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Le président de Guinée-Bissau s'enfuit au Sénégal après un coup d'État
Le président déchu de Guinée-Bissau, Umaro Sissoco Embaló, est arrivé au Sénégal voisin après avoir été libéré par les forces militaires qui ont renversé son gouvernement cette semaine, ont annoncé les autorités sénégalaises.
Cette libération fait suite à des négociations menées par la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) afin d'assurer son transfert dans un contexte de tensions croissantes en Guinée-Bissau.
Le ministère sénégalais des Affaires étrangères a déclaré dans un communiqué que M. Embaló avait atterri « sain et sauf » dans le pays à bord d'un vol militaire affrété jeudi soir.
L'armée guinéenne a déjà assermenté un nouveau chef de transition, le général Horta N'Tam, qui dirigera pendant un an ce pays sujet aux coups d'État.
Le coup d'État de mercredi est survenu la veille du jour où les autorités devaient annoncer les résultats provisoires des élections présidentielles et législatives.
Le général Horta N'Tam est investi par l'armée comme "président de la transition" pour un an
Les militaires qui ont pris le pouvoir en Guinée-Bissau ont nommé le général Horta N'Tam comme nouveau président de transition.
Il a prêté serment aujourd'hui au quartier général de l'armée dans la capitale Bissau.
Cette décision fait suite au renversement du président Umaro Sissoco Embalo mercredi.
Cette investiture s'est déroulée alors que les réactions condamnant le putsch se font entendre.
La communauté internationale condamne
Le Portugal a appelé au retour à l'ordre constitutionnel en Guinée-Bissau, dans le contexte d'une prise de pouvoir annoncée par l'armée de ce pays d'Afrique de l'Ouest.
Dans un communiqué mercredi, le ministère portugais des Affaires étrangères a exhorté "toutes les personnes impliquées à s'abstenir de tout acte de violence institutionnelle ou civique et à reprendre le fonctionnement régulier des institutions".
Le gouvernement portugais a exprimé son souhait de voir le processus de décompte des voix se poursuivre afin que les résultats des élections puissent être annoncés.
"Le gouvernement est en contact permanent avec l'ambassade du Portugal à Bissau pour assurer la sécurité des citoyens portugais et de la population en général", ajoute le communiqué.
Dans le même sillage, les dirigeants des missions d'observation électorale de l'Union africaine et de la CEDEAO en Guinée-Bissau ont exprimé leur "profonde préoccupation face à l'annonce d'un coup d'État par les forces armées".
Dans une déclaration commune à laquelle participait également le président du Forum des sages d'Afrique de l'Ouest, les responsables ont déclaré que le pays était plutôt préparé à l'annonce des résultats des élections après ce qu'ils ont décrit comme un processus "ordonné et pacifique".
"Il est regrettable que cette annonce intervienne au moment où les missions venaient de terminer leur rencontre avec les deux principaux candidats à la présidentielle, qui nous ont assurés de leur volonté d'accepter la volonté du peuple", ont-ils déclaré.
Les observateurs régionaux ont également dénoncé les arrestations de plusieurs hauts responsables du pays, notamment des responsables électoraux, appelant à leur libération immédiate.
Ils ont décrit la prise de pouvoir militaire de mercredi comme une "tentative flagrante" de perturber les progrès démocratiques du pays.
Tout en déplorant cette décision, les dirigeants ont également exhorté l'Union africaine et la CEDEAO à veiller à ce que l'ordre constitutionnel soit rétabli dans ce pays d'Afrique de l'Ouest sujet aux coups d'État et comptant plus de deux millions d'habitants.
De son côté, le secrétaire général de l'ONU, António Guterres, qui suivrait de près la situation, a exhorté les acteurs impliqués dans la situation en Guinée-Bissau à "faire preuve de retenue" et à "respecter l'État de droit".
Le Canada a également émis un avis aux voyageurs à l'intention de ses citoyens peu après la prise du pouvoir par l'armée bissau-guinéenne.
Que s'est-il passé à Bissau ?
L'armée de Guinée-Bissau affirme avoir pris le contrôle total du pays après avoir arrêté le président Umaro Sissoco Embaló, trois jours après l'élection présidentielle.
Les officiers déclarent avoir suspendu le processus électoral et fermé toutes les frontières pour une durée indéterminée.
C'est le général de brigade Denis N'Canha, chef de la garde présidentielle qui a annoncé la création du "Haut Commandement militaire pour le rétablissement de la sécurité nationale et de l'ordre public" et sa prise des "pleins pouvoirs dans la République de Guinée-Bissau."
Il a aussi annoncé la destitution immédiate du président de la République et de la fermeture des frontières maritimes et terrestres de la Guinée-Bissau.
Le président Embaló a été arrêté mercredi après-midi après que des coups de feu nourris ont été signalés au palais présidentiel.
Les officiers ont fait cette annonce devant le quartier général de l'armée dans la capitale, Bissau, après que des hommes en uniforme aient bloqué la route menant au bâtiment.
On ignore encore si d'autres personnes ont été arrêtées en même temps que le président Umaro Sissoco Embaló.
Selon le média Jeune Afrique, qui annonce avoir été contacté par le président sortant Umaru Sissoco Embalo, ce dernier a été arrêté ce mercredi 26 novembre à vers 12 heures au palais présidentiel.
Selon toujours le président sortant, ce putsch est l'œuvre du chef d'état-major de l'armée de terre.
Une fin de matinée sous le crépitement des armes
Selon les témoignages recueillis par l'agence Reuters sur place, des coups de feu ont également retenti au ministère de l'Intérieur. Cependant, cette information ne peut être confirmée par la BBC.
Des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux montrent des populations en panique cherchant à me mettre à l'abri.
Peu avant la sortie d'Embalo dans Jeune Afrique, le porte-parole d'Embalo, Antonio Yaya Seidy, a déclaré à Reuters que des hommes armés non identifiés avaient attaqué la commission électorale afin d'empêcher l'annonce des résultats du scrutin.
Cette situation intervient à la veille de l'annonce des résultats provisoires des élections présidentielle et législatives organisées dimanche dernier.
Le président sortant, Umaro Sissoco Embalo, était en lice contre son principal adversaire, Fernando Dias, et les deux camps ont revendiqué la victoire au premier tour en début de semaine.
Fernando Dias était soutenu par l'ancien Premier ministre Domingos Simoes Pereira, qui n'a pas été autorisé à se présenter avec le principal parti d'opposition, le PAIGC, le parti historique qui a conduit à l'indépendance de la Guinée-Bissau, et la coalition Pai Terra Ranka, qu'il dirige et qui regroupe une dizaine de partis politiques.
L'élection s'est déroulée dans une ambiance particulièrement tendue. A la veille de la campagne électorale, plusieurs officiers ont été arrêtés pour tentative de coup d'Etats.
De plus, la candidature du principal opposant au président sortant Umaru Sissoco Embalo, a été rejetée, la Cour suprême indiquant qu'elle a été introduite hors délai.
« On est habitués à Bissau », lance un passant à un journaliste de l'AFP venu recueillir des informations sur les lieux.
En effet, après avoir pris les armes pour accéder à l'indépendance obtenue en 1975, l'histoire de cette jeune nation est jalonnée de coups d'état et d'assassinats.
Le président Embalo a lui-même déclaré avoir survécu à trois coups d'état avortés.
Ce nouveau coup de force qui vient se rajouter à la longue liste des coups d'Etat risque de plonger la Guinée Bissau dans un cycle d'instabilité.