devons réagir de manière opportune et prudente" jusqu'à ce qu'une conclusion soit tirée.

L'institut norvégien de la santé publique a annoncé qu'il suivrait l'exemple du Danemark en interrompant toute utilisation du vaccin jusqu'à ce que les cas danois soient étudiés.

"Nous attendons plus d'informations pour voir s'il existe un lien entre le vaccin et ce cas de caillot sanguin", précise Geir Bukholm, de l'Institut national de la santé.

L'Islande a également suspendu l'utilisation du vaccin, a indiqué l'épidémiologiste en chef au radiodiffuseur public Ruv, afin de "faire preuve de prudence".

L'Italie et l'Autriche, quant à elles, ont également cessé d'utiliser certains lots du médicament par mesure de précaution.

L'organisme italien chargé des médicaments renseigne que sa décision est une "mesure de précaution", ajoutant qu'aucun lien n'a été établi entre le vaccin et les "événements indésirables graves" ultérieurs.

Deux Italiens seraient décédés après avoir reçu le vaccin, et une source anonyme a rapporté à l'agence de presse Reuters que leur décès était à l'origine de la suspension temporaire.

L'Autriche, quant à elle, a pris sa décision après qu'une femme soit décédée dix jours après la vaccination en raison de "graves problèmes de coagulation du sang." Les doses autrichiennes faisaient partie d'un lot d'un million de doses, identifié comme ABV5300, qui a été envoyé à 17 pays européens.

L'EMA indique que son comité de sécurité examine le cas autrichien mais précise que rien n'indique que la vaccination ait provoqué ces troubles.

L'Estonie, la Lettonie, la Lituanie et le Luxembourg ont également suspendu l'utilisation du même lot que l'Autriche. La Roumanie a suspendu l'utilisation de 4 200 doses du même lot de vaccins que l'Italie.

D'autres pays continuent à l'utiliser

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La France et l'Allemagne ont annoncé jeudi qu'elles continueraient à utiliser le vaccin AstraZeneca. "Les avantages... sont supérieurs aux risques", a dit Olivier Véran, ministre français de la santé.

Au Royaume-Uni, l'Agence de réglementation des médicaments et des produits de santé (MHRA) indique qu'il n'y a aucune preuve que le vaccin a causé des problèmes, et que les gens devraient quand même se faire vacciner lorsqu'on leur demande de le faire.

"Les caillots sanguins peuvent se produire naturellement et ne sont pas rares. Plus de 11 millions de doses du vaccin Covid-19 d'AstraZeneca sont déjà administrées au Royaume-Uni", révèle Phil Bryan de la MHRA.

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Le ministre allemand de la Santé, Jens Spahn, affirme qu'il n'était pas d'accord avec les pays qui suspendent les vaccinations.

"D'après ce que nous savons jusqu'à présent, le bénéfice... est bien supérieur au risque", ajoute-t-il.

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La décision de suspendre temporairement l'utilisation du vaccin d'AstraZeneca constitue un revers pour une campagne de vaccination européenne qui a connu des ratés, en partie à cause des retards de livraison du médicament.

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Michelle Roberts

Aucune preuve d'un lienAnalyse Par Michelle Roberts, rédactrice Santé

Alors qu'un grand nombre de personnes se font vacciner à un rythme soutenu dans le monde entier, certaines d'entre elles tomberont quand même malades à cause d'autres choses sans rapport avec le vaccin.

Ces pauses pour le vaccin d'AstraZeneca ne sont pas dues au fait qu'il n'est pas sûr de l'administrer. Il s'agit de laisser le temps aux experts d'étudier pourquoi un petit nombre de personnes ayant récemment reçu le vaccin ont également développé des caillots sanguins.

Lorsqu'une maladie survient peu de temps après une vaccination, il est légitime de se demander si l'injection n'y a pas contribué d'une quelconque manière.

Cependant, rien n'indique ni ne prouve que le vaccin soit lié ou responsable.

Au Royaume-Uni, plus de 11 millions de personnes ont déjà reçu au moins une dose du vaccin et il n'y a eu aucun signe de surmortalité ou de caillots sanguins. L'autorité européenne de réglementation des médicaments a également soutenu le vaccin, affirmant que ses avantages sont clairs. Le covid peut être mortel et la vaccination sauve des vies.

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